UN MACBETH RUSSO-ITALIEN, OU LE BOLCHOI EN CHANGEMENT

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Par Olga Sobolevskaïa, RIA-Novosti

Le 8 octobre est le jour de la première de Macbeth de Verdi au Bolchoï. C'est ainsi que la principale scène russe célébrera le 190e anniversaire du grand Italien, anniversaire qui tombe le 10 octobre. Mais c'est aussi un signe de la poursuite des grands changements qui s'opèrent au Bolchoï qui, ces dernières années, développe la pratique des mises en scène conjointes avec des opéras étrangers, enrichit son répertoire (6 à 7 premières par saison) et invite de nouvelles étoiles russes et étrangères (metteurs en scène, artistes et chefs d'orchestre).

Loué à l'Italie - durant la dernière saison, il a été exécuté au Maggio Musicale de Florence et au Teatro Massimo de Palerme - Macbeth a aussi été la première expérience du Lituanien Eimuntas Nekrosius dans la mise en scène d'opéras. Diplômé de l'Institut national de théâtre à Moscou, il est connu jusqu'ici en Russie et dans le monde comme un maître particulièrement passionné pour des classiques russes et Shakespeare. En Italie, il a été trois fois lauréat du prix UBU dans la nomination de "Meilleur spectacle étranger" : pour "Les Trois soeurs" de Tchékhov, "Hamlet" et "Macbeth" de Shakespeare.

A Moscou, Nekrosius a préparé un Macbeth avec des étoiles russes sollicitées à l'étranger, sous la direction de l'Italien Marcello Panni, qui s'est produit à plusieurs reprises à La Scala, au Metropolitan Opera, dans les opéras de Vienne, de Rome et de Paris. Franco Pagliazzi, qui avait brillé en son temps sur différentes scènes européennes, y est professeur de chant. Dans la dernière saison, il a déjà travaillé avec des artistes de Bolchoï, dans la mise en scène de Turandot de Giacomo Puccini.

Verdi est un des compositeurs que les Russes aiment vraiment. Ses "Rigoletto", "La Traviata", "Le Bal masqué", "Aïda" et "Nabucco" ont été durant des décennies à l'affiche des théâtres russes. Ces opéras sont devenus des airs connus que même le public peu averti fredonne volontiers. Quant à Macbeth, dont la première eut lieu en Italie en 1847, il semble que les Russes ne le connaissent que par ouï-dire. Cet opéra du jeune Verdi est incroyablement compliqué du point de vue du vocal, et il n'a pas été mis en scène en Russie depuis près de 150 ans.

Au Bolchoï, le rôle du couple Macbeth sera confié aux meilleurs solistes : Vladimir Redkine, qui a la réputation du meilleur "baryton à Verdi", et Elena Zelenskaïa, qui a exécuté sur des scènes européennes les parties de Tatiana dans Eugène Onéguine de Tchaikovski, d'Aïda, de Tosca de Puccini, de la Comtesse dans "Les Noces de Figaro" de Mozart et d'Amélie dans "Le Bal masqué".

"Lady Macbeth est mon rôle préféré, c'est lui qui a marqué le début de ma carrière internationale, dit Elena Zelenskaïa. Je l'ai chanté à l'Opéra royal danois, à l'Opéra de Norvège, du Minnessota, aux Etats-Unis, et sur d'autres scènes, dans des mises en scène tant traditionnelles qu'ultramodernes. Que n'ai-je pas fait dans le rôle de Lady Macbeth ! Je faisais des culbutes, je marchais sur un piano à queue, je me présentais au public les pieds nus...

Mais je suis heureuse que le Bolchoï ait enfin décidé de se pencher sur ce chef-d'oeuvre. Dans cet opéra, le jeu d'artiste n'a rien à envier au chant. Une grande maîtrise est nécessaire dans les deux cas. Ce n'est pas un hasard si, pour Verdi, cette pièce shakespearienne "est une des plus grandes créations humaines". Confier la mise en scène de Macbeth à celui qui travaille dans la dramaturgie, par exemple, pour Nekrosius, a été une solution idéale".

