L'idée de verser la rente des ressources naturelles au budget de l'Etat est devenue le principal élément du programme de la grande majorité des partis politiques russes à la veille des élections législatives du 7 décembre prochain. Il s'agit en premier lieu des compagnies pétrolières qui touchent aujourd'hui des superprofits. Il est proposé de donner cet argent à l'Etat pour qu'il en dispose dans l'intérêt de la société.
Cette idée est-elle bonne ? Peut-elle porter ses fruits dans les conditions de la Russie d'aujourd'hui ?
Il faut d'abord s'entendre sur la terminologie. La rente est ce que l'homme d'affaire se fait donner en parage en tant que don de la nature et dont l'importance ne dépend pratiquement pas des résultats de son activité. Il se trouve que certains hommes d'affaires touchent une rente et d'autres pas. Afin de créer des conditions égales pour tous les patrons l'Etat doit percevoir la rente des ressources naturelles. On ne peut que partager ce point de vue.
Par contre on ne peut que réfuter la position de la majorité des partis politiques russes qui commencent et qui finissent leur campagne électorale sur le thème de la rente. En effet, le prélèvement de la rente consiste en une répartition des biens. Or elle ne peut être efficace que si l'organe qui l'opère est absolument transparent et contrôlé par la société, ce qui pose un grand problème en Russie.
Ainsi, avant de prélever la rente il faut répondre à deux questions principales, à savoir qui la prélèvera et où elle aboutira.
A mon avis, la rente doit être affectée à la réalisation des programmes sociaux. Bien sûr, elle ne suffira pas pour résoudre tous les problèmes sociaux de la Russie, mais elle pourrait avoir un effet positif. Seulement, si la rente est répartie par les soins du gouvernement actuel, bien des gens ne verront tout simplement pas cet argent. Le lobby des ministères la dispersera subrepticement entre les différentes structures et le résultat sera nul. Une partie en reviendra probablement au ministère de l'Agriculture parce que nos producteurs agricoles sont à court de subventions. Une autre partie ira aux ministères ayant la charge de la défense nationale parce qu'il arrive périodiquement que la commande publique militaire ne soit pas remplie. Le restant trouvera aussi une affectation. Bref, la pâte sera étalée sur le plat en une mince couche et le débat, si orageux aujourd'hui, finira par s'éteindre. Le mécanisme répartiteur administrera une nouvelle fois la preuve de son inefficacité car il ne peut tout simplement pas en être autrement.
Que faut-il faire ? Laisser les choses en l'état serait injuste. Mais il est nécessaire de comprendre que sans une réforme radicale du gouvernement il sera impossible de répartir la rente des ressources naturelles d'une façon efficace. Pour que la répartition soit judicieuse, transparente, utile à la société et contrôlée par elle, le gouvernement doit être composé de neuf ministères entièrement ouverts à la société et non pas de plus de deux dizaines comme aujourd'hui. Ces ministères doivent être les garants de la politique sociale, de la sécurité nationale, du soutien aux entreprises militaires stratégiques, sphères principales qui requièrent la participation de l'Etat.
C'est seulement avec un tel gouvernement qu'on pourra espérer que la rente sera gérée correctement et qu'elle parviendra aux destinataires. Il ne faut pas disperser les fonds à répartir, ils doivent être affectés par la trésorerie fédérale à une seule rubrique, par exemple à celle du traitement des enseignants puisque l'enseignement est notre ressource stratégique nationale.
Engagés dans cette voie, nous aurons la chance de faire aboutir l'affaire positivement. Mais si l'on ne fait que répéter les mots "rente des ressources naturelles" telle une formule incantatoire pour gagner l'électorat par le simple brassage électoral de l'air, ce comportement sera stérile.