LES DIPLOMATES REFUSENT D'ENTERRER LA "FEUILLE DE ROUTE"

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MOSCOU, 29 septembre (de notre commentatrice Marianna Bélenkaïa). Le thème de la réunion du "quartette" proche-oriental (Etats-Unis, Russie, Union européenne et ONU) qui s'est tenue vendredi dans le cadre de la 58-e session de l'Assemblée générale de l'ONU était déjà connu plusieurs jours avant.

Il s'agissait ni de la condamnation de la décision d'Israël d'expulser le leader palestinien, Yasser Arafat, ni de la poursuite de la discussion qui est en cours depuis plus d'un an pour savoir s'il faut ou non écarter le dirigeant palestinien du processus de négociation, comme le voudraient les Américains et Israël. L'ordre du jour aujourd'hui est l'élaboration d'un mécanisme qui permettrait de rendre obligatoire la réalisation de la "feuille de route".

Quand le "quartette" concoctait la "feuille de route", les diplomates étaient conscients que la mise en oeuvre de ce document ne serait pas facile. Depuis dix ans, aucun des documents signés par les Palestiniens et les Israéliens n'a été matérialisé jusqu'au bout. La situation semble similaire aujourd'hui. Le seul point de la "feuille de route" à avoir été respecté est celui stipulant l'institution dans l'Autorité palestinienne d'un poste de premier ministre. L'objectif numéro un de la première étape du plan, qui était de mettre fin de part et d'autre à la terreur et à la violence, n'a pas été atteint.

Qui plus est, un conflit interne palestinien a abouti à la démission du chef du gouvernement palestinien, Mahmoud Abbas, tandis qu'après une série d'attentats les Israéliens ont décidé d'expulser le chef de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat. Partout dans le monde les médias ont alors annoncé la mort de la "feuille de route".

Seulement les diplomates sont d'un autre avis et ils refusent d'enterrer ce plan aussi difficilement concerté. Le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov, a relevé qu'au moment présent "la "feuille de route" est probablement le seul programme d'action réel à pouvoir régler le conflit".

Bien sûr, les médiateurs du règlement ont été désenchantés par la décision d'Israël d'expulser Yasser Arafat tout comme par la démission de Mahmoud Abbas. Toutefois, on ne saurait dire que cette tournure des événements les a pris à l'improviste.

D'ailleurs, les Israéliens ne se sont pas encore résolus à expulser Yasser Arafat. Le premier ministre israélien, Ariel Sharon, a relevé dans une interview accordée vendredi au quotidien Yediot Ahronot qu'Israël tiendra compte de la préoccupation des Etats-Unis face à la menace d'expulsion de Yasser Arafat car il est conscient que cela pourrait placer les Américains dans une situation délicate au Proche-Orient.

En ce qui concerne les Palestiniens, ils ont maintenu le poste de premier ministre. En remplacement de Mahmoud Abbas ils ont nommé Ahmed Qorei. Maintenant les médiateurs internationaux attendent que le nouveau premier ministre forme son gouvernement. Avant il ne sera pas question d'une reprise des négociations entre Palestiniens et Israéliens.

Le "quartette" a mis à profit cette pause forcée pour examiner ce qu'il fallait faire pour rendre la "feuille de route" plus efficiente. Il est évident que son caractère de recommandation est une carence qu'il va falloir éliminer. Bien que les Palestiniens et les Israéliens - ces derniers avec des réserves - aient convenu au mois de juin dernier, lors de la rencontre Bush-Sharon-Abbas en Jordanie, de commencer sa mise en oeuvre, aucun accord contraignant en la matière n'a été conclu à ce jour. Maintenant il faut probablement envisager le problème avec davantage de rigueur.

Mettre au point un mécanisme de contrôle de la réalisation de la "feuille de route" n'est pas chose aisée. Cependant, ainsi que le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Youri Fédotov, l'a déclaré à RIA Novosti, "cette situation dépourvue de tout système de contrôle du respect des engagements pris par les parties ne nous satisfais pas non plus". La communauté internationale doit disposer d'un levier lui permettant d'influer sur la situation, a relevé le diplomate. L'adoption d'une "feuille de route" sous forme de résolution du Conseil de sécurité pourrait être une solution.

Selon Igor Ivanov, la Russie "est disposée à ce que ce plan soit examiné ou adopté par le Conseil de sécurité de l'ONU". Toutefois, cette mesure sera insuffisante. Jusqu'à présent, les Israéliens tout comme les Palestiniens ont violé ou tout simplement ignoré les résolutions du Conseil de Sécurité sans aucune conséquence pour eux. On peut envisager que le Conseil de sécurité décrète enfin des sanctions qui seront appliquées à l'égard des Palestiniens et des Israéliens en cas de violation des résolutions.

Une décision dans ce sens doit évidemment être concertée. L'Europe a déjà tenté d'introduire des sanctions économiques à l'égard d'Israël tandis que les Etats-Unis ont renoncé à dialoguer avec les Palestiniens. Seulement cela n'a donné aucun résultat du moment qu'Israël avait un partenaire commercial sûr en la personne de Washington et que les Palestiniens bénéficiaient du soutien de l'Europe et de Moscou.

Pour ce qui est du mécanisme de contrôle, depuis déjà plusieurs années des observateurs de l'ONU se trouvant en Israël et dans les territoires de l'Autorité palestinienne s'efforcent de suivre la réalisation des accords précédents sans pouvoir cependant influer réellement sur la situation. Au demeurant, ils ne sont pas habilités à intervenir dans le conflit.

Les Palestiniens réclament le déploiement d'une force d'interposition entre les adversaires. Les Israéliens y sont opposés. Ils estiment que des casques bleus ne seraient pas à même de démanteler l'infrastructure terroriste implantée dans les territoires palestiniens et qu'ils ne feraient que les empêcher de faire front à la menace terroriste. Sans l'accord des deux parties au conflit il est impossible d'introduire une force de paix dans la région. D'autant plus qu'on ne sait pas très bien où son déploiement aurait lieu puisqu'il n'y a pas de frontière précise entre Israël et l'Autorité palestinienne.

Une source place Smolenskaïa a annoncé à RIA Novosti qu'il "est indispensable d'envisager une présence internationale directe dans la région". Cependant, ce n'est pas pour l'immédiat. Il va falloir d'abord engager un débat pour définir ce qu'elle sera et la forme qu'elle prendra. La question a été évoquée à la réunion du "quartette" à New York.

La veille de sa réunion, l'abattement régnait parmi les politiques présents à la 58-e session de l'Assemblée générale de l'ONU. La situation au Proche-Orient semble désespérée.

Seulement elle l'a été tout au long du siècle dernier, ce qui n'a pas empêché la création de l'Etat d'Israël et, maintenant, celle de l'Administration nationale de la Palestine. Israël a conclu la paix avec l'Egypte et la Jordanie, un dialogue est mené tant bien que mal avec les autres Etats arabes. En ce qui concerne le règlement du conflit palestino-israélien, on ne s'en occupe réellement que depuis une dizaine d'années, ce qui pour le Proche-Orient est un délai ridicule. Il convient néanmoins de se hâter car la liste des victimes du conflit ne cesse de s'allonger au fil des jours.

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