Le cinéma russe regagne en popularité chez les jeunes

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Par Olga Sobolevskaïa, RIA-Novosti

Selon le quotidien Wall Street Journal, des copies piratées du film "Bumer" du réalisateur russe Petr Bouslov ont fait leur apparition à Los Angeles et à Hong Kong, et le coproducteur de ce film, la compagnie "STV", mène des pourparlers avec les distributeurs américains. "Bumer" (BMW en argot jeune) figure parmi les films qui seront projetés dans le cadre de la "Semaine du cinéma russe" qui se tient fin octobre à New York.

En Russie, ce film est considéré comme l'un des meilleurs débuts du cinéma de ces dernières années, et le réalisateur Petr Bouslov est comparé à Quentin Tarantino et à Martin Scorsese. Dès le début de sa distribution, en août, "Bumer" a rapporté une somme record pour le cinéma russe (1,5 million de dollars). Il n'y a pas si longtemps, l'art cinématographique russe ne pouvait que rêver de telles recettes et d'un tel succès auprès des spectateurs. L'année dernière, les films russes n'ont assuré que 6% des recettes du cinéma national, contre 71% pour la production hollywoodienne.

De plus, "Bumer" vient à la suite d'une série de films russes ayant commencé la reconquête du spectateur contre les superproductions américaines qui envahissent les écrans dès le début des années 1990. Parmi ces nouveaux films, citons notamment "Le Frère" et "Le Frère II" d'Alexeï Balabanov, "Antikiller" d'Egor Kontchalovski, "Le Coucou" d'Alexandre Rogojkine, "L'Etoile" de Nikolaï Lebedev, ou "L'Amant" de Valeri Todorovski. Ils ont tous été créés par une génération de réalisateurs russes d'âge moyen et sont devenus populaires avant tout chez les spectateurs de 25-35 ans. Mais "Bumer" a battu tous les records. Débutant au cinéma et à peine âgé de 27 ans, Petr Bouslov a réalisé un film qui réussit à attirer l'attention des écoliers et des étudiants, un auditoire plus obstinément fidèle au cinéma étranger.

La jeunesse russe préférait notamment les films fantastiques (voire "fantasy") du genre de l'adaptation cinématographique du "Seigneur des Anneaux" de John Tolkien, réalisée par Peter Jackson. Or "Bumer" n'a strictement rien en commun avec la "fantasy". Et, malgré cela, les salles projetant ce film ne désemplissent pas, attirant surtout les jeunes. Et des sites de fans se créent sur Internet.

Pourtant, le réalisateur, fraîchement diplômé de l'Institut national de cinématographie, a longtemps cherché un producteur pour son film, problème auquel se heurte tous les jeunes réalisateurs. Le budget de "Bumer" n'a pas dépassé 700 000 dollars, le tournage s'étant effectué la nuit dans un hangar non chauffé situé aux environs de Moscou. Mais ces difficultés ne se ressentent absolument pas sur la qualité du film. L'histoire (les aventures d'une bande de voleurs de voitures) captive littéralement l'attention du spectateur, un effet parfois vainement recherché par les plus grands réalisateurs. L'action est accompagnée de la musique de Sergueï Chnourov, idole rock de la jeunesse. Les acteurs, jeunes et peu connus, sont néanmoins convainquants dans leurs rôles de "Robins des bois modernes". Cependant, à en juger d'après les commentaires des spectateurs sur Internet, l'intérêt essentiel de ce film réside dans l'image authentique et familière donnée de la vie dans la Russie des années 1990. C'est à cette époque qu'ont grandi les cinéphiles contemporains.

Et Petr Bouslov connaît lui-même bien la réalité qu'il a présenté dans son scénario, puis dans son film. Originaire de Khabarovsk (Extrême-Orient), il a fait l'expérience de la vie à Vladivostok, un grand port criminalisé de l'Extrême-Orient russe. Des candidats potentiels à la prison figuraient parmi ses amis ou relations, et lui-même reconnaît qu'il aurait pu tourner mal. Les quatre jeunes héros de "Bumer" ne deviennent-ils pas criminels malgré eux? Ils n'avaient pas l'intention de tuer qui que ce soit, mais, piégés par la situation, ils sont obligés d'aller jusqu'au bout du chemin du crime. "Bumer", c'est leur "BMW", leur voiture refuge. C'est aussi le symbole de leur vie impétueuse et cruelle.

Aux temps soviétiques, le cinéma en Russie jouait le rôle de manifestation de la conscience nationale. Dans les années 1990, il a perdu son caractère "global" pour se concentrer sur les maux de la société : banditisme, prostitution, toxicomanie. Il a noirci la réalité et abandonné les gens normaux. Le film "Bumer" n'est pas encore conscience nationale russe retrouvée, mais il n'est plus poétisation de la lie de la société. C'est une sorte d'adieu au "romantisme du crime", une promesse de retour vers des héros plus habituels, plus humains et dignes de respect, plus proches des attentes du public. Les personnages de "Bumer" ne renoncent ni à l'amour, ni à l'amitié. Auraient-ils eu plus de chance, ils seraient devenus des héros très positifs.

Si le cinéma russe se réconcilie avec les héros positifs, et si l'Etat continue de le soutenir tant financièrement que moralement, l'industrie cinématographique russe devrait se consolider. Selon certaines prévisions, près de 70 films sortiront cette année en Russie, contre 68 l'année dernière. Et il devient alors probable que la part des films russes dans la distribution nationale passe de 16 à 20%, seuil minimum auquel aspirent les cinéastes russes.

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