RENAISSANCE DE LA COMMUNAUTE JUIVE EN RUSSIE

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par Marianna Belenkaia, RIA-Novosti

La Russie compte actuellement environ 300 000 Juifs. Moscou, capitale de la Russie, en compte 180 000 et Saint-Pétersbourg, deuxième ville russe par ordre d'importance, 50 000. Comme l'a appris RIA-Novosti au Congrès juif russe (CJR), ces chiffres ne concernent que les personnes qui se sont déclarées comme Juifs lors du dernier Recensement de population de la Russie. Citons, à titre de comparaison, qu'à la fin des années 1980 Moscou comptait 500 000 Juifs. Au total, près de 3 millions de Juifs vivaient en Union Soviétique.

La majorité des Juifs ont émigré en Israël et aux Etats-Unis au début des années 1990, après la désintégration de l'Union Soviétique. En ce moment, l'émigration, du moins en provenance de Russie, a pratiquement cessé. Les Juifs ne craignent plus pour leur avenir en Russie.

La nationalité a toujours été mentionnée dans les passeports et dans toutes les enquêtes remplies par les citoyens de l'Union Soviétique, de la naissance à la mort.

"Qu'est-ce qu'un Juif, en quoi diffère-t-il des autres?", demandait un enfant juif à ses parents après avoir appris pour la première fois sa nationalité. Plus le temps passait depuis la révolution de 1917, plus il était difficile de répondre à cette question. Les grands-parents parlaient yiddish, langue des Juifs d'Europe de l'Est, les parents les comprenaient, mais ils ne parlaient pas yiddish, le vocabulaire de la jeune génération ne contenait que quelques mots en yiddish, parfois incompréhensibles. Rares étaient ceux qui connaissaient l'hébreu.

Plusieurs générations se souviennent que ceux qui allaient à la synagogue (et à l'église orthodoxe) pouvaient être exclus de l'Institut, blâmés au travail et condamnés par le parti, ce qui équivalait pour un Soviétique à une exécution publique. Quelques centaines de Juifs ont lancé un défi à la société et ont commencé à apprendre clandestinement l'hébreu et l'histoire juive.

Au début de la perestroïka (restructuration), à la fin des années 1980 et au début des années 1990, les premières écoles juives et les premiers jardins d'enfants juifs sont apparus sur le territoire de l'Union Soviétique. Des représentants de diverses organisations juives, religieuses ou laïques, sont arrivés en Russie, des organisations juives de Russie ont fait leur apparition. A présent, rien qu'à Moscou, on compte 10 écoles juives, 5 synagogues, plusieurs établissements d'enseignement supérieur, une dizaine d'organisations culturelles et cinq fonds de bienfaisance juifs.

Une lutte pour les sponsors, pour la bienveillance des autorités russes et la popularité parmi les Juifs de Russie, a commencé inévitablement.

En ce moment, il y a deux grands rabbins en Russie. La Fédération des communautés juives de Russie (FCJR) qui regroupe, pour l'essentiel, les communautés "Habad-Lubavitch", considère Berl Lazar comme le grand rabbin. Pour le Congrès des organisations religieuses et des communautés juives de Russie (CORCJR), le grand rabbin est Adolf Chaïevitch. Ces deux organisations se sont partagé l'influence dans les communautés religieuses russes.

Le Congrès juif russe (CJR) a été fondé en 1996. Il regroupe pratiquement tous les groupes juifs et toutes les associations qui sont apparus sur le territoire de la Russie. Mais la Fédération des communautés juives de Russie n'entretient pratiquement pas de contacts avec le Congrès juif russe.

D'ailleurs, les citoyens juifs de Russie sont indifférents aux contradictions entre les dirigeants de ces organisations. Ils sont prêts à assister simultanément aux manifestations organisées par les uns et les autres. L'essentiel est que cette possibilité existe aujourd'hui.

Berl Lazar, grand rabbin de la Russie (FCJR), a exposé à RIA-Novosti sa vision de la vie de la communauté juive de Russie.

- Monsieur Berl Lazar, en quoi diffère la communauté juive de Russie des communautés juives d'autres pays?

