Encore très jeune, le base-ball russe a moins de 15 ans. Ce sport n'est pratiqué régulièrement que par 2 000 jeunes tout au plus, mais il commence à gagner en popularité. Lors de la récente visite de Vladimir Poutine aux Etats-Unis, une équipe de jeunes joueurs russes se trouvait elle aussi outre-Atlantique, montrant pour ainsi dire le "nouveau visage de la Russie sportive". Dans la patrie du base-ball, ils ont donné le maximum pour être à la hauteur, produisant un jeu de qualité. Rien d'étonnant à cela : les juvéniles russes (10 à 12 ans) sont champions d'Europe 2002 et vice-champions 2003.
Mais qui aurait pu prédire, il y a une trentaine d'années, de tels succès et ce voyage en Amérique ? En Union soviétique, pratiquer ce sport était plutôt tabou. Même s'il n'est pas sans rappeler un jeu populaire russe apparenté au jeu de paume, le base-ball était considéré comme l'un des attributs du "way of life" américain. C'est pourquoi, dans les années de la "guerre froide" marquées par la confrontation tous azimuts entre l'URSS et les Etats-Unis, le base-ball suscitait le plus souvent des commentaires ironiques. Personne ne voulait pratiquer ce jeu pour des considérations idéologiques. La situation a changé dans la seconde moitié des années 80, lorsque le cap a été mis sur le rapprochement avec l'Occident. Le vent du changement a soufflé sur ce sport également, le base-ball a conquis son droit de cité.
Le premier championnat soviétique de base-ball s'est déroulé en 1989. Il a été remporté par le Club sportif central des troupes de Défense anti-aérienne, de Balachikha, près de Moscou. Depuis, la victoire dans les championnats nationaux est disputée, en règle générale, par les joueurs de Moscou et de la région de la capitale. Six années d'affilée, de 1990 à 1995, une équipe moscovite, "Les Diables rouges", a occupé la première marche du podium. Les sportifs de Balachikha ont repris l'initiative en 1996. Depuis, au championnat de Russie, ces derniers sont représentés par deux clubs. Outre celui de la DCA, il y a aussi le Tornado, champion national 2002 et 2003.
Douze équipes participent au championnat de Russie. Elles sont divisées en deux zones: le centre et l'Extrême-Orient. Les vainqueurs dans leurs zones respectives disputent ensuite le titre de champion de Russie. Une question se pose : mais pourquoi n'y-a-t-il pas de zone sibérienne ou du Sud ? Le fait est qu'en Extrême-Orient - à Vladivostok, Khabarovsk, Nakhodka, dans l'île de Sakhaline - le base-ball est un jeu qui ne cesse de gagner en popularité. Et c'est facile à expliquer : au Japon, en Chine et en Corée du Sud, ce jeu est largement pratiqué. Le "virus de base-ball" franchit les frontières sans problèmes, ce qui est à saluer.
L'absence de terrains de qualité est le problème numéro un du base-ball russe. A Sakhaline, il y a un bon terrain, mais c'est très peu pour tout l'Extrême-Orient. Pour ce qui est du Centre, l'Université de Moscou possède un stade de base-ball avec un revêtement artificiel. Le terrain du Club de la DCA à Balachikha, même s'il est utilisé lors des championnats nationaux, n'est pas conforme aux normes. Moscou voudrait accueillir les championnats d'Europe 2007 et les autorités de la capitale promettent d'édifier d'ici là un stade moderne de base-ball. Pour les Russes, cet événement pourrait être une première à la fois architecturale et sportive.
Enfin, l'équipement - gants, battes, casques, balles et spikes - coûte assez cher. Une balle vaut dans les 5 dollars. Et pour mener le championnat de Russie, il en faut 600. Ce qui veut dire qu'il faudra débourser l'équivalent de 3 000 dollars pour un seul tournoi. Quant à l'argent... Le Comité d'Etat paie les déplacements des sportifs mais ne donne rien pour l'équipement. Les équipes sont amenées à chercher des sponsors, ce qui est une tâche ardue. Youkos, la célèbre compagnie pétrolière, a aidé à acquérir des équipements pour des équipes d'enfants. Mais c'était une assistance exceptionnelle, alors que les clubs ont besoin d'un soutien régulier.
Mais en dépit de toutes les difficultés, le base-ball russe progresse, et rapidement. Médaille d'argent aux championnats d'Europe 2001, la sélection hommes de Russie a partagé au mondial de cette année les 10-13 places avec les Taiwanais, d'ailleurs une des plus fortes équipes de la planète, un résultat phénoménal. Les cadets (13 à 15 ans) se produisent également avec succès : aux championnats d'Europe, ils ne descendent jamais au-dessous de la quatrième place.
Les noms de bon nombre de sportifs russes sont déjà connus en Europe et outre-Atlantique. Ainsi, le pitcher de Tornado, Oleg Korneev, a défendu, à Seattle, les couleurs d'une équipe locale, le Mariner. Deux autres Russes, le catcher Andreï Selivanov et le joueur de troisième base, Rouslan Nabiev, ont roulé pour le Braschaat, en Belgique. D'autres joueurs sont aussi attendus à l'étranger, preuve d'une renommée déjà acquise et des progrès évidents du base-ball russe.