Dans moins d'un mois, le 7 décembre, la Russie élira son nouveau parlement. Cependant, il semble que d'ores et déjà les sociologues savent qui remportera le scrutin et pour quelles raisons.
Selon les sondages, les favoris sont les mêmes qu'il y a un mois, deux mois et même un an. Les deux forces principales prétendant à la victoire sont le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF) et le parti centriste Iedinaïa Rossia (Russie unie) soutenant le président Poutine. Pour les sociologues, à l'heure qu'il est Russie unie est en tête avec 25-30 pour cent d'intentions de vote. Le KPRF vient ensuite avec 18-23 pour cent.
Les autres formations politiques arrivent loin derrière et seulement trois d'entre elles peuvent espérer envoyer des élus au parlement. En effet, selon la législation russe, les partis qui n'ont pas recueilli au moins cinq pour cent des suffrages sont privés de représentation au parlement. Cette disposition avait été prise à l'époque pour contrecarrer les partis éphémères créés par les "grandes" formations pour pouvoir entrer au parlement par des moyens détournés et constituer ensuite des coalitions aussi puissantes qu'inattendues.
A l'heure qu'il est, on estime que l'Union des forces de droite (UFD), le Parti Yabloko et le Parti libéral-démocrate de Vladimir Jirinovski sont les seuls à être en mesure de franchir la barre des 5 pour cent. Mais étant donné que les sondages ne leur accordent que de 3 à 7 pour cent d'intentions de vote, l'incertitude persiste pour ces trois formations.
C'est la raison pour laquelle les prochaines législatives sont dominées par deux inconnues. D'abord, qui recueillera le plus grand nombre de suffrages: KPRF ou Russie unie? (c'est là cependant une question purement académique car l'écart les séparant ne sera probablement pas assez important pour qu'ils puissent former un gouvernement). Ensuite, les deux partis démocratiques de droite - l'UFD et Yabloko - réussiront-ils à envoyer des élus à la Douma, la chambre basse du parlement? Sont-ils en mesure, au cours des trois dernières semaines de campagne, de convaincre suffisamment d'électeurs? Certainement. Actuellement le nombre d'indécis se chiffre à un tiers environ. Habituellement, cette catégorie d'électeurs fait un choix en fonction des péripéties de la campagne.
Ainsi, en 1999, le score inattendu - 7,9 pour cent - de l'UFD avait dans une grande mesure été obtenu grâce à la combativité manifestée par Anatoli Tchoubaïs lors des débats télévisés face aux leaders des autres partis. Un politique comme Vladimir Jirinovski, il séduit les électeurs uniquement par son engouement et son art oratoire. C'est grâce à son énergie débordante qu'en 1993 le PLDR avait obtenu près de 23 pour cent des suffrages, un succès qui est toutefois resté sans suite.
Intéressant est le fait que le grand favori des législatives, le parti proprésidentiel Russie unie, ait refusé de prendre part aux débats télévisés. Cette décision fait l'objet de débats animés dans la presse. Pour les analystes de l'opposition, Russie unie est un parti dépourvu de leaders charismatiques et pour cette raison il hésite encore à se lancer dans les joutes idéologiques. Ses dirigeants ont tout simplement peur de croiser le fer avec ces ténors de la polémique que sont Anatoli Tchoubaïs, Vladimir Jirinovski ou le leader de Yabloko Grigori Yavlinski. Pour expliquer leur position, ils disent qu'il serait indigne d'eux de débattre avec les représentants de partis ne pouvant pas espérer recueillir plus de 3-6 pour cent des voix.
Au demeurant, les succès économiques que nous observons en Russie jouent en faveur du gouvernement et étant donné la spécificité de l'électeur russe le "parti de Poutine" pourrait avoir pris la bonne décision en restant hors de la campagne.
Quoi qu'il en soit, les politologues sont nombreux à prévoir un faible taux de participation. Cela est peut-être dû à la lassitude des électeurs qui depuis quinze ans d'affilée votent sans pour autant ressentir une amélioration sensible de leur niveau de vie. Cette tendance à l'abstention est préjudiciable à Russie unie et aussi au KPRF en qui ils n'espèrent plus. Mais il s'agit peut-être d'autre chose. Depuis les dernières élections, plusieurs restrictions ont été introduites dans la législation électorale russe pour tenter de mettre un terme aux méthodes électorales peu ragoûtantes: révélations compromettantes, désinformation, etc. Effectivement, la campagne actuelle est bien moins émaillée de scandales que la précédente. Mais cette absence d'esclandres émousse l'intérêt de la population pour les élections. Il faudra dont patienter jusqu'au lendemain matin du 7 décembre pour savoir si cette tendance s'est accentuée au non.
MOSCOU, 12 novembre