La défense spatiale soviétique a 40 ans

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Il y a 40 ans, en novembre 1963, l'Union Soviétique lançait le satellite artificiel manoeuvrable de la Terre "Poliot". C'était une première mondiale. Il s'agissait d'un prototype d'engin spatial capable d'intercepter et de détruire les satellites à usage militaire.

La création du système de satellites intercepteurs a commencé en URSS en réponse au projet américain SAINT et par analogie avec ce dernier. Ce projet conçu par l'US Air Force de 1960 à 1962 prévoyait de créer un appareil manoeuvrable sans pilote pouvant être mis sur orbite par une fusée porteuse ordinaire et se rapprocher ensuite d'un objet spatial en vue de l'inspecter. Les militaires américains espéraient doter ensuite leur intercepteur de moyens de frappe, mais l'administration américaine a interdit même d'y penser, en estimant que cela fournirait aux Russes un prétexte pour créer un système analogue visant les satellites américains.

Malgré ces précautions des Américains, l'URSS a commencé en 1962 à mettre au point un système de défense spatiale qui a reçu le nom non ambigu de satellite antisatellite IS. Le lancement du satellite "Poliot" était la première étape de la création de l'IS.

Ce satellite a été conçu par le bureau d'études spécial dirigé par l'académicien Vladimir Tchelomeï. Il avait une masse de 1959 kg et sa structure était composée d'un compartiment cylindrique pour les appareils et d'un moteur. Le compartiment des appareils comprenait la partie combat contenant des obus à balles. Les détonateurs de contact se trouvaient sur des tiges émergeant de quelques mètres du compartiment des appareils.

D'abord, il était prévu de lancer dans l'espace les appareils de type "Poliot" au moyen de la fusée UR-200K conçue également par le bureau d'études de Vladimir Tchelomeï. Mais elle n'était pas encore créée au moment du lancement des premiers "Poliot", c'est pourquoi les satellites ont été lancés par une version de la célèbre "Sémiorka" qui a mis en orbite les premiers satellites et les premiers vaisseaux pilotés. Ensuite, les satellites antisatellites ont été envoyés dans l'espace par le lanceur "Cyclone-2A" créé sur la base du missile balistique intercontinental R-36 de l'académicien Mikhail Yanguel, en y ajoutant le troisième étage avec un moteur à allumage intermittent. En Occident, le nouveau lanceur a reçu le nom de F-1-m (manoeuvrable). Le premier lancement a eu lieu en octobre 1967, lorsque l'IS "Cosmos-185" a été mis sur orbite. Tous les satellites à usage militaire ont été traditionnellement appelés "Cosmos" en URSS.

Un système automatisé de défense spatiale a été créé vers la fin des années 60. Il comprend le poste de commande terrestre dans les environs de Moscou, une aire de lancement à Baïkonour, une fusée porteuse et un appareil intercepteur spatial doté d'une ogive autoguidée et d'une tête explosive à éclats. La première interception réelle dans l'espace a été effectuée en 1968 - le jour du quatrième anniversaire du lancement de "Poliot" - par le satellite "Cosmos-252". Un an et demi plus tard, en août 1970, un intercepteur spatial expérimental a détruit, pour la première fois au monde, avec sa tête explosive à éclats, un satellite artificiel de la Terre. Les satellites manoeuvrables "Cosmos-217" et "Cosmos-248" lancés précédemment ont servi de cible. Ils n'avaient pas de tête explosive.

Au début des années 70, le système soviétique de défense spatiale était déjà capable de détruire des engins cosmiques avec une probabilité de 0,6, contre 0,18 du côté américain. Depuis juillet 1979, le système de défense spatiale est devenu opérationnel. Le dernier essai du satellite antisatellite a eu lieu en juin 1982 dans le cadre des exercices de grande envergure des forces nucléaires stratégiques soviétiques, lorsque l'IS "Cosmos-1379" a intercepté une cible-satellite imitant le satellite de navigation américain "Transit". Au total, plusieurs dizaines d'intercepteurs IS ont été lancés au cours des essais.

