La Russe Anastassia Myskina, 22 ans, et l'Américain Taylor Dent, 22 ans lui aussi, sont sortis vainqueurs du tournoi de tennis moscovite Coupe du Kremlin dont les finales dames et messieurs ont été disputées dimanche. Cette épreuve dotée de 2,3 millions de dollars et qui en était à sa 14-e édition a pendant toute une semaine drainé vers les courts du complexe sportif Olimpiiski un public nombreux avide de voir évoluer des stars du tennis mondial.
Chez les dames la grande favorite du tournoi était l'Américaine Jennifer Capriati, mais dès le deuxième tour elle s'est inclinée contre toute attente face à la Russe Eléna Bovina. Tel a été le lot aussi de Magdalena Maleeva (Bulgarie), vainqueur de l'épreuve 2002. La demi-finale qui a opposé la Française Amélie Mauresmo, septième mondiale, à la meilleure joueuse russe du moment, Eléna Démentiéva (8-e au classement WTA), était considérée par les spécialistes comme la finale avant terme. Menée 1:4 après un début de match catastrophique, Mauresmo a pris les choses en main et a remporté cinq jeux d'affilée et le set 6:4. Dans le second set la Française a largement dominé son adversaire six jeux à un.
La finale a mis en présence Amélie Mauresmo et Anastassia Myskina, qui avant la Coupe du Kremlin avait inopinément triomphé au tournoi de Leipzig en battant en finale la numéro deux mondiale Justine Henin-Ardenne. Mais en dépit de ce succès on accordait davantage de chances de gagner à la Française plus expérimentée. Cependant, Anastassia Myskina a disputé le match décisif comme tous ceux du tournoi de Moscou en se concentrant au maximum et en sortant le grand jeu. Meilleure tacticienne que son adversaire, la Russe a contraint celle-ci à des échanges en fond de court, un exercice dans lequel elle excelle. Myskina a finalement remporté le match sans avoir besoin de forcer 6-2, 6-4. La jeune joueuse russe s'est adjugée ainsi son troisième tournoi cette année - Saragosse, Leipzig et Moscou - et hissée à la neuvième place au classement WTA.
Chez les hommes le Hollandais Sjeng Schalken, finaliste de l'édition précédente de la Coupe du Kremlin, était tête de série numéro 1. Cependant, bien que favori de l'épreuve, il a d'emblée été éliminé par le Russe Igor Andreev, vingt ans. Détenteur de la Coupe du Kremlin 2002, le Français Paul-Henri Mathieu a accédé aux demi-finales et donné ainsi l'impression qu'il pouvait rééditer son succès de l'année précédente. Cependant, la route de la finale lui a été barrée par l'Américain Taylor Dent. Dans le match décisif Dent a été opposé au très expérimenté Sarguis Sargsian (Arménie). L'Américain a eu toutes les peines du monde à venir à bout de lui (7-6, 6-4). Dans le premier set tout s'est joué au tee-break remporté par Taylor Dent grâce à son service puissant. Dans le second, à un certain moment Sargsian a donné l'impression de pouvoir revenir sur son adversaire, mais finalement l'Américain s'est avéré le plus fort. Taylor Dent est le fils du célèbre tennisman australien Phil Dent qui en 1968 avait disputé le tournoi international de Moscou. Il est vrai que ce dernier n'avait pas souri au jeune joueur du continent vert. Trente-cinq ans plus tard, Dent junior a réalisé une meilleure performance dans la capitale de la Russie.
Les meilleurs joueurs russes du moment engagés dans la Coupe du Kremlin ont déçu. En toute justice il faut bien dire que l'on ne misait pas particulièrement sur eux. Sérieusement blessé, Marat Safine avait longtemps été éloigné des courts et il est encore très loin de la forme idéale. Evguéni Kafelnikov et Mikhaïl Youjny eux aussi relevaient de blessures. Par contre, la surprise est venue de jeunes joueurs russes, notamment d'Igor Andreev. La sélection russe, vainqueur de la Coupe Davis l'année dernière à Paris, a du sang frais en réserve.
Les joueuses russes attendent de pied ferme les matches de la Coupe de la Fédération. La sélection féminine russe n'a jamais été aussi forte que maintenant et elle peut envisager un succès. Cet optimisme est corroboré par la Coupe du Kremlin, remportée par Anastassia Myskina, et les autres compétitions. Au moment même où Myskina triomphait à Moscou, sa jeune compatriote Maria Charapova, seize ans, remportait l'Open du Japon.
Ces dernières années, les joueuses russes ont beaucoup progressé et désormais elles font figure de favorites dans toutes les grandes épreuves. Par exemple, Svétlana Kouznetsova a atteint les quarts de finale des Internationaux de France à Rolland Garros en simple, double et mixte. Toujours à Paris, Véra Zvonaréva s'est distinguée en battant la célèbre joueuse américaine Venus Williams. Au tournoi de Wimbledon, la plus prestigieuses des épreuves mondiales, les Russes Eléna Démentiéva et Lina Krasnoroutskaïa ont fait sensation en battant en double les soeurs Serena et Venus Williams. Jamais encore dans l'histoire du tennis soviétique et russe cinq joueuses russes avaient accédé comme cette année aux huitièmes de finale de Wimbledon, c'est-à-dire figuré parmi les 16 meilleures mondiales. Si à ce qui vient d'être dit on ajoute que l'année dernière le tournoi junior féminin de Wimbledon avait été remporté par Véra Douchévina qui en finale avait battu Maria Charapova et si on rappelle les succès alignés par Dinara Safina, 17 ans (la soeur cadette de Marat Safine), qui a cette année remporté le très relevé tournoi de Palerme, il est clair que le tennis russe féminin a un avenir serein devant lui.
La chef de file de l'équipe russe Eléna Démentiéva - médaillée d'argent aux Jeux Olympiques de Sydney et demi-finaliste de l'US Open 2002, vainqueur en 2003 de tournois en Chine et en Indonésie - estime que la sélection russe actuelle peut tout ambitionner. Le président de la Fédération russe de tennis, Chamil Tarpichev, est du même avis. On lui reproche parfois d'être trop optimiste. Pourtant, c'est avec l'optimisme que se bâtissent les grandes victoires. Qui plus est, beaucoup avaient haussé les épaules l'année dernière lorsque le patron du tennis russe avait promis de ramener le Saladier d'argent à Moscou. C'est pourtant ce qui s'est produit. Les nombreux fervents russes du tennis croient maintenant que la sélection féminine russe de tennis peut faire aussi bien et remporter la Coupe de la Fédération qui est en quelque sorte le championnat du monde officieux.