VALENTINA MATVIENKO, LA GOUVERNEURE DE SAINT-PETERSBOURG

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Moscou, 7 octobre. /par Marina CHAKINA, commentatrice politique de RIA-Novosti/. L'élection du gouverneur de Saint-Pétersbourg, capitale historique et deuxième grande ville du pays, après Moscou, a été à bien des égards un événement sans précédent pour la Russie. Et cela non seulement parce que, pour la première fois de toute l'histoire du pays, deux femmes - Valentina Matvienko, représentante plénipotentiaire du président Poutine dans la Région fédérale du Nord-Ouest, et Anna Markova, vice-gouverneure de Saint-Pétersbourg - se sont retrouvées en lice au second tour.

Les sympathies des électeurs étaient évidentes dès le début. Valentina Matvienko a pris la tête au premier tour avec 49% des suffrages contre 16% totalisés par Anna Markova. Au deuxième tour, le rapport était de 65% contre 25% respectivement. Ce n'était donc pas une surprise. Une autre chose a étonné, voire choqué. Le taux de participation extrêmement bas. Au premier comme au second tour, il n'a pas dépassé 30% et le nombre des électeurs ayant voté contre tous les candidats a été de 12% au premier et de 11% au second tour.

Les experts considèrent cet état de choses comme au plus haut degré alarmant. Tout porte à penser que les électeurs sont déçus par le processus démocratique des élections et qu'ils deviennent apathiques et ne croient pas que leur voix puisse avoir du poids.

Une autre particularité relevée lors de l'élection est la large et chaleureuse discussion qui s'est engagée à la veille du scrutin sur le soutien apporté ouvertement à Valentina Matvienko par le président Poutine. Il s'agit des affiches électorales représentant la candidate à côté du président de la Russie et portant cette inscription : "Ensemble, nous pourrons résoudre tous les problèmes !". Une agitation a été d'autre part provoquée dans les médias par un sujet diffusé aux actualités de la télévision fédérale. Il a été interprété comme si Poutine avait reçu Matvienko et lui avait exprimé son soutien dans sa lutte pour le fauteuil de gouverneur de Saint-Pétersbourg.

Vladimir Poutine n'est pas seulement le Pétersbourgeois le plus connu dans le pays, mais aussi un fervent patriote de sa ville. De surcroît, il est un président populaire et sa côte de popularité ne descend pas au-dessous de 65% depuis ces quatre dernières années. Il est évident que son soutien pouvait influer et a sûrement influé sur le choix des électeurs. Le problème est que la nouvelle loi électorale limite considérablement le droit des hommes politiques de haut rang d'énoncer en public leurs sympathies électorales. Aujourd'hui, vu notamment l'épisode de Saint-Pétersbourg, les spécialistes sont dans leur majorité enclins à penser que cette disposition étrange de la loi devrait être annulée, notamment comme difficile à observer.

Valentina Matvienko est une fonctionnaire expérimentée. Avant la perestroika, elle a fait une carrière syndicale. Devenue en 1989 députée au Soviet Suprême de l'URSS, elle opte pour la diplomatie. Ses études à l'Académie diplomatique achevées, elle est nommée ambassadeur à Malte et puis en Grèce. Après la crise financière d'août 1998, lorsqu'un nouveau gouvernement est formé, le Premier ministre Evgueni Primakov lui propose le poste de vice-Premier ministre chargé des problèmes sociaux. Dans la valse ministérielle qui suit, Valentina Matvienko garde ce poste pendant cinq ans. Ce qui est important, elle bénéficie invariablement du soutien de l'opposition de gauche au parlement.

Arrivé au pouvoir au milieu de 1999 comme Premier ministre, Vladimir Poutine entreprend d'emblée de préparer Matvienko pour le poste de gouverneur de sa ville natale. Bien qu'originaire d'une autre région, elle a fait ses études dans la ville sur la Néva où elle a passé bien des années. La première fois, l'ancienne vice-Première ministre décide de tenter sa chance à Saint-Pétersbourg à la fin de 2002 mais, le Kremlin ayant changé ses plans, le poste de gouverneur reste occupé pendant encore trois pas par Vladimir Yakovlev. En 2003, l'heure de Valentina Matvienko sonne enfin.

Dans ses premières déclarations de gouverneur - l'investiture est fixée au 15 octobre - elle a promis de protéger les intérêts des habitants et des entreprises de la ville et d'obtenir la transmission à Saint-Pétersbourg d'une partie des fonctions de capitale. Cela veut dire que l'idée énoncée il y a deux ans, apparemment par hasard, par Vladimir Poutine sera petit à petit, sans tambour ni trompette, traduite dans des faits. La récente célébration somptueuse du Tricentenaire de la ville est un pas franchi dans la même direction. A l'occasion de cet anniversaire, le budget fédéral a si richement payé le développement et l'aménagement de la ville que, comme le soutiennent de nombreux politologues, cela procure au nouveau gouverneur des arrières solides pour très longtemps.

Et pourtant Valentina Matvienko a pris en charge un fief très lourd. Saint-Pétersbourg, avec ses monuments historiques et ses maisons en dégradation, est une ville à problèmes qui, de surcroît, passait, il y a deux ans, pour la capitale criminelle de la Russie. C'est peut-être une des raisons qui ont décidé ses habitants, quoique mécontents de la pression massive venant de Moscou, à préférer Matvienko. Ils comprennent que gérer bien la ville serait une charge insupportable sans le soutien politique et financier de Moscou.

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