Téhéran a accepté de signer le protocole additionnel au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Bien plus, en signe de bonne volonté, l'Iran a même décidé de suspendre l'enrichissement d'uranium. De telles déclarations ont été faites, mardi dernier à Téhéran, à l'issue des négociations entre la dirigeants iraniens et les ministres français, britannique et allemand des Affaires étrangères. L'Europe et la Russie ont poussé un soupir de soulagement à cette occasion, la signature du protocole additionnel par l'Iran offrant de nouvelles possibilités pour la coopération avec ce pays.
Plus important encore pour Moscou est que Téhéran se dit également prêt à signer le protocole à l'accord sur la construction de la centrale nucléaire de Bushehr qui assure le renvoi en Russie du combustible nucléaire brûlé. C'est ce qu'a annoncé l'ambassadeur de l'Iran à l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA), Ali Akbar Salehi. Les négociations sur ce dossier se poursuivent depuis déjà plusieurs mois. Le Président Vladimir Poutine a déclaré lors d'une conférence de presse à Bangkok, que sans cet accord la Russie ne fournira pas le combustible nucléaire nécessaire à la centrale de Bushehr. Somme toute, les divergences entre Téhéran et Moscou se réduisent essentiellement aux aspects techniques et commerciaux du problème, et ne se répercutent aucunement sur la volonté déclarée de la Russie de poursuivre sa coopération avec l'Iran dans les domaines du nucléaire civil ou autres. A en juger d'après la réplique du délégué permanent de l'Iran à l'AIEA, le problème sera résorbé sous peu.
Comme l'a fait remarquer le vice-ministre des Affaires étrangères russe Alexandre Lossioukov, "nous sommes liés à l'Iran par une histoire séculaire. De plus, l'Iran est un voisin et partenaire que nous apprécions énormément et avec lequel nous avons des vues identiques sur bien des sujets régionaux et internationaux. Moscou et Téhéran coopèrent très étroitement au niveau bilatéral et au sein d'institutions multilatérales, y compris dans la lutte contre le terrorisme, le narcotrafic et la prolifération des armes de destruction massive".
Néanmoins, les informations provenant de Téhéran sur le compromis enregistré entre l'Iran et l'Agence internationale de l'Energie atomique apportent incontestablement à tous un grand soulagement. Rappelons que, conformément à la résolution du Conseil des gouverneurs de l'AIEA en date du 12 septembre dernier, l'Iran devait signer, avant le 31 octobre prochain, le protocole additionnel prévoyant l'accès illimité des sites nucléaires iraniens pour les inspecteurs internationaux. En cas de refus, cette question aurait été soumise à l'examen du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies.
Selon une information de source diplomatique ébruitée par la presse, les chefs de la diplomatie britannique, allemande et française auraient proposé à l'Iran leur concours technologique, y compris à la réalisation de son programme nucléaire civil, en échange de sa complète transparence en matière nucléaire et de sa pleine coopération avec l'Agence internationale de l'Energie atomique. Se trouvant à Téhéran, les diplomates européens haut placés auraient confirmé le droit de tout pays à élaborer ses propres programmes nucléaires civils. Cette déclaration a une immense signification pour la partie iranienne. C'est que Washington a plus d'une fois laissé entendre que l'Iran n'avait pas besoin de nucléaire civil, ses ressources naturelles en gaz et pétrole étant suffisantes. Selon cette logique, le nucléaire ne pourrait être utilisé par l'Iran qu'à des fins militaires.
Jusqu'à ce jour, hormis la Russie, aucun pays n'a aidé l'Iran à développer son nucléaire civil. Et depuis déjà plusieurs années, Moscou cherche à prouver que son assistance en ce domaine est tout à fait légitime et justifiée. Dans l'une de ses interviews, le secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, Vladimir Rouchaïlo, a indiqué que Moscou estimait que, en tant que signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et membre de l'Agence internationale de l'Energie atomique, l'Iran était tout à fait en droit de bénéficier d'un concours international pour promouvoir son nucléaire civil. Intervenant au G8 d'Evian, Vladimir Poutine a réaffirmé cette prise de position, ajoutant que cette aide serait accordée à condition que tous les projets nucléaires de l'Iran soient mis sous contrôle de l'AIEA.
Moscou a toujours espéré que Téhéran finirait par signer le protocole additionnel au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. La Russie a exprimé à maintes reprises son intérêt à ce que le programme nucléaire iranien devienne tout à fait transparent. Cela rendrait absurdes les spéculations sur un prétendu concours russe à l'Iran dans la mise au point d'une arme nucléaire. Cela aiderait aussi à mettre fin aux sanctions injustes imposées par les Etats-Unis à toute une série de compagnies russes coopérant avec l'Iran.
Au cours de la conférence de presse à Bangkok, Vladimir Poutine a notamment fait cette déclaration: "Si Téhéran remplit toutes les conditions de la communauté internationale, assure la transparence de tous ses programmes et signe le protocole additionnel sur les garanties de l'Agence internationale de l'Energie atomique, il n'y aura plus de raisons de limiter la coopération avec ce pays, y compris dans une sphère aussi sensible que le nucléaire".
Après la visite des hauts diplomates européens dans la capitale iranienne, il reste à espérer que la tension autour de l'Iran retombe et que rien n'entrave plus le développement de la coopération économique avec ce pays.