Entrée de la Russie à l'OMC: négociations dans l'impasse?

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par Marina Chakina, commentatrice politique de RIA-Novosti

Les négociations sur l'adhésion de la Russie à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) sont dans l'impasse. Le ministre russe du Développement économique et du Commerce Guerman Gref, qui est rentré jeudi à Moscou après un volet des négociations avec l'UE, a annoncé que les parties avaient failli se quitter sur une décision de suspendre les contacts pour un an.

Profitant de la visite d'une délégation d'hommes d'affaires allemands conduite par le chancelier Gerhard Schröder en Russie, M.Gref les a invités à participer aux négociations car cette tâche lui paraissait irréalisable sans une impulsion politique. Enfin le président russe Vladimir Poutine, qui a eu une rencontre avec M.Schröder, s'est aussi impliqué dans ce processus.

Notablement inférieurs aux prix mondiaux, les tarifs domestiques russes du gaz et du pétrole constituent la pomme de discorde entre la Russie et l'Europe. Les partenaires occidentaux exigent de les porter au niveau européen, mais la Russie insiste que les tarifs énergétiques actuels représentent son avantage concurrentiel naturel.

La partie russe n'a jamais contesté le nécessité d'augmenter les tarifs intérieurs du gaz et des combustibles. Mais Moscou se refuse de le faire d'un seul coup dans le cadre des engagements d'adhésion à l'OMC. Les prix des produits énergétiques monteront de toute façon conformément aux règles du marché. Mais il s'agit là d'un processus lent qui durera des années et qu'il ne faut pas accélérer sinon cela ruinera rapidement les entreprises russes et provoquera une explosion sociale.

La Commission européenne a en outre exigé que la Russie lui permette d'utiliser les pipelines russes. Cette condition a été mal accueillie par la partie russe. Ce système est un produit de l'Union Soviétique et la Russie seule est capable de le maintenir en état opérationnel, même s'il s'agit des secteurs se trouvant hors de ses frontières, a relevé M.Poutine lors des consultations intergouvernementales russo-allemandes.

Le chef de l'Etat s'est aussi fermement opposé à la proposition de la Commission européenne de diviser la compagnie publique gazière "Gazprom". "Nous allons garder le contrôle sur les gazoducs et "Gazprom". Nous n'allons pas le diviser", a-t-il conclu. Et de qualifier la position européenne de tentative pour tordre les bras à la Russie. Cette position est d'autant plus fâcheuse que Vladimir Poutine a toujours activement appuyé l'idée de l'entrée de la Russie à l'OMC et œuvré pour le rapprochement et l'amitié avec l'Europe.

Les tensions se sont apaisées un jour plus tard. Les négociations sont près d'une impasse, mais cela ne signifie pas que les parties ne trouveront pas une solution, a expliqué Maxim Medvedkov, vice-ministre russe du Développement économique et du commerce. L'Union Européenne formulera tout prochainement d'autres propositions, selon lui.

"Pour la Russie il vaut mieux de ne pas traîner avec l'adhésion à l'OMC", estime Sergueï Prikhodko, chef du laboratoire de l'activité économique extérieure de l'Institut des problèmes de la période transitoire (Institut de Gaïdar). "Plus le temps passe, plus d'accords sont signés dans le cadre de l'OMC. Si la Russie est en retard, elle aura du mal à s'entendre (avec ses partenaires) dans l'avenir".

M.Medvedkov a reconnu que le dialogue avec l'UE est plus dur qu'avec n'importe quel pays. Les tarifs énergétiques restent la pierre d'achoppement.

Bien que le gouvernement et les milieux d'affaires russes soient indignés par les exigences de l'UE, le cabinet a la ferme intention de poursuivre ses efforts en vue d'adhérer à l'OMC.

Moscou, 10 octobre

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