La France pourrait aider Moscou à revoir sa politique spatiale

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par Andreï Kisliakov, observateur politique de RIA-Novosti

L'accord russo-français prévoyant des tirs de Soyouz depuis le site de Kourou, en Guyane française, pourrait enfin décider Moscou à revoir les priorités de sa politique spatiale.

Selon toute vraisemblance, il serait judicieux de concentrer les efforts sur les axes réellement prometteurs : le développement des lanceurs classiques et l'élargissement de la gamme des services de tir, la mise au point de nouveaux satellites et de nouveaux équipements spatiaux. L'expérience de ces deux dernières années est là pour le confirmer.

Or pour l'instant ce sont les programmes pilotés qui restent en Russie l'axe clé des activités spatiales, tout comme à l'époque de l'URSS. Leader mondial depuis le début des années 1960 dans ce domaine, grâce au vol orbital du premier cosmonaute de la Terre, la Russie estime jusqu'ici que les missions habitées sont le noyau de son programme spatial.

Mais de nos jours, il n'y a qu'une seule raison d'envoyer des hommes dans l'Espace : la Station spatiale internationale. La Russie ne possède qu'un segment de l'ISS et, en raison du sous-financement de la branche spatiale dans son ensemble, elle ne pourra pas, dans les années à venir, y construire de nouveau bloc orbital.

D'autre part, pendant au moins une année encore la Russie devra à elle seule assumer la maintenance de la Station, en y acheminant ses cargos Progress et ses vaisseaux pilotés Soyouz, les navettes américaines devant reprendre leurs vols directs vers l'ISS en 2005 au plus tôt.

Les responsables du secteur se sont rendu compte des difficultés auxquelles se heurtait le programme spatial russe bien avant la catastrophe de Columbia. Youri Koptev, directeur de l'Agence aérospatiale de Russie, a reconnu devant les journalistes en décembre 2002, que les 100 millions de dollars de crédits annuels alloués au programme russe de l'ISS, finiraient par réduire la Russie au rôle humiliant de simple transporteur.

En effet, pour 2003, le budget spatial russe ne prévoit que 1,5 milliard de roubles pour l'achat de matériels spatiaux, de quoi financer la fabrication de deux Progress et de trois Soyouz. Après la catastrophe de Columbia, ces fonds suffisent à peine à entretenir le complexe orbital.

Résultat, tous les autres projets spatiaux russes - études des ressources naturelles, sondage à distance de la Terre, météo et navigation - sont suspendus au nom de l'ISS, dont la Russie cherche à assurer le fonctionnement. Mais, l'essentiel, la construction de lanceurs, axe qui a rapporté le plus à la Russie, en pâtit.

Nul ne l'ignore, sur le marché international des services de tirs, ces lanceurs russes, vu leur coût modéré, sont toujours plus sollicités. Le projet russo-américain Sea Launch, dans le cadre duquel 11 tirs commerciaux ont déjà été réalisés, en est la preuve éclatante.

Le programme russo-européen qui mise sur les tirs de fusées de classe moyenne Soyouz depuis le site de Kourou ouvre de vastes horizons à la branche spatiale russe. De l'avis du vice-premier ministre Boris Alechine, les tirs commerciaux de lanceurs russes depuis ce cosmodrome français rapporteront à la Russie 1 milliard d'euros de bénéfices nets dans les années à venir.

Pour ce qui est du programme de l'ISS et de la participation russe, Youri Grigoriev, constructeur général adjoint de RKK Energuia, affirme qu'en tout état de cause la participation russe à ce programme doit être poursuivie. Sinon l'ISS devra être mise en sommeil. Si tel est le cas, on ne saurait en prédire toutes les conséquences.

Au sujet d'éventuels dysfonctionnements dans le système d'approvisionnement à bord de l'ISS - fin octobre, le Washington Post en a beaucoup parlé - le constructeur général adjoint de RKK Energuia a déclaré que "les tensions autour de l'ISS sont sciemment attisées". A son avis, un puissant lobby au Congrès américain, favorable à la réduction du programme Space-Shuttle, cherche à jeter, aux yeux de l'administration américaine, le discrédit sur l'ensemble du programme ISS, du fait qu'il dépend presque entièrement du système de transport américain basé sur les vols de navettes.

Tout particulièrement, Youri Grigoriev a noté l'absence d'anomalies dans le fonctionnement des capteurs dans le système d'approvisionnement de la Station. Le commandant de la septième expédition internationale, Youri Malentchenko, qui vient de revenir sur Terre, en a parlé aussi au cours de sa conférence de presse.

Quoi qu'il en soit, les Etats-Unis pourraient bientôt perdre tout intérêt pour le programme de vols pilotés et notamment pour l'ISS. Le 9 septembre, le Sénat américain approuvait de nouvelles réductions de ce programme en 2004, pour un montant de 200 millions de dollars. Alors que l'équipage de la Station ne se compose que de deux astronautes, lit-on dans la déclaration du comité sénatorial pour l'affectation des fonds, la NASA pourrait dépenser ses crédits pour d'autres projets.

L'heure a donc sonné de réfléchir aux nouvelles priorités du programme spatial russe.

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