En plus des satellites intercepteurs de Vladimir Tchelomeï, l'Union Soviétique a mis au point un missile antisatellite pouvant être lancé de l'avion MiG-31D. Les essais in situ ont eu lieu en 1986.

A partir de 1976, la Société de construction spatiale "Energuia" commence à travailler dans le domaine de la défense spatiale. Deux types d'engins cosmiques de combat analogues dotés de divers types d'armements - armes nucléaires et missiles - y ont été conçus. Le premier devait être employé contre les cibles se trouvant sur les orbites basses, l'autre, contre les engins spatiaux se trouvant sur orbites moyennes et géostationnaires. L'appareil "à laser" KA - baptisé "Skif" - avait une longueur d'environ 40 mètres et une masse de 95 tonnes. La fusée porteuse "Energuia" a été proposée pour son lancement.

Dans les années 80, le laboratoire volant à laser (LLL) A-60 a été créé en Union Soviétique sur la base de l'avion de transport militaire Il-76MD en vue d'étudier la propagation des rayons laser dans les hautes couches de l'atmosphère. Les essais en vol ont commencé en 1983. Il se distinguait par l'installation originale du système laser: à la différence du LLL américain présentant toute une série de caractéristiques semblables, la tête optique du laser était placée dans le fuselage, pour ne pas perturber l'aérodynamisme de l'avion.

En août 1983, le Secrétaire général du CC du PCUS Youri Andropov a fait une déclaration selon laquelle l'URSS cessait unilatéralement les essais du système de défense spatiale. Cependant, après l'arrivée de Mikhail Gorbatchev et l'annonce par les Etats-Unis de leur programme de "Guerre des étoiles" (IDS), les travaux de création de la défense spatiale ont repris. Ainsi, le LLL A-60 a été utilisé pour les essais en vol du système laser de la station spatiale de combat. Une réplique dynamique de la station "Skif-D" a été mise au point pour l'essayer dans les conditions de l'espace, ensuite, une maquette du "Skif-DM" a été créée d'urgence. Elle devait être placée sur orbite en mai 1987 au moyen d'une nouvelle fusée porteuse "Energuia". Au total, il était prévu de l'utiliser pour une quinzaine d'expériences militaires appliquées. Cependant, peu avant le lancement, Mikhail Gorbatchev a déclaré qu'il était impossible de transférer la course aux armements dans l'espace, et la décision à été prise de cesser les expériences militaires en se servant du KA "Skif-DM".

Il avait également été projeté d'installer certains éléments de "l'IDS soviétique" sur le module spatial orbital "Spektr". Mais sa fabrication et sa mise en orbite ont été effectuées avec un retard de cinq ans par rapport au délai initialement prévu, c'est pourquoi on n'en avait plus besoin.

L'Union Soviétique a également conçu une "forteresse orbitale" sur la base de la station spatiale du type "Mir". En version pilotée, elle était destinée à détruire les ogives des missiles balistiques.

Au début des années 90, en raison du changement intervenu dans la situation militaro-politique dans le monde, les travaux en vue de créer des systèmes spatiaux de combat ont cessé en Russie.

"En cas de développement d'armes spatiales aux Etats-Unis, la doctrine militaire de la Russie sera probablement revue", a déclaré aux journalistes Youri Koptev, directeur général de Rosaviakosmos (Agence aérospatiale russe). Rappelant que les travaux en vue de créer les systèmes antisatellites ont eu lieu, à un moment donné, aux Etats-Unis et en Union Soviétique et qu'un moratoire a été décrété sur ces travaux, Youri Koptev a déclaré : " ... Aujourd'hui, des tentatives sont faites pour ranimer ces projets et, à une étape déterminée (après 2015), créer les moyens permettant de frapper les groupements orbitaux de l'adversaire probable. C'est un facteur déstabilisant, a souligné Youri Koptev. Si ces travaux se développent effectivement, il sera probablement nécessaire de revoir notre doctrine et nos projets, pour réagir à une menace éventuelle".

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