La Russie aimerait mieux investir que donner

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par Marianna BELENKAIA, commentatrice politique de RIA Novosti

La direction de l'Espagne vient d'annoncer qu'elle espère collecter le plus possible de fonds nécessaires au relèvement économique de l'Irak au cours de la conférence des donateurs qui s'ouvre le 23 octobre à Madrid. Quelle que soit la somme que les représentants des douze pays rassemblés en Espagne décideront de collecter au profit de l'Irak, elle ne sera pas suffisante. La Russie participera à la conférence mais elle ne fera pas de don à l'Irak.

Dans le rapport préparé par la Banque mondiale à l'occasion de la conférence il est question de la somme de 56 milliards de dollars nécessaires à la reconstruction de l'Irak au cours de la période 2004-2007. Les experts de la Banque et leurs collègues de l'ONU ont procédé à une évaluation de quatorze secteurs de l'économie irakienne dont la remise à neuf requiert, à leur avis, 35,589 milliards de dollars. Les experts russes mettent en doute certains chiffres cités dans le document et ont l'intention de les préciser au cours de la rencontre de Madrid.

Les auteurs du rapport n'ont pas pris en considération le coût du maintien de la sécurité en Irak, de la remise à flot du secteur pétrolier, des programmes culturels, sportifs, religieux, estudiantins. Il a été évalué par les représentants de l'Administration temporaire en Irak avec Paul Bremer à leur tête. Selon leurs estimations, 19,44 milliards de dollars sont nécessaires pour satisfaire ces besoins. Il est significatif que les autorités de la coalition n'aient pas dépassé la somme que les Etats-Unis ont l'intention d'accorder prochainement à l'Irak : 20 milliards de dollars. Cet argent sera inscrit au compte du Fonds de développement de l'Irak géré par l'administration temporaire, autrement dit par les Etats-Unis.

D'autres donateurs en puissance, en premier lieu européens, ont refusé de verser à ce fonds parce qu'ils ne veulent pas mettre leur argent à la disposition des Américains. Pour cette raison la création sera annoncée, à Madrid, d'un Fonds pour le développement et le relèvement de l'Irak placé sous le contrôle de la Banque mondiale et du F.M.I.

Reste à savoir s'ils parviendront à collecter la somme nécessaire.

A ce jour, on sait que le Japon donne 5 milliards de dollars dont 1,5 milliard en 2004. Le Canada se dit prêt à verser 200 millions et l'Union européenne 230 millions. D'autres pays, notamment ceux du golfe Persique, annonceront leur décision au cours de la conférence.

L'administration Bush espère que l'argent qui manque sera collecté en prélevant sur les futurs nouveaux dons des Etats-Unis mêmes et sur les recettes des exportations de pétrole irakien. Force est pourtant de constater que les membres du Congrès des Etats-Unis sont loin de se montrer intéressés à la donation, surtout à la lumière des élections qui approchent et des problèmes affectant l'économie américaine. Pour pouvoir tirer des revenus du pétrole irakien, des investissements importants sont nécessaires. Beaucoup de pays souhaitent investir en Irak mais est-il raisonnable de placer son argent dans la construction d'un oléoduc attaqué à l'explosif tous les jours ou presque ? D'autre part, le thème de l'investissement n'a pas été analysé par les experts de la Banque mondiale dans leur rapport. C'est un sujet à discuter à Madrid.

Moscou estime que l'avenir de l'Irak dépend des projets d'investissements importants à réaliser notamment dans des domaines comme le pétrole, l'énergie, l'hydraulique, les transports, l'agriculture.

En tout ce qui ne concerne pas le secteur pétrogazier, les sociétés russes ont réussi à défendre plus ou moins bien leurs positions. Du moins pour ce qui est des contrats financés dans le cadre du programme de l'ONU "pétrole contre nourriture". A ce jour, 75% de ces contrats sont prioritaires et ils continueront d'être réalisés même après l'achèvement de ce programme le 21 novembre. Mieux, beaucoup d'entre eux ont été assortis d'un protocole additionnel modifiant la nomenclature et les volumes des livraisons. Les sociétés engagées dans le secteur énergétique et dans le bâtiment sont les premières concernées.

Le sort des projets russes d'investissements dans le secteur pétrogazier irakien reste inconnu et il est fort douteux qu'il puisse être décidé à Madrid, bien que Moscou soit prêt à investir des fonds importants dans cette branche. Dans une interview à RIA Novosti le vice-ministre des Affaires étrangères Youri Fedotov, qui conduira la délégation russe dans la capitale espagnole, a annoncé qu'en cas de reprise des travaux à West Qurna 2, trois milliards de dollars pourraient être investis dans la mise en valeur de ce gisement au cours des sept premières années. D'autre part, 350 à 400 millions de dollars pourraient être déboursés pour l'aménagement d'autres champs pétrolifères. Le montant des investissements russes éventuels ne se limite pas à ces chiffres. Moscou espère que tous les contrats russes conclus avec l'ancien gouvernement irakien seront maintenus, notamment les ententes intervenues avec "Lukoil" sur la mise en valeur de West Qurna 2.

De l'avis du président du Conseil de l'Union des producteurs de pétrole et de gaz de Russie, Youri Chafranik, la Russie a de "bonnes bases pour au moins ne pas perdre ses projets en Irak et pour décrocher de nouveaux contrats ".

Premièrement, les pétroliers russes ont acquis une riche expérience de travail dans la région et ont trouvé un langage commun avec la population locale. Deuxièmement, les sociétés russes n'écartent pas la possibilité de coopérer en Irak avec des compagnies occidentales. Dès la fin des hostilités en Irak, de nombreuses compagnies pétrogazières russes ont entamé des négociations sur la coopération avec des sociétés américaines, canadiennes, britanniques.

La réalisation de projets d'investissements importants offrira à l'Irak une chance de réaliser ses plans d'augmentation de la production de pétrole, ce qui permettra à son tour de trouver les ressources supplémentaires nécessaires au relèvement du pays. De surcroît, cela signifie l'apparition d'emplois supplémentaires, ce qui aura un effet positif sur la situation politique dans le pays et aidera à atténuer les tensions dans le domaine de la sécurité.

C'est pour cette raison que Moscou estime que l'aide au peuple irakien ne doit pas lui être obligatoirement fournie sous forme de donations. Le montant des investissements des sociétés russes pourraient largement dépasser celui des fonds offerts par certains pays donateurs. Cette thèse sera développée par la délégation russe à Madrid.

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