- Je suis né en Italie où j'ai vécu jusqu'à l'âge de quinze ans. La communauté juive d'Italie est très ancienne. Elle a connu des périodes bonnes et mauvaises, mais la vie de la communauté ne s'est jamais arrêtée. Par contre, en Russie, en soixante-dix ans de pouvoir soviétique, la communauté juive a été pratiquement détruite. Les synagogues et les écoles juives ont été fermées. Mais l'esprit juif a survécu. Lorsque je suis arrivé en Russie pour la première fois en 1987, la vie juive se déroulait dans la clandestinité, il a fallu repartir de zéro. La synagogue s'est conservée à Moscou, mais il n'y en avait pas dans les autres villes russes. Les Juifs savaient qu'ils étaient Juifs, ils célébraient parfois les fêtes chez eux, mais il n'y avait pas de communauté juive organisée. L'exemple de mon enfance en Italie m'a inspiré l'espoir de faire renaître la vie juive dans les villes russes.

- Quelle est l'image de la communauté juive actuelle en Russie?

- Les communautés juives existent aujourd'hui dans 200 villes russes. Celle de Moscou a le plus large champ d'activité. Plusieurs centres culturels, écoles et jardins d'enfants juifs existent à Moscou. Il y a également des établissements d'enseignement supérieur où l'on peut obtenir une formation juive, des organisations de bienfaisance juives, de nombreuses publications juives. Un travail intense est effectué même dans de petites villes qui comptent quelques milliers de familles juives, ce qui témoigne de la renaissance de la vie juive en Russie. Il y a deux ans, les communautés juives n'existaient que dans 50 villes.

- Quelle est l'attitude des autorités russes à l'égard de la communauté juive?

- Aujourd'hui, les autorités ne reconnaissent pas seulement l'existence de la communauté juive en Russie, mais elles sont aussi prêtes à l'aider. Elles comprennent que la Russie est un pays multinational et que, si chaque peuple vit décemment et se sent en sécurité, cela sera bénéfique pour toute la société russe.

- Comment les autorités aident-elles la communauté juive?

- Premièrement, elles nous apportent un grand soutien moral. Le président Vladimir Poutine a assisté à l'ouverture du Centre de la communauté juive de Moscou en 2000. Le président et les gouverneurs félicitent régulièrement la communauté juive à l'occasion de toutes les fêtes juives. Ce soutien moral nous permet d'être tranquilles pour l'avenir des Juifs en Russie. De plus, la communauté juive retrouve les bâtiments qui lui appartenaient jadis. Si les synagogues ont été entièrement détruites, les autorités municipales trouvent de nouveaux bâtiments pour la communauté et des terrains pour la construction de centres. Il n'y a pas longtemps, les autorités de Moscou ont accordé à la communauté juive un grand terrain pour la construction d'un Centre d'études unique au monde. Le Centre de la communauté juive de Moscou peut accueillir tous ceux qui désirent s'y rendre. Le soir, il accueille un millier de personnes. Mais même ce territoire ne nous permet pas toujours de réaliser tous nos projets. Nous pourrons créer une grande école-internat juive dans le nouveau Centre d'études pour les enfants de la Russie et de la CEI (Communauté des Etats Indépendants). Il sera possible d'y mettre en oeuvre divers programmes d'études, de créer un musée juif. Quant au Centre de la communauté juive de Moscou, il restera le centre culturel des Juifs de Moscou.

- Y a-t-il en Russie des rabbins nés dans ce pays et qui ont fait leurs études dans les écoles juives qui se sont ouvertes ces dernières années?

- Oui, les jeunes rabbins qui ont fait leurs études en Russie travaillent à Briansk, Volgograd, Khabarovsk et dans d'autres villes. De nombreux diplômés des écoles juives de Russie travaillent en qualité d'assistants des rabbins qui sont arrivés de l'étranger. L'école religieuse juive "Missivta" se trouve non loin du Centre de la Communauté juive de Moscou. Les garçons y font leurs études depuis l'âge de 10 ans. De nombreux élèves de cette école souhaitent devenir rabbins dans les communautés juives de Russie. Ils se rendent compte de l'importance de ce travail. Il y a quelques années, il était impossible d'y rêver.

- Peut-on affirmer qu'il n'y a plus d'antisémitisme en Russie?

