Qu'en est-il de la famille en Russie ?

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par Olga Sobolevskaïa, commentatrice de RIA-Novosti

Le mariage n'est pas prévu par la nature. Des milliers de jeunes russes pourraient aujourd'hui répéter cette phrase attribuée, peut être à tort, à Napoléon. La famille, en tant qu'institution officielle, semble en perte de vitesse en Russie.

"La crise de la famille est liée à la crise morale qui se traduit par le renforcement des idéaux d'individualisme et d'égoïsme dans la société russe", estime le sociologue Alexandre Sinelnikov.

Aujourd'hui, le pays récolte les fruits de la Deuxième révolution démographique, venue en Russie d'Europe à l'aube des années 1990, avec une dizaine d'années de retard. Le recensement de la population de 2002 a montré que sur les 34 millions de couples 3 millions vivent en "mariage marital".

L'une des causes du refus de passer par la mairie s'explique par la facilité avec laquelle se désagrègent les mariages officiels : près de 770 000 divorces tous les ans, avec un accroissement annuel de 20%. "La logique est claire. A quoi bon se marier si on finit par demander un divorce ?" s'interroge Alexandre Sinelnikov. "D'autre part, le divorce entraîne la nécessité de verser des pensions alimentaires pour les enfants, et le risque de perdre son logement et ses biens, partiellement ou intégralement", ajoute-t-il.

Viktor Medkov, chargé de cours à la faculté de Sociologie à l'Université de Moscou, estime que "la publicité y est aussi pour quelque chose". "Il n'y a pas longtemps, dit-il, une présentatrice de télévision, Fekla Tolstaïa, l'arrière petite-fille du grand écrivain, a affirmé que personne n'avait plus besoin de mariage. De nombreux jeunes commencent à y croire dur comme fer". Au cours d'innombrables "talk-shows" consacrés aux rapports familiaux, l'idée est souvent émise que les hommes et les femmes peuvent être indépendants les uns envers les autres. La famille est présentée comme une institution qui a fait son temps. Les magazines publient les histoires sur des familles malheureuses. Des ruptures et des romans scandaleux sont aussi un fond publicitaire commode pour des étoiles de variétés et des hommes politiques.

Alexandre Sinelnikov estime qu'il n'y a pas de corrélation étroite entre les difficultés économiques auxquelles les Russes se sont heurtés et se heurtent toujours depuis les années 1990, et les changements qui marquent l'institut de la famille. D'autres chercheurs affirment le contraire.

Les experts du Centre de démographie et d'écologie de l'Homme affirment notamment que, par rapport à 1993, l'âge nuptial moyen a augmenté de 1,6 an pour s'établir à 27,8 ans pour les hommes (l'âge du premier mariage augmente de 1,4 ans, à 25,5 ans). Pour les femmes, l'âge nuptial moyen est passé à 25,3 ans, soit un avancement de 1,4 ans (les jeunes filles se marient pour la première fois à 22,8 ans, donc une augmentation de 1,1 an). Les spécialistes rappellent que les filles sont toujours plus enclines à choisir des fiancés ayant un statut économique stable. Elles rejetteraient ainsi l'inversion de rôles, très répandue dans les années 1990, lorsque les femmes, qui s'adaptent mieux à une nouvelle réalité économique, sont devenues, dans beaucoup de cas, des soutiens de famille.

C'est pour des raisons économiques que "les familles russes projettent un seul enfant seulement", dit Natalia Rimachevskaïa, membre correspondante de l'Académie des sciences et directrice de l'Institut de problèmes socio-économiques de la population. Les revenus de bon nombre de ménages les font préférer un meilleur niveau de vie à la naissance d'un deuxième enfant. Car les réformes économiques ont entraîné "une polarisation des revenus, des biens, des logements. Les revenus des plus riches (5 pour cent) diffèrent de 50 fois des revenus des plus pauvres", dit-elle. Situation qui ne pouvait ne pas se répercuter sur la démographie. Comme le souligne la chercheur, "ces quinze dernières années, le nombre de naissances s'est réduit de moitié. L'an dernier, il en a été enregistré 1, 4 million, le taux de fécondité par femme est donc aujourd'hui de 1,25, alors que la simple reproduction exige le chiffre de 2,15".

Mais de nos jours le mariage cesse d'être la condition obligatoire pour la naissance et l'éducation des enfants. "Aujourd'hui, 30% des enfants naissent dans les familles non officielles sur le plan juridique", constate le président du Comité d'Etat aux Statistiques, Vladimir Sokoline. Le taux de natalité hors mariage met la Russie au niveau des Etats-Unis, du Canada et de l'Australie. Mais elle est devancée par la France et la Grande-Bretagne (40% des enfants y sont conçus hors mariage), ainsi que par la Suède (plus de 50%). "Quoi qu'il en soit, mon fils ne manquera pas d'amour. D'ailleurs, je gagne bien ma vie", dit Tatiana K., 30 ans, économiste, se préparant à devenir mère.

D'après des sondages d'opinion, 88% des Russes estiment que l'Etat doit stimuler énergiquement la natalité dans le pays, et 40% qu'il est tenu de contribuer à la consolidation de la famille. Le gouvernement est conscient de la gravité de ce problème. Dans de nombreuses régions, cette pratique d'encouragement existe déjà. A Moscou, par exemple, la loi "De la jeunesse" entrera bientôt en vigueur, entérinant des compensations aux jeunes familles pour la naissance d'enfants. Le premier leur "rapportera" 15 000 roubles (500 dollars), le deuxième 21 000 et le troisième 30 000. Les jeunes ayant des enfants se verront accorder des logements, à des conditions avantageuses. Les programmes fédéraux et régionaux d'assistance matérielle à la mère et l'enfance, dont "Enfant Santé", concourent aussi, dans une certaine mesure, à raffermir la tendance à la hausse de la natalité. Dans 22 régions, notamment à population essentiellement slave, celle-ci dépasse la mortalité. Ce qui dément les affirmations selon lesquelles l'excédent de naissances n'est constaté que sur les territoires peuplés de musulmans.

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