Les négociations intercoréennes qui se sont poursuivies la semaine dernière à Pyongyang, et dans lesquelles on fondait l'espoir de progrès dans le règlement du problème nucléaire nord-coréen, n'ont pas abouti. A dire vrai, on n'aurait même pas dû s'attendre à des résultats. En premier lieu parce que la Corée du Nord estime que le problème nucléaire ne touche que Pyongyang et Washington. Ce point de vue n'est pas partagé par les autres pays de la région intéressés à maintenir le régime de non-prolifération nucléaire. Pour l'instant, ils échouent dans leurs tentatives pour faire adopter à Pyongyang un autre point de vue.
En août à Pékin, le premier tour des négociations, avec la participation de deux Etats coréens, des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine et du Japon, n'avait pas fait bouger les choses. La Corée du Nord avait alors déclaré "n'avoir plus d'espoir ni d'intérêt" relativement à ces négociations, en raison de l'inflexibilité des Américains.
Ayant désigné haut et fort la Corée du Nord comme l'un des maillons de ce terrible "axe du mal", Washington fait certes peu d'efforts pour rassurer la République populaire démocratique au sujet de sa sécurité. L'action musclée menée par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en Irak rend Pyongyang encore plus inquiet : les Nord-Coréens craignent en effet la répétition du scénario irakien.
Objectivement, il serait toutefois difficile d'imaginer que les Etats-Unis puissent lancer contre la péninsule de Corée une action semblable à la guerre irakienne. Ils semblent déjà s'enliser en Irak, et la RPDC n'est pas l'Irak. Seuls des fous - et à Washington il n'y en a pas - pourraient envisager un règlement militaire du problème. D'autant plus que les experts américains avaient conclu, il y a dix ans déjà, qu'une nouvelle guerre coréenne n'était pas acceptable en termes de coût.
Alors pourquoi les Etats-Unis ne donnent-ils pas à la Corée du Nord les garanties de sécurité que Pyongyang exige pour abandonner son programme nucléaire ? En fait, Washington n'est en général pas disposé à prendre des engagements précis, préférant se réserver une totale liberté de manuvre. D'autant plus que, dans la situation actuelle, pareilles garanties auraient l'air de concessions accordées à la "faible" Corée du Nord, scénario impensable pour Washington. D'où l'impasse actuelle, chacun des pays restant sur ses positions et n'en démordant pas.
Notons que, dans ce contexte, Séoul fait preuve de bons sens. Tout en insistant sur le règlement de la crise nucléaire - celle-ci gène la promotion des contacts entre le Nord et le Sud, Séoul ne lie pas les problèmes politiques à la coopération économique des deux Corée. Cependant, le partage entre politique et économie ne saurait durer longtemps et, à terme, le problème politique finira par s'ériger en obstacle insurmontable à l'approfondissement des liens économiques entre les deux pays.
La péninsule de Corée est donc confrontée à une crise patente, heureusement lente et contrôlable, ce qui empêche les parties en présence de se précipiter dans une escalade à conséquences imprévisibles. Il faut cependant rester vigilant et réagir à temps à toute complication dans le processus de négociation. Fait réjouissant, Pyongyang, aussi ferme soit-il dans la défense de ses positions, ne brûle pas les ponts et laisse ouverte la possibilité d'une reprise des négociations. La RPDC devrait sans doute renoncer à l'avenir à ses essais nucléaires, faute de quoi elle mettrait trop nettement les points sur les "i" aux yeux de l'opinion mondiale. Abandonnant les essais, elle laisserait planer un doute, ce qui permet une certaine marge de manoeuvre.
Conséquent dans sa politique, Moscou est favorable au maintien du régime de non-prolifération nucléaire, y compris dans la péninsule de Corée. En même temps, la Russie comprend la préoccupation de la Corée du Nord pour sa sécurité, les rapports entre Pyongyang et Washington étant très tendus. La solution de la crise passe par l'abandon du programme nucléaire nord-coréen, par des garanties de sécurité fermes accordées à la RPDC et par l'aide au règlement de ses problèmes économiques.