Tout compte fait, les chanteurs ne se sentent pas très à l'aise en travaillant avec des metteurs en scène de théâtre. On a toujours peur que le chant ne soit relégué au second plan. Tout porte à croire que, sur ce plan, Nekrosius fait exception à la règle. Avouant qu'il trouve pénible de se sentir dépendant de la musique, il adopte néanmoins une attitude très prudente envers celle-ci, cherchant à éviter les expériences qui pourraient perturber l'idée musicale de Verdi. Dans la mise en scène de Nekrosius, le traditionalisme domine largement le modernisme. Il la qualifie de modérée lui-même.

"Notre travail avec le metteur en scène s'est déroulé dans un climat chaleureux, poursuit Elena Zelenskaïa. Ce n'est pas du tout un "dictateur". Il veut entretenir un dialogue constant avec les artistes et fait découvrir bien des choses même à ceux qui ont déjà plus d'une fois exécuté des parties de Macbeth. Il nous propose telle ou telle manière d'agir mais ne nous impose pas son point de vue. Nous pouvons toujours lui proposer nos idées à nous. Et lorsque le contact existe avec un metteur en scène, c'est d'une importance fondamentale.

Quant au professeur de chant, Franco Pagliazzi, nous nous connaissons depuis longtemps. Travailler avec lui est bénéfique pour les chanteurs. Il aide merveilleusement bien à polir l'italien (les artistes ont parfois des problèmes avec cette langue). La parole dans Macbeth est pleine de signification, et toute la phrase en dépend. Franco est un professionnel remarquable".

"J'essaye d'employer un minimum de moyens pour faire un spectacle", avoue Eimuntas Nekrosius. Ce "minimalisme" m'aide à parvenir à une plus grande expression. La gamme des couleurs est réduite à sa plus simple expression. Le noir, le gris et le blanc, et le costume écarlate de lady Macbeth est l'unique tache éclatante. Très peu de décors. Même cette scénographie dénudée - auteur : Marius Nekrosius - rayonne bien de cette magie sinistre qui est propre à la pièce de Shakespeare. "Nekrosius renonce au sang traditionnel sur la scène, dit Elena Zelenskaïa. - Il croit que la musique de Verdi est expressive au point de découvrir pleinement et d'elle-même les images shakespeariennes. On se passe de l'illustrer par des effets visuels naturalistes ou par des gestes superflus".

"Dans cet opéra, ce sont les rapports entre Macbeth et sa femme qui comptent, commente Eimuntas Nekrosius. - Je pense que c'est le destin. Vaut mieux avoir un destin que de n'en avoir pas du tout". Vladimir Redkine fait observer : "Il est désormais clair pour moi qu'en aspirant au pouvoir Macbeth est prêt à tuer". "Ma Lady Macbeth aime beaucoup son mari, en devient l'ombre", estime Elena Zelenskaïa. - Ce qui ne l'empêche pas de le pousser à commettre des crimes. Macbeth croit à l'intelligence de sa femme et se soumet en tout à elle. Et tous les deux marchent sur des cadavres".

"Nous ne pouvons que saluer les grands changements au Bolchoï", fait remarquer Elena Zelenskaïa pour conclure. "Inviter des étoiles mondiales est une pratique prometteuse. De nos jours, on ne se passera pas d'échanges culturels. Tout théâtre, même le Bolchoï, ne doit pas vivre en se repliant sur soi-même. Les interprètes sont heureux de voir le répertoire s'enrichir et offrir davantage de chefs-d'oeuvre, les meilleurs spectacles présentés dans le monde entier. Des metteurs en scène de théâtre au Bolchoï sont aussi une innovation heureuse, conforme aux tendances mondiales".

Après Macbeth, le Bolchoï se penchera sur des spectacles non moins mystiques, "L'Ange de Feu" de Prokofiev et "Le Hollandais Volant" de Wagner. Nouveaux signes de l'intégration du Bolchoï "dans le processus théâtral mondial", à en croire le directeur musical du théâtre, Alexandre Vedernikov.

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