Autrefois agent secret du Comité pour la sécurité d'Etat de l'URSS, Igor Morozov a travaillé dans de nombreuses zones de conflit de par le monde. Après avoir pris sa retraite, il s'est consacré à l'activité parlementaire. Il assume actuellement les fonctions de premier vice-président de la Commission pour l'information de la chambre haute de l'Assemblée fédérale de Russie.
Parmi les dernières nouvelles internationales, on vient d'apprendre l'attaque lancée par les terroristes-kamikazes contre la résidence de Mohammed Sayed, chef du gouvernement de coalition de l'Etat indien de Jammmu-et-Cachemire. Cette fois-ci, les forces de l'ordre ont réussi à neutraliser les kamikazes. Peu avant cela, un autre attentat commis dans la capitale de l'Irak s'est tragiquement terminé pour la population civile: un extrémiste suicidaire s'est fait exploser dans un véhicule bourré d'explosifs, à proximité de l'hôtel "Bagdad", faisant huit morts et une quarantaine de blessés. Cet attentat a été revendiqué par le groupement armé d'Abu Hafsa al-Masri, qui avait participé à la préparation de l'attentat du World Trade Center de New York en 1993. Les organisations islamiques radicales sont directement impliqués dans les sinistres actions kamikazes dans divers pays, qu'il s'agisse du Hezbollah, du Hamas, du Front international du djihad, des Tigres de la libération de l'Eelam Tamoul au Sri Lanka, d'Al-Qaïda d'Oussama ben Laden ou de plusieurs autres groupements islamiques.
En 2000, les kamikazes tchétchènes, pour la première fois, ont allongé cette liste noire. Le 2 juillet 2000, quatre explosions simultanées des terroristes-kamikazes, à Argoun, Goudermes et Ourous-Martan, ont fait 33 morts et plus de 80 blessés. Le site Internet de la filiale d'Al-Qaïda opérant en Tchétchénie s'est empressé de proclamer les kamikazes "shaheeds" (martyrs).
L'islam n'encourage pas le suicide. C'est ce qu'affirme Alexandre Ignatenko, membre du Conseil de coopération avec les associations religieuses auprès du président de la Fédération de Russie: "L'islam n'encourage ni le suicide, ni l'assassinat. Le Coran et la Sunna ne font aucune allusion à des sacrifices héroïques. Le mot "shaheed" désigne ceux qui ont péri en combattant pour l'islam. Quant au mot arabe "istishhad" ("aspiration à devenir shaheed"), c'est une invention de certains ulémas, surtout wahhabites".
Ce sont les ulémas wahhabites qui ont importé en Tchétchénie l'idée des attentats-suicides. Chamil Bassaiev, célèbre chef de bandes armées tchétchènes, qui s'autoproclame "Abdallah Chamil Abu Idris", est un adepte fanatique de ces ulémas. C'est justement lui qui a créé, avec la participation de mercenaires arabes, un "bataillon de kamikazes" dont les membres, après un passage dans des camps d'entraînement spéciaux, sont envoyés en Russie pour commettre des attentats. D'après les renseignements des services secrets, il y aurait quelques dizaines de femmes parmi les kamikazes du "bataillon de la mort". En règle générale, les recrues rejoignent les camps de kamikazes sous contrainte. La violence et la drogue cassent leur psychisme et les rendent impuissants face à leurs chefs. De plus, le désir de vengeance est également exploité, l'envie de racheter le sang des maris ou parents morts au combat. Pour préparer les kamikazes, les extrémistes jouent sur les sentiments des gens, les incitant à venger la mort de leurs parents ou proches. Cet endoctrinement psychologique transforme ceux qui le subissent en "bombes vivantes" prêtes à tuer sans hésiter n'importe qui, même les enfants.
Zarema Moujikhoieva, l'une de ces candidates au suicide, a été arrêtée dans un café de Moscou. Elle a été recrutée selon cette méthode. Elle est âgée de 22 ans, est issue du village tchétchène d'Assinovskaia et a perdu son mari combattant au cours d'une opération des troupes fédérales contre les formations armées illégales. Lors de son arrestation, il s'est suicidé en faisant exploser une grenade à main. Zarema Moujikhoieva est restée introuvable pendant six mois, alors qu'elle suivait un entraînement dans les montagnes. Elle est arrivée à Moscou par train. Ses complices l'ont emmenée dans une maison abandonnée dans les environs de Moscou, où on lui a servi de la nourriture et des boissons mélangées avec des substances psychotropes ...
Ainsi que le montrent les enquêtes, les femmes candidates à l'attentat-suicide (au moins deux par groupe) sont conduites par un guide des camps d'entraînement vers une ville de Russie. A leur arrivée, elles sont transmises au "responsable" qui leur indique la cible de l'attaque et leur fournit l'explosif.
A en juger par les méthodes employées et l'équipement des terroristes, les services secrets russes sont persuadés de l'existence de centres de coordination pour la préparation des attentats, dont l'identification nécessite la collaboration avec d'autres Etats. L'expérience internationale prouve qu'il est très difficile de prévenir les actions des terroristes-kamikazes, mais qu'il reste une possibilité de réussite si des contre-mesures sont prises à temps. Le moyen le plus efficace consiste à introduire des agents dans les organisations terroristes afin d'être informé sur les projets d'attentats et leurs exécutants. En effet, malgré les mesures les plus rigoureuses de clandestinité prises par les extrémistes, un grand nombre de personnes participent aux opérations prévues: il faut examiner la cible de l'attaque et étudier la situation autour de l'objet choisi, préparer les abris des kamikazes avant l'exécution de l'attentat. Les candidats à l'exécution des attentats sont approvisionnés en nourriture, en vêtements et en papiers d'identité, ils sont entraînés et assistés dans leur infiltration de l'objet choisi.
Dans le cadre de la coopération entre les services secrets, il paraît très utile d'assurer l'échange des nouvelles ressources techniques ou des idées avancées en matière de lutte contre le terrorisme. De l'avis du général Boris Melnikov, chef du Centre antiterroriste des pays de la CEI (Communauté des Etats Indépendants), de tels centres doivent se fixer comme objectifs l'étude scrupuleuse des formes et méthodes de la préparation des kamikazes, l'établissement de leurs portraits psychologiques et la recherche de leurs bases et camps d'entraînement.