Que viennent faire les ex-officiers du KGB dans le monde des affaires ?

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par Viatcheslav LACHKOUL, RIA Novosti

Il y a douze ans, le général-lieutenant Leonid Chebarchine, dernier chef du service de renseignements soviétique, a donné sa démission pour prendre la tête, en 1992, de la société de personnes dénommée "Service national de sécurité économique de Russie". A l'époque de l'éclatement et de la restructuration des servies secrets, beaucoup de professionnels de l'espionnage et du contre-espionnage ont quitté le Comité de sécurité nationale de l'URSS (KGB). Comment s'opérait leur reconversion dans le civil ? Notre correspondant a posé cette question à Leonid Chebarchine.

- L'entrée dans le nouveau système a été douloureuse. A cette époque difficile nous avons constaté que la société avait une attitude bienveillante envers les anciens agents des services secrets. En même temps, nous avons profondément ressenti ce qu'étaient l'aide et l'entraide. La camaraderie professionnelle et l'esprit corporatif se sont avérés réellement existants. Heureusement, ils le sont toujours actuellement.

- C'était une époque révolue et pourtant, quel a été alors votre premier pas ?

- Au début, nous voulions fonder une agence d'information et nous avons même trouvé des gens qui acceptaient de mettre à notre disposition de l'argent, des locaux, du matériel. Mais l'affaire n'a pas marché. Un jour un groupe de jeunes banquiers de Moscou nous a proposé de réfléchir à l'idée d'une société qui s'occuperait de la sécurité du secteur privé. Finalement, la décision a été prise. Nous avons pris pour associé le chef de la Direction du KGB pour Moscou et sa région, Vitali Priloukov, homme énergique, intègre et ayant beaucoup de sens pratique. D'autres associés sont venus du Premier bureau (reconnaissance), du Service de protection, du ministère de l'Intérieur. Et voilà notre petit bateau a appareillé dans la mer houleuse du nouvel entreprenariat.

- Quelles sont les missions concrètes du "Service national de sécurité économique de Russie" ?

- Les conseils en matière de sécurité, de protection et d'équipement technique des entreprises privées. Nous travaillons principalement pour des nationaux mais nous avons aussi des clients étrangers qui nous demandent des services de temps en temps.

- Pouvez-vous vous appuyer sur vos anciennes relations dans les services secrets ?

- Sans qu'il soit question de rechercher leur appui, nous demandons conseil à nos anciens collègues de temps à autre. Mais nous n'abusons pas, nous agissons dans le cadre de la loi. Et nous nous appuyons principalement sur nos collègues vétérans qui travaillent dans des sociétés analogues ou dans des établissements financiers ou commerciaux. Nous nous aidons réciproquement à recueillir des informations et nous engageons, au besoin, des ressources supplémentaires, par exemple pour assurer la protection d'un site important. Ma société emploie une quinzaine d'agents en moyenne. Un de nos compagnons est une firme solide avec un effectif de 600 personnes. Une autre société que nous sommes en train de constituer et dont nous sommes fondateurs et partenaires emploie 200 personnes qui s'occupent professionnellement des problèmes de l'information. En dix ans d'existence nous nous sommes fait une réputation. Les gens qui viennent nous demander des services savent qu'ils ont affaire à un personnel loyal, scrupuleux et efficace. Nous ne faisons pas de publicité car nos clients nous recommandent à leurs partenaires.

- Avez-vous des sponsors ?

- Notre société nous appartient. Nous n'avons pas de sponsors et personne ne nous finance. Nous sommes maîtres de notre entreprise. Croyez-moi, nous n'avons pas la vie facile. Et nos salaires sont assez modestes. Mais c'est un bon supplément à notre pension de retraite. L'essentiel est que nous nous occupons d'une affaire utile à la Patrie. Dans les conditions actuelles la Russie n'est pas en mesure d'assurer la sécurité partout où cela est nécessaire. Pourquoi, dans cette situation, ne pas utiliser les cadres des services secrets mis en disponibilité ? On sait que les personnels de ces services ont été dans le passé et sont aujourd'hui recrutés après des vérifications méticuleuses, qui durent parfois très longtemps. D'ailleurs, tous les services secrets du monde en font autant. Nos agents secrets qui travaillent dans le pays ou à l'étranger ont toujours constitué une élite aussi bien du point de vue de la santé que des qualités intellectuelles et de l'état psychologique.

- Les hommes d'affaires avec lesquels vous coopérez ou plus précisément pour lesquels vous travaillez partagent-ils votre opinion sur vos collègues ?

- L'opinion que les hommes d'affaires ont sur notre personnel qui est composé de vétérans et d'anciens agents de la sécurité nationale est toujours positive. Quelles que soient les structures dans lesquelles travaillent mes camarades, jusqu'au service des relations publiques. Disciplinés et intègres, ils viennent combler les lacunes dont souffrent encore nos milieux d'affaires. Des dizaines d'années durant nous avons été élevés dans un esprit de désintéressement. Nous n'avons jamais pensé à l'existence de moyens de gagner de l'argent en utilisant nos compétences. Je tiens à rappeler que l'académicien Andréi Sakharov, qui n'aimait pas spécialement les organes de sécurité nationale (et avait de bonnes raisons de les détester), a reconnu en public que le KGB restait l'unique organisation non corrompue dans l'ancienne Union Soviétique. Les traditions de l'éducation dans la probité sont devenues celles de notre personnel et ces qualités sont les plus appréciées des milieux d'affaires russes.

Je suis sûr que les éléments criminels s'intéressent aux anciens agents des services secrets et des organes de l'Intérieur. Et je n'exclus pas que certains aient pu passer dans leur camp. Je suis persuadé que ce sont des cas exceptionnels qui ne sont pas typiques de la majorité des anciens et actuels agents des services de la sécurité nationale. Dans leur immense majorité (chaque troupeau a sa brebis galeuse), les travailleurs des services secrets sont des personnes loyales, honnêtes et ayant le sens des responsabilités. C'est une réserve au service de la Russie saine et non pas du monde criminel.

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