- L'antisémitisme au niveau de l'Etat n'existe plus en Russie depuis plus de 10 ans. Il est vrai, jusqu'à ces derniers temps, certains hommes politiques russes ont lancé des mots d'ordre antisémites pendant leur campagne électorale, mais cette pratique n'existe plus. L'électeur russe est devenu plus exigeant, il croit moins aux mots d'ordre, il juge des hommes politiques d'après leurs actes. Je tiens à souligner qu'avant la nouvelle campagne pour les élections à la Douma (chambre basse du parlement russe) qui a commencé en septembre 2003, le président russe Vladimir Poutine a rappelé qu'il était inadmissible de recourir aux mots d'ordre religieux et nationalistes dans la propagande électorale. En ce qui concerne l'antisémitisme courant, il est peu probable que nous vivions à l'époque où il disparaîtra totalement. Cela concerne non seulement la Russie, mais aussi l'Europe et les Etats-Unis. Mais il est à noter que les Juifs de Russie ne craignent plus de reconnaître qu'ils sont Juifs et n'ont pas peur de respecter leurs traditions et de célébrer leurs fêtes.

- Comment sont célébrées aujourd'hui les fêtes juives en Russie?

- En 1990, lorsque je me suis installé en Russie, mon expérience antérieure m'a suggéré que les gens doivent être au courant de l'approche d'une fête et des festivités qui seront organisées à cette occasion. J'ai publié des annonces dans les médias. Tout le monde a cru que j'étais fou, en craignant des pogroms au lieu de la fête. En réalité, rien de grave ne s'est produit, le nombre de Juifs qui sont venus à la synagogue a dépassé celui des années précédentes. Les gens ont compris qu'il n'y avait rien à craindre. Depuis, les annonces juives sont traditionnellement publiées par les médias, des affiches sont nombreuses dans les villes. A l'occasion de la Hanoucca, une grande bougie est allumée au centre de Moscou et le maire de la ville Youri Loujkov participe à cette cérémonie. Plusieurs actions ont lieu simultanément à l'occasion de cette fête: des prières communes, des concerts, des expositions, des discothèques. Les gens ont l'embarras du choix.

- Malgré la renaissance des traditions, on ne peut pas dire que la majorité des Juifs de Russie soient religieux. Ceux qui viennent au Centre de la communauté juive de Moscou sont, pour la plupart, des laïcs ...

- Nous avons créé le Centre de la communauté juive de Moscou, en premier lieu, pour que les Juifs puissent se réunir, parler, s'entraider. Dans notre centre, il y a la possibilité d'apprendre non seulement l'hébreu et les traditions juives, mais aussi ce qui n'a rien à voir avec les Juifs: les langues étrangères (l'anglais, l'espagnol), l'informatique, etc. On peut faire du sport dans le gymnase, nous organisons des discothèques pour les jeunes. De célèbres musiciens et artistes donnent souvent des concerts au Centre. Ce qui attire les gens dans notre Centre n'a pas d'importance. S'ils s'y rendent cela veut dire qu'ils se souviennent de leurs racines juives. Ils y apprennent les traditions juives et commencent peu à peu à les respecter.

- Puisque nous parlons de traditions, est-ce que la circoncision et le mariage religieux sont répandus dans la communauté juive de Moscou, la plus grande de Russie?

- Je ne dispose pas de statistiques exactes. Mais je peux citer un exemple: il n'y a pas longtemps, il y a eu 10 circoncisions en une semaine au Centre de la communauté juive de Moscou. Ce n'est pas peu pour une semaine et pour un seul endroit. Le nombre d'hommes circoncis s'accroît: ils sont plus d'un millier. La circoncision est pratiquée non seulement sur les bébés, mais aussi sur les personnes âgées de 70 ans.

- Comme on le sait, les mariages mixtes sont nombreux en Russie. Nombreux sont ceux qui, malgré leurs noms juifs, ne sont pas considérés comme Juifs. Participent-ils à la vie de la communauté?

- Les mariages mixtes sont très nombreux en Russie. Les mariés ne savaient pas que leurs enfants ne seraient pas considérés comme Juifs, mais ce n'est pas leur faute. Nous ne voulons pas détruire les familles. Mais nous ne voulons pas non plus tromper les gens et considérer comme Juifs ceux qui ne le sont pas. En même temps, nous essayons de redresser la situation, nous expliquons aux jeunes qu'il est important que les Juifs épousent des Juives. Une agence matrimoniale fonctionne au Centre de la communauté juive de Moscou. En deux ans, plus de 200 couples ont été nés, dont la plupart ont déjà des enfants. Ces agences fonctionnent également dans d'autres synagogues. Bref, la communauté juive s'amplifie graduellement, mais il reste beaucoup à faire.

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