Des élections législatives auront lieu le 7 décembre en Russie. Les 450 sièges de la Douma sont brigués par plus de 2.000 candidats auxquels et 23 listes de partis. Selon les sondages, seuls cinq partis ont des chances réelles d'être représentés à la chambre basse du parlement. Pour la plupart des analystes les cinq partis actuellement présents à la Douma se retrouveront dans la nouvelle assemblée. Il s'agit de Russie unie, du Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF), de l'Union des forces de droite, de Yabloko et du Parti libéral démocrate de Russie (LDPR).
La grande inconnue du scrutin, c'est la rivalité des deux favoris, à savoir Russie unie et le KPRF. Les derniers sondages placent en tête Russie unie avec de 25 à 30 pour cent d'intentions de vote contre 18-25 pour cent aux communistes.
Le parti centriste Russie unie a vu le jour en 1999 sur la base du mouvement Unité. Constitué quelques mois à peine avant les législatives précédentes, ce mouvement avait créé la surprise en recueillant près de 23 pour cent des suffrages, soit seulement un pour cent de moins que les communistes. Ce succès avait été obtenu pour une grande part grâce au soutien apporté à Unité par le populaire leader du pays Vladimir Poutine.
Au cours des quatre années écoulées le mouvement a fusionné avec plusieurs formations politiques centristes pour constituer Russie unie. Ce parti est le principal appui parlementaire du président russe, Vladimir Poutine, et c'est la raison pour laquelle dans la presse il est souvent évoqué comme "parti du pouvoir" et "parti pro-président". Ses thèses programmatiques ont pour assise la construction d'une économie de marché développée, d'un Etat fort et de mécanismes de couverture sociale pour ceux qui en ont besoin.
Le Parti communiste de la Fédération de Russie est la force la plus influente du pays. Lors des précédentes élections de 1995 et de 1999 il avait recueilli plus de 20 pour cent des voix, ce qui l'avait placé devant tous les autres partis. Dans la Douma actuelle, dont la législature prend fin cette année, il dispose d'un groupe de 83 députés (18,5 pour cent des mandats). Le KPRF a vu le jour en 1990, mais il a définitivement pris corps en 1993, après l'éclatement de l'Union soviétique. Leader inamovible du parti et ancien collaborateur du Comité central du PCUS, Guennadi Ziouganov avait fait parler de lui à la fin des années 80 en se livrant à une critique en règle de la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev.
Depuis le début de son existence le KPRF est dans l'opposition au pouvoir démocratique aussi bien sous le premier président, Boris Eltsine, que sous son successeur, le président Poutine. Le programme des communistes repousse l'économie de marché et le "modèle démocratique occidental", cependant dans la pratique politique le KPRF sait faire preuve de souplesse. "Nos buts programmatiques essentiels, c'est le socialisme, le Pouvoir soviétique, l'Union soviétique", a déclaré le leader du KPRF, Guennadi Ziouganov, dans un discours définissant la stratégie des communistes pour les législatives de 2003 et la présidentielle de 2004. Pour les politologues russes, les communistes constituent la "minorité politique la plus nombreuse".
Selon les politologues, le Parti libéral démocrate de Russie de Vladimir Jirinovski franchira probablement la barre des cinq pour cent fixée par la loi pour les listes de partis. Le LDPR est une des plus anciennes formations politiques de Russie, il a été constitué en 1990. Il a aussi une réputation de parti à scandale, due au comportement extravagant de son leader qui n'a pas son pareil pour transformer la politique en revue à grand spectacle. Le programme du LDPR est assez éclectique, ses adeptes préconisent une nationalisation partielle, une baisse de la fiscalité, l'amnistie, la reconstitution des ministères sectoriels soviétiques. La rhétorique du chef en dit plus sur le parti que le programme de celui-ci. Une rhétorique reposant sur le chauvinisme de grande puissance, le nationalisme et le militarisme ("Nous sommes pour les pauvres! Nous sommes pour les Russes!"). Vladimir Jirinovski et ses compagnons d'idées sont des admirateurs des services secrets et de l'armée. Le LDPR présente des candidats aux élections législatives depuis 1993 et il envoie régulièrement des représentants à la Douma, quoique ses résultats fléchissent de scrutin en scrutin: près de 23 pour cent en 1993, un peu plus de 11 pour cent en 1996 et moins de 6 pour cent en 1999). Le LDPR ne s'est jamais classé dans l'opposition et il a toujours su s'entendre avec le pouvoir.
La cote de popularité des deux partis démocratiques, l'Union des forces de droite (UFD) et Yabloko est de l'ordre de 5 pour cent. Dans les milieux libéraux et plus généralement dans la société on évoque depuis longtemps la nécessité d'un regroupement des deux formations, mais celles-ci ne parviennent même pas à se rapprocher.
L'Union des forces de droite a pour la première fois brigué des sièges à la Douma en 1999, mais aux sources du parti on trouve les démocrates qui en 1992-1995 avaient réalisé la première étape des réformes en Russie: Egor Gaïdar, Anatoli Tchoubaïs et leurs compagnons d'idées. Les ministres du premier gouvernement réformateur de 1992 exercent toujours une grande influence sur la politique économique des dirigeants russes. L'UFD est le partisan le plus conséquent et le plus radical de la poursuite des réformes libérales et de marché en Russie et c'est la raison pour laquelle jusqu'à ces derniers temps elle avait appuyé le président Vladimir Poutine. Seulement l'attaque lancée par le pouvoir contre la compagnie pétrolière Youkos et l'arrestation de son propriétaire, Mikhaïl Khodorkovski, n'ont pas eu l'heur de plaire à la droite. En 1999, l'UFD avait obtenu 8,5 pour cent des voix et envoyé 31 députés à la Douma.
Yabloko a fait son apparition sur la scène politique en 1993. Le parti a été fondé par l'économiste Grigori Yavlinski, qui en est depuis le leader inamovible. Il n'a jamais cessé de critiquer la "réforme à la Gaïdar et à la Tchoubaïs" en en réclamant une autre, une " réforme pour la majorité ", si bien qu'il était toujours opposé à Boris Eltsine. Aujourd'hui il se trouve en opposition constructive à la politique de Vladimir Poutine. On estime que Yabloko est le parti politique le plus attaché à l'idée des droits de l'homme. Il a condamné l'arrestation de Mikhaïl Khodorkovski et ce avec d'autant plus de force que le magnat pétrolier le sponsorise. Yabloko dispose de 17 sièges dans la Douma actuelle.
Il y a deux mois les politologues russes ne misaient pas sur un taux de participation élevé aux prochaines législatives, motivés qu'ils étaient par les résultats de l'élection du gouverneur de Saint-Pétersbourg à laquelle moins de 30 pour cent de l'électorat avait pris part. Cependant, les derniers sondages révèlent que le 7 décembre de 60 à 65 pour cent des électeurs pourraient se rendre aux urnes. D'aucuns pensent que ce regain de civisme a été suscité par l'arrestation de Mikhaïl Khodorkovski.