Ainsi que le président russe, Vladimir Poutine, l'a déclaré, "pour le moment nous ne sommes pas satisfaits du projet des partenaires américains, mais ceux-ci souhaitent néanmoins parvenir à un compromis".
Washington espère que la résolution sera adoptée d'ici au 23 octobre, date de l'ouverture à Madrid de la Conférence des donateurs potentiels de l'Irak. Dans les autres capitales on manifeste à ce sujet un grand scepticisme et il n'est pas question de se hâter. C'est qu'à Madrid il sera question non plus de rétablir la réputation de l'ONU entachée par la campagne militaire lancée en Irak, mais de déterminer qui prendra part au développement économique de ce pays et de quelle façon. Il s'agira par conséquent de dépenses et de recettes. La phrase de Vladimir Poutine - "la population irakienne fait davantage confiance aux partenaires traditionnels qu'à ceux qui actuellement contrôlent la situation dans le pays"- n'est pas fortuite à cet égard. Ces partenaires traditionnels, ce sont la Russie et la France.
Pour ses critiques, le nouveau projet de résolution ne confère pas à l'ONU le rôle central dans le règlement politique irakien. Qui plus est, Ria-Novosti a appris auprès d'une source informée que "le nouveau projet de résolution légitime pratiquement l'occupation de l'Irak".
Il est vrai que le nouveau projet spécifie le caractère provisoire de l'occupation de l'Irak et la nécessité de restaurer le plus rapidement possible la souveraineté de ce pays et de transmettre par étapes les fonctions de gestion aux organes du pouvoir au fur et à mesure de leur formation.
Le représentant permanent des Etats-Unis à l'ONU, John Negroponte, a déclaré aux journalistes que son projet "détaille le rôle élargi et précis de l'ONU, surtout pendant le processus de transition politique". Les diplomates américains sont persuadés d'avoir tenu compte de la plus grande partie des remarques formulées par les représentants de plusieurs pays au cours des débats sur la résolution irakienne, débats qui se sont poursuivis pendant tout le mois de septembre.
Ils en sont sûrs, pourtant le représentant permanent de la France à l'ONU, Jean-Marc de La Sablière, n'a trouvé dans le nouveau projet aucune des propositions avancées par son pays conjointement avec l'Allemagne. Pour ce qui est des diplomates russes, ils ont trouvé dans le projet américain pas mal de phrases connues prononcées pendant les débats, mais le sens de la résolution n'est pas du tout celui qui était attendu par Moscou.
Les sources de RIA-Novosti relèvent que "dans le nouveau projet de résolution les Américains ont repris beaucoup de ce que nous avions proposé, mais après l'avoir soumis à un lifting. Dans la résolution nous voyons nos propos, mais dans l'ensemble elle place les forces d'occupation sous un parapluie onusien".
Le fond du problème, c'est que dans le nouveau projet de résolution il doit être question non pas d'un concours apporté par l'ONU aux autorités coalisées en Irak, mais d'un règlement politique sous l'égide de cette organisation. Ce qu'il faut donc, ce n'est pas de maintenir la situation telle qu'elle est, mais de la changer du tout au tout.
Le projet de résolution prescrit aux autorités coalisées provisoires en Irak (les Etats-Unis et la Grande-Bretagne), en coopération avec le représentant de l'ONU dans ce pays, d'aider le Conseil de gouvernement provisoire irakien (CGRI) dans le processus de règlement politique, y compris dans l'élaboration de la nouvelle constitution et la tenue d'élections. Cependant, le projet de résolution ne dit pas si le Conseil de sécurité aura la voix délibérative dans l'entérinement du calendrier et le programme de préparation de la nouvelle constitution de l'Irak et la tenue d'élections.
D'autre part, le projet est imprécis en ce qui concerne la durée du mandat de la force multinationale (nom que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne voudraient donner à leur armée d'occupation). Il y est dit seulement que le Conseil de sécurité de l'ONU devra reconsidérer ce mandat une fois que "le peuple irakien se sera donné un gouvernement représentatif et reconnu sur le plan international". Seulement le projet ne comporte ni le cadre temporel du règlement politique, ni les détails concernant la remise du pouvoir au peuple irakien par les autorités coalisées.
La Russie, la France et l'Allemagne voudraient voir un calendrier précis des étapes du règlement politique en Irak. Cependant, l'essentiel, ce n'est même pas les délais qui, comme le montre l'expérience du règlement dans d'autres situations conflictuelles, peuvent être modifiés, mais de l'ordre successif des étapes du règlement.
Les Etats-Unis estiment que tout d'abord il faut élaborer la Constitution de l'Irak, tenir des élections et seulement ensuite former le gouvernement. Le secrétaire général de l'ONU, lui, il veut inverser les choses: avant l'adoption de la constitution et la tenue d'élections en Irak il faut constituer un gouvernement de transition à l'exemple de celui qui a été mis en place en Afghanistan. Pas le gouvernement actuel dont les membres, rappelons-le, ont été désignés par les Américains. De l'avis de Kofi Annan, la constitution de l'Irak ne saurait former un organe qui ne serait pas mandaté par le peuple irakien.
Pour la Russie, la France et l'Allemagne, il est indispensable aussi que l'administration américaine remette au plus vite la gestion du pays entre les mains du peuple irakien. Et pour éviter un vide du pouvoir, il faut d'ores et déjà rehausser le rôle de l'ONU dans le contrôle de la situation.
Qui dit contrôle politique dit contrôle de l'économie du pays. Or, le relèvement de l'économie irakienne promet de très grands profits. La question maintenant est de savoir si les Etats-Unis sont disposés à remettre à l'ONU les rênes du pouvoir en Irak avec en supplément une partie de l'économie irakienne. Cela leur permettrait de sortir de l'impasse dans laquelle ils se trouvent actuellement, mais ce serait aussi reconnaître que toute l'opération irakienne était une erreur. Cependant, l'électeur américain ne le pardonnera pas. Dans le même temps celui-ci souhaite beaucoup que l'Amérique s'extirpe le plus rapidement possible du marais irakien. La concertation du nouveau projet de résolution sur l'Irak promet donc d'être ardue.