La conférence "La Russie, a-t-elle besoin de l'OTAN?" vient de se dérouler à l'hôtel "Metropol" de Moscou.
A signaler que les rapporteurs russes à la conférence ne partagent pas du tout l'opinion du Secrétaire général de l'OTAN George Robertson, qui estime notamment que depuis ces dernières années, et tout particulièrement après la signature de la Déclaration de Rome sur la création du Conseil "Russie-OTAN", nos relations se sont beaucoup améliorées. Ainsi, le vice-président de la Douma d'Etat, Vladimir Loukine, a fait remarquer à ce sujet que la société russe n'était pas encore prête à considérer l'OTAN comme un partenaire effectif. Les stéréotypes d'autrefois et l'immobilisme des Russes ne sont pas en cause. C'est que la politique de l'OTAN pêche souvent par une certaine ambiguïté. Comme l'a fait remarquer Vladimir Loukine, l'élargissement de l'OTAN à l'Est n'a rien ajouté à la sécurité de la République tchèque ni de la Hongrie pour la simple raison que rien ni personne ne les menaçaient.
Par contre, la prise de décisions au sein de l'OTAN s'est compliquée, tout comme les relations à l'intérieur de l'Alliance. Ce problème n'est toujours pas résorbé, a indiqué le vice-président de la Chambre basse du Parlement russe. L'opération contre l'Irak en est sans doute l'exemple le plus spectaculaire. C'est que les décisions de l'OTAN ne sont pas adoptées à Bruxelles, mais à Washington. D'où les autres contradictions qui engendrent le scepticisme envers les relations OTAN-Russie.
Vladimir Loukine a été appuyé par l'académicien Alexandre Nekipelov. Ce dernier a attiré l'attention des participants sur le fait que tout le long de la frontière de notre pays, y compris dans les Etats baltes, des radars poussent comme des champignons. Ces radars épient littéralement tout ce qui se passe dans la partie européenne de la Russie. Ils surveillent tout ce territoire jusqu'à Moscou même. Pire, contrairement aux dispositions de l'Acte fondateur "Russie-OTAN", les Etats-Unis déploient leurs bases militaires sur le territoire de la Pologne, tout en transférant vers la frontière russe 42 000 soldats et officiers. Et leur argument selon lequel cette décision n'a rien à voir avec l'OTAN et entre dans le cadre des rapports bilatéraux parce qu'entretenir des troupes sur la Vistule plutôt que sur l'Oder revient moins cher au Pentagone ne résiste pas à la critique. En effet, la construction d'une nouvelle base militaire en Albanie reviendrait sans doute beaucoup moins cher qu'en Pologne.
Les orateurs ont vilipendé la politique de l'OTAN à l'égard de certains Etats baltes où la population russophone fait toujours l'objet de discriminations et où les écoles russes ferment les unes après les autres. D'autre part, des monuments aux soldats et officiers SS y sont érigés, ce qui aurait provoqué un scandale retentissant dans n'importe quel autre pays d'Europe. Cependant, on semble ignorer à Bruxelles la réalité de ces problèmes. L'indifférence devant cette situation ne fait qu'encourager les tendances nationalistes, notamment antirusses, en Lettonie ou en Estonie.
L'adjoint du Secrétaire général de l'OTAN pour les Affaires Politiques, l'ambassadeur Gunther Altenburg, a essayé de dissiper la préoccupation des participants russes à ce sujet. Il a déclaré que "l'Alliance ne mise plus aujourd'hui sur des armées de fer ni sur des armadas de blindés", elle a désormais pour objectif de créer des forces de déploiement et d'intervention rapides pouvant être transférées dans une région d'où émane subitement une menace à la stabilité et à la sécurité pour y lancer des opérations antiterroristes et de maintien de la paix". Et là, les tâches et les objectifs des Forces Armées de l'OTAN et de la Russie coïncident complètement. Or, Bruxelles et Moscou coopèrent d'ores et déjà en vue de résoudre ces problèmes et peuvent toujours élargir leur coopération. Ainsi, le "feu vert" a été donné au transit via le territoire russe des biens et des effectifs militaires allemands acheminés en Afghanistan. Il n'est pas non plus à exclure que le Kremlin signe aussi un accord similaire avec d'autres pays de l'OTAN.
Selon l'ambassadeur Altenburg, tant la direction de l'OTAN que les hommes politiques de l'UE ne cessent de signaler aux chefs des Etats baltes la nécessité absolue de respecter les droits légitimes de la minorité russophone. Et si, pour le moment, ce travail demeure improductif, ce n'est qu'une question du temps.
Le président de l'Institut des évaluations stratégiques, Alexandre Konovalov, a comparé l'OTAN à une "clinique psychiatrique pour les politiciens hystériques des Etats baltes". Il ne conteste cependant pas qu'il faut du temps pour que ceux-ci se débarrassent enfin de leur idée fixe au sujet de la "menace d'occupation russe". Dans le même temps, a fait remarquer le politologue, il est inadmissible que les responsables du ministère russe de la Défense tiennent à l'égard de l'OTAN des propos analogues à ceux que l'on trouve dans le rapport de Sergueï Ivanov et dans la brochure intitulée "Tâches d'actualité du développement des Forces Armées de la Fédération de Russie" où sont exposées dans le détail les formes et les méthodes d'opérations aérospatiales, terrestres et maritimes sur la Direction stratégique Ouest, propos qui ne peuvent pas être interprétés autrement que comme une menace directe pour l'Europe.
La plupart des orateurs ont été unanimes à estimer que la Russie devrait compter avec l'OTAN en tant que réalité objective. Mais Moscou apprécierait surtout une Alliance atlantique efficace et qui s'appuie davantage sur le partenariat, une Alliance qui refuse les intrigues politiques et militaires quand il est question des intérêts vitaux de la Russie, terrain particulièrement sensible pour le Kremlin, et plus précisément dans sa coopération avec les pays de la CEI et certains de leurs dirigeants.
D'autre part, ont souligné les participants à la conférence, l'OTAN n'appréciera qu'une Russie démocratique et dépourvue d'autoritarisme dans sa politique intérieure et extérieure, qui règle, enfin, ses problèmes en Tchétchénie et possède une armée de métier, peut-être peu nombreuse, mais bien équipée et bien commandée.