Le chef de l'Etat propose de soutenir le cinéma national

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par Olga SOBOLEVSKAIA, RIA-Novosti

L'industrie cinématographique russe, même si elle connaît une renaissance, a toujours besoin de mesures protectionnistes. Telle est la conclusion qu'on peut tirer de la rencontre de Vladimir Poutine avec le monde du cinéma, le 1er novembre aux Studios Mosfilm.

Ces Studios, les plus importants d'Europe et un des grands "labels" de la Russie depuis l'URSS, ont subsisté ces 12 dernières années pratiquement sans aucun soutien de la part de l'Etat. D'une manière générale, dans les années 1990, les studios du pays vivaient essentiellement du bail de locaux, d'équipements et d'accessoires. Aujourd'hui, l'Etat se dit prêt à soutenir l'industrie du cinéma : "Nous avons beaucoup de produits de qualité mais il faut faire beaucoup pour relancer cette branche", a souligné au début de cette rencontre Vladimir Poutine.

La visite du chef de l'Etat a été précédée par sa rencontre avec Andreï Zviaguintsev, dont le film "Le Retour" a été récompensé par un Lion d'or à la Mostra de Venise cuvée 2003. Agé de 39 ans ce réalisateur débutant a déjà été rangé par certains journalistes dans la catégorie des héritiers d'Andreï Tarkovski. Ce film qui parle du lien spirituel entre un père et ses deux fils est aussi volontiers comparé aux premières oeuvres de Nikita Mikhalkov. "Le Retour" a été acheté en Europe.

Le succès international de Zviaguintsev a été accueilli par la société comme un événement significatif témoignant du second souffle du cinéma russe qui retrouve sa qualité d'antan, conforme aux normes élevées définies par le patriarche du cinéma soviétique Sergueï Eisenstein et développées par ses successeurs, Mikhaïl Romm, Sergueï Bondartchouk, Grigori Tchoukhraï, Mikhaïl Kalatozov et autres. A l'époque où le cinéma était destiné au vaste public, les réalisateurs savaient créer leur propre style.

Dans les années 1990, alors qu'Hollywood étudiait l'héritage d'Eisenstein, en Russie, les cinéastes semblaient oublier les réalisations et les traditions de leurs prédécesseurs. Le moment est venu de les ranimer et d'accroître, d'année en année, avec l'aide de l'Etat, le nombre de films tournés.

Mais avant, pour reprendre l'expression de Vladimir Poutine, "il faut procéder à un "réglage fin" du volume des importations", de manière à ce que le spectateur n'ait pas à en pâtir.

En effet, la part des films russes dans la distribution n'excède pas 16%. Les cinéphiles russes d'aujourd'hui ont, en règle générale, moins de 30 ans. Durant la décennie précédente, ils ont été formés par le cinéma américain. Les importations américaines ont presque entièrement accaparé le marché. Les produits russes commencent peu à peu à reconquérir le terrain, mais on est encore loin de la victoire. Comme toujours, les salles passent plus volontiers des contrats avec les Américains qui sont plus prévisibles et qui livrent à temps leurs produits. Selon Sergueï Jigounov, chef de la Guilde des acteurs de Russie, qui a participé à la rencontre avec le chef de l'Etat, "les salles russes annoncent la projection de films américains qui n'ont pas encore été tournés".

Dans sa politique de distribution, l'industrie du cinéma russe doit suivre le chemin de l'industrie du film d'outre-Atlantique, affirment certains cinéastes. Et pour intéresser les distributeurs à coopérer avec la communauté cinématographique nationale, il faut leur proposer davantage de films russes, suivant le principe des "paquets", a précisé, au cours de cette même rencontre, le ministre de la Culture Mikhaïl Chvydkoï.

Certains réalisateurs préconisent le système des quotas. Karen Chakhnazarov, directeur général de Mosfilm, a plus d'une fois indiqué que les distributeurs "doivent être tenus par voie légale d'accorder 20% au moins du temps d'écran aux films russes". Ce qui devrait leur permettre de toucher un large public. C'est ce qui s'est passé à la télé, où les feuilletons russes ont sérieusement évincé les produits étrangers, leur part étant désormais de 60%. Rien d'étonnant à cela : la télévision est contrôlée par des producteurs russes et les chaînes tournent elles-mêmes leurs séries.

Pour régler le problème de la distribution, il faut, estime le président, "trouver des solutions "qui dérogent légèrement aux règles du marché" : "Il se peut que ce ne soit pas une comparaison pertinente, mais, après avoir introduit des quotas dans l'agriculture, nous avons constaté une augmentation de la production russe". Pourtant, a-t-il ajouté, ces quotas d'importation ne sauraient être décrétés qu'après qu' "un certain niveau de production aura été atteint dans le cinéma national".

En 2002, 68 films ont été tournés en Russie, plus de 70 seront réalisés en 2003, mais cela est insuffisant pour remplacer les importations. Sergueï Govoroukhine, réalisateur connu et député, a souligné que si ces quotas étaient introduits immédiatement, cela risquerait de freiner l'ouverture de nouvelles salles. En 2002, les films russes ont assuré 6% seulement des rentrées globales, contre 71% pour les produits hollywoodiens.

Mikhaïl Chvydkoï, ministre de la Culture estime que ces quotas pourraient être introduits en 2006. D'ici là, la production annuelle de films de fiction sera portée à une centaine, leur qualité, et donc le retour sur investissement, devront s'améliorer. La commande d'Etat de films sera pratiquée sur une plus vaste échelle : pour de nombreux cinéastes, il s'agit là d'un moyen efficace pour soutenir la profession. Vladimir Menchov, dont le film "Moscou ne croit pas aux larmes" a obtenu un Oscar, estime aussi que la production cinématographique doit - parfois - être le reflet des événements et des dates historiques d'un pays.

Pour créer un contexte financier propice au développement du cinéma russe, il serait bon de suivre l'exemple de la France, a dit le président à la fin de cette rencontre. Là, un pourcentage tiré des recettes de la distribution de films étrangers est versé au profit de la production nationale. En Russie également, même une faible part de ces recettes pourrait être utilisée à cette même fin, a noté le chef de l'Etat. D'autre part, il faudra combattre, à court terme, le piratage en renforçant la base juridique de la propriété intellectuelle, a fait observer pour conclure Vladimir Poutine.

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