LA RUSSIE PEUT-ELLE CONNAITRE UN BABY BOUM?

S'abonner
Par Olga Sobolevskaïa, commentatrice de RIA Novosti

La natalité en Russie est en hausse régulière. En 2001, 1.300.000 naissances avaient été enregistrées dans le pays et près de 1,4 million l'année suivante. Selon les démographes, la progression cette année ne devrait pas être inférieure à 100.000 naissances. La mortalité des nourrissons est en recul, tombant de 16,9 pour 1.000 en 1999 à 13,9 en 2002. Les sondages révèlent que 35 pour cent des mères âgées de moins de 24 ans souhaiteraient avoir trois enfants.

Quoi qu'il en soit, il serait prématuré d'évoquer une poussée démographique. En effet, la population russe se réduit d'un million de personnes chaque année, si bien qu'en 2050, selon des chiffres fournis par l'ONU, elle serait de 101,5 millions de personnes contre 145 millions aujourd'hui. Tout indique que dans ce comportement improductif le pays suit l'exemple de l'Occident.

Cela signifie que dans le meilleur des cas on comptera en Russie un enfant et demi par femme et qu'il ne faut pas escompter une augmentation de la natalité au moins jusqu'à un niveau assurant simplement le remplacement des générations. Ce remplacement ne peut s'opérer que dans le cas de deux naissances par femme au moins.

Bien évidemment, cette crise de la natalité n'est pas du tout spécifique de la Russie. L'Occident connaît ce phénomène depuis longtemps. En Allemagne on recense 1,34 enfant par femme, 1,25 en Italie, 1,22 en Espagne. Pour les jeunes Européens vivant dans des Etats développés la continuation du genre humain n'est pas la priorité numéro un. L'Europe vieillit depuis déjà plusieurs décennies. Elle connaît bien le report des naissances, quand on met au monde des enfants uniquement après la venue de temps meilleurs.

La mode des naissances tardives a pénétré en Russie aussi. Si à l'époque soviétique les jeunes entraient dans la vie laborieuse et familiale simultanément, à vingt ans ou un peu plus, maintenant c'est plus tard. Les jeunes gens des mégalopoles pensent tout d'abord à faire carrière, à s'assurer une stabilité financière, c'est ensuite qu'ils songent à la continuation du genre humain. La famille en tant qu'institution ne jouit pas d'un prestige élevé dans le pays, de un tiers à la moitié des mariages se désintègrent. Les difficultés économiques - bas salaires en province et chômage - elles aussi sont un obstacle sérieux à la natalité. Et si après avoir connu la révolution sexuelle l'Occident s'est remis à apprécier ces valeurs traditionnelles que sont la famille et les enfants, en Russie elles ne sont pas devenues des priorités pour les jeunes.

Elle est révolue à jamais l'époque où les familles russes de huit enfants étaient chose courante. Dans les grandes villes les familles de trois enfants constituent des raretés. Au demeurant, les familles qui ont de nombreux enfants ont souvent des revenus modestes. Selon le professeur Vladimir Solntsev, chef de la chaire de population de l'Université de Moscou, "ces enfants appartiennent aux couches marginalisées: toxicomanes, alcooliques".

La natalité est confrontée à d'autres problèmes. Malgré l'existence en Russie du programme fédéral Pour un enfant sain, sur environ 40 millions de femmes russes en âge de procréer cinq millions souhaiteraient avoir des enfants, mais elles ne le peuvent pas pour diverses raisons. Les avortements - 50 pour 1.000 femmes en âge de procréer - jouent un grand rôle ici. "Voici un paradoxe: dans notre pays les interruptions volontaires de grossesse sont gratuites, par contre le traitement de la stérilité est payant et cher qui plus est", fait remarquer Vladimir Koulakov, directeur du Centre de gynécologie et de périnatalogie relevant de l'Académie de médecine de Russie.

Selon les sociologues, 88 pour cent des Russes estiment que l'Etat doit stimuler fortement la natalité. La loi De la jeunesse qui entrera prochainement en vigueur à Moscou prévoit le versement d'allocations de natalité aux jeunes familles: 15.000 roubles (le dollar américain s'échange contre environ trente roubles) pour le premier enfant, 21.000 pour le deuxième et 30.000 pour le troisième. Des appartements seront alloués à des conditions préférentielles. Ce sont là des mesures efficaces, assurément, mais le meilleur des stimulants de la natalité reste une croissance économique stable.

Pour les démographes, si la situation économique favorable se maintient en Russie et si les revenus réels de la population continuent de grimper (de 14 pour cent en 2002), alors la natalité augmentera pendant un certain temps. D'ores et déjà on observe ce que l'on appelle le phénomène du report des naissances. La génération des années 70 se sent plus sûre et songe sans appréhension à la descendance. Les tendances démographiques positives actuelles sont une répercussion du boum des naissances des années 1980: les enfants d'alors deviennent eux-mêmes parents.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала