Les problèmes du Sud de la Russie peuvent être réglés

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par Aslambek ASLAKHANOV, conseiller du Président russe

Les problèmes du Sud de la Russie, dont la Tchétchénie, ne se distinguent pas trop de ceux des autres régions du pays. Le principal y est sans doute la spécificité liée au problème numéro un du Sud russe, à savoir la question des nationalités. En effet, dans les 13 entités de la région sud, y compris dans les sept républiques autonomes, la population est constituée de cinquante nationalités et ethnies différentes. Même les territoires de Krasnodar et de Stavropol qui ont été considérés autrefois comme monoethniques sont aujourd'hui habités de plusieurs nationalités et ethnies.

Cela ne manque évidemment pas de compliquer encore plus la situation économique et sociale, déjà grave, dans la région.

Toujours est-il que le chômage massif constitue le principal problème économique du Sud de la Russie, et les républiques en souffrent certes le plus. Il est, effectivement, humiliant pour un jeune homme de se trouver à la charge de ses parents. Aussi, en quête d'un emploi, n'est-il pas du tout rare qu'il s'engage dans un chemin dangereux pour devenir parfois une proie très facile pour le monde criminel. Dans ces circonstances, nous nous devons de lancer une très vaste campagne contre ce mal, campagne religieuse qui associe, en outre, le peuple tout entier. Y doivent absolument participer doyens, personnes respectées dans la société et dignitaires religieux de toutes les confessions du Sud de la Russie.

Un grand danger émane également du wahhabisme - version extrémiste et tout à fait dénaturée de l'islam - qui se propage de plus en plus dans la région. A signaler que ce wahhabisme se distingue beaucoup de celui qui existe, par exemple, en Arabie Saoudite. Cette mouvance pseudo-religieuse extrémiste n'a absolument rien à voir avec l'islam traditionnel et n'est par conséquent pas de mise dans le Sud de la Russie.

Les problèmes de la Tchétchénie méritent certes d'être mentionnés tout spécialement. On peut évidemment les régler, mais il faut bien comprendre qu'il est dans cette république des gens pour qui il n'y a plus de place dans une vie pacifique normale. C'est que le banditisme est devenue une norme pour eux. Autrefois, ils se sont livrés à des vols, à des assassinats, à des tortures et à des pillages des civils, ils ont perpétré des attentats et le font toujours.

Néanmoins, il est aussi, parmi les participants aux formations paramilitaires illégales, d'autres gens qui ont pris l'arme à la main sous une contrainte quelconque. Les uns ont été intimidés par des menaces, alors que d'autres ont voulu tout simplement se venger de leurs proches disparus dans les flammes de la guerre. Il y a eu, enfin, ceux qui sont partis dans la montagne tchétchène pour se soustraire à des "nettoyages". Quelqu'un a même cru possible de créer un Etat tchétchène indépendant et a fait ainsi la guerre pour des raisons purement idéologiques. Il faut travailler énergiquement avec tous ces gens. Il faut leur montrer qu'ils ont un avenir devant eux dans la vie pacifique. Il faut aussi leur faire comprendre que la guerre avait été déclenchée par ceux qui, assoiffés du pouvoir et de l'argent, avaient complètement mis à sac la république. Ces derniers ont fui à l'étranger où ils possèdent des biens immobiliers et un business rentable, où leurs enfants fréquentent aujourd'hui de prestigieux établissements d'études. Et déjà depuis l'étranger, ces mêmes personnes, tout en intervenant au nom de la direction de la soi-disant République d'Itchkéria, continuent à entraîner des jeunes dans l'engrenage de la guerre, à sacrifier au Moloch de la guerre des enfants des démunis sans aucune protection sociale.

On doit y opposer la plus ferme riposte. L'un des moyens en consiste sans doute à proroger le délai de l'amnistie pour ceux qui n'ont pas commis de crimes graves. Il importe aussi de l'étendre aux réfugiés. En fait, se sauvant de la guerre, bien des Tchétchènes se sont retrouvés aux Pays-Bas, en Belgique, en Turquie et en France, ainsi que dans les pays voisins de la Russie - en Géorgie et en Azerbaïdjan. La variante de résolution sur ce point, adoptée pas la Douma d'Etat (Chambre basse du Parlement russe), ne prévoit pas d'amnistie pour les réfugiés. Pourtant, elle est bien et bel indispensable, car bien de ces gens n'ont en fait commis aucun péché grave.

Et enfin. L'un des graves défauts de notre Etat réside dans le fait que sa politique dans le Sud de la Russie manque souvent de concertation requise. Il arrive parfois que chacun des ministères ou administrations agit en toute indépendance et rivalise même avec d'autres structures. Pire, il n'est pas rare que ce n'est pas le travail lui-même, mais plutôt un rapport bien rédigé sur ce travail à l'intention des instances supérieures qui y devient essentiel. On doit se débarrasser résolument d'une telle approche. Un travail concerté de tous est parfaitement indispensable dans cette région, tout comme dans les autres. Et alors, tous les problèmes trouveront enfin leur solution. Le principal, c'est qu'il s'agit des problèmes résolubles.

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