LE PONT ENERGETIQUE RUSSIE-USA, SERA-T-IL ELARGI?

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MOSCOU, 26 septembre (par notre commentateur politique, Youri Filippov). Les perspectives de la coopération dans le domaine énergétique restent le point principal de l'agenda économique du dialogue russo-américain. Les USA se sont mis à la recherche de nouveaux fournisseurs d'hydrocarbures et ce, à titre d'alternative à ceux du Proche-Orient. "Nous importons beaucoup d'énergie de l'étranger, mais beaucoup de nos fournisseurs de pétrole ne nous aiment pas trop", a déclaré le Président des Etats-Unis, George W. Bush, en argumentant la nécessité de l'élaboration d'une nouvelle stratégie nationale en matière d'énergie.

Le plus gros consommateur d'hydrocarbures dans le monde, les Etats-Unis peuvent évidemment trouver en la personne de la Russie un fournisseur de pétrole et de gaz qui soit à la fois sûr et bienveillant. D'après les estimations maximales des experts russes, les réserves pétrolières de la Russie constituent 62 à 63 milliards de tonnes, soit 13% de toutes les réserves du pétrole dans le monde.

Tous les jours, la Russie livre sur le marché mondial de pétrole quelque 5 millions de barils de brut et de produits pétroliers, ce qui est un peu moins que l'Arabie Saoudite ne le fait, pays qui est d'ailleurs considéré comme leader du commerce de pétrole dans le monde. Depuis ces deux dernières années, la production de pétrole en Russie a augmenté de plus d'un million de barils par jour et est en train de se monter à 8 millions de barils. Selon le ministre russe de l'Energie, Igor Youssoufov, dans dix à quinze années qui viennent, la Russie pourra même produire 10 à 11 millions de barils de pétrole par jour.

Et pour ce qui des réserves de gaz naturel, nul n'y peut rivaliser même de près avec la Russie. En fait, 32% des volumes planétaires prospectés de ce combustible écologiquement pur qui est aussi une matière première organique des plus précieuses gisent justement sur le territoire de la Russie.

Il n'est guère étonnant que le désir des Américains de devenir moins dépendants vis-à-vis des exportateurs de pétrole du Proche-Orient remplit d'enthousiasme les hommes politiques et les capitaines du business énergétique en Russie. Les premiers sont sans doute tentés par une possibilité de renforcer la base "antiterroriste" du partenariat avec les Etats-Unis par de puissants fondements économiques. Les seconds ambitionnent manifestement de déboucher sur le richissime marché américain, ce qui leur promet de confortables bénéfices supplémentaires et offre une chance excellente en soi pour transnationaliser leur business, tout en lui conférant un niveau mondial. A part cela, pour les uns et pour les autres, tout d'ailleurs comme pour des millions et des millions de Russes qui ne sont directement liés ni au pétrole ni au gaz, l'élargissement de la géographie des exportations d'hydrocarbures signifie bel et bien la prospérité du pays et la consolidation de ses positions dans l'économie mondiale.

Au printemps 2002 quand la compagnie pétrolière russe "YOUKOS" préparait son premier pétrolier en partance pour la Côte Est des Etats-Unis, le volume du pétrole russe sur les marchés américains constituait moins d'un pour cent de toutes les importations pétrolières US. Vers la fin de cette même année, cet indice s'est déjà monté à 1,3%, alors qu'en 2003, il est pronostiqué à plus de 4%.

"C'est encore très peu", affirme catégoriquement le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, en exhortant à utiliser au maximum les richissimes réserves de matières premières en Russie et ce, à l'avantage de la division internationale du travail. Tout en orientant le gouvernement vers l'encouragement des branches à haute scientificité, le chef de l'Etat russe lui recommande bien de "ne pas avoir honte" des possibilités énergétiques et de matières premières de l'économie russe, en les utilisant au maximum. Cela dit, Vladimir Poutine cite l'exemple de la France qui, tout en faisant partie des pays les plus industrialisés du monde, reste l'un des plus gros fournisseurs de produits agricoles. En d'autres termes, la France se retrouve aussi dans la catégorie des "pays agraires". La direction russe ne considère pas du tout le volet "exportations de matières premières" comme quelque chose d'archaïque qui entrave le développement du pays. Par contre, c'est un facteur n'est guère à négliger quand il s'agit d'édifier l'avenir de la Russie.

Ainsi, d'ici 2010, les "cinq sœurs" de la production de pétrole en Russie - "YOUKOS", "Sibneft", "Lukoil", "Compagnie pétrolière de Tioumen" (TNK) et "Sourgoutneftegaz" - ont bien l'intention de couvrir 13% des besoins en pétrole des Etats-Unis. A des prix d'aujourd'hui, cela rapportera quelque 10 milliards de dollars tous les ans.

Ambitionnant de conquérir le marché américain, les pétroliers russes proposent de poser un nouveau pipeline à partir des gisements de pétrole et de gaz qui ne sont pas encore mis en valeur dans le Nord de la Russie jusqu'à Mourmansk - le plus gros port russe en Arctique qui n'est jamais pris de glaces. A signaler que ce port est beaucoup plus proche de la Côte Est des Etats-Unis et du Canada que le Golfe ne l'est. Les analystes de "Lukoil" citent même des chiffres exacts: 5 800 milles marins contre 12 800. Le transport d'un seul baril de pétrole russe y reviendra à quelque 3,5 dollars.

Quoi qu'il en soit, il est fort peu probable que ce projet très ambitieux puisse être réalisé du jour au lendemain. Bien que son étude de faisabilité ne soit pas encore effectuée, il est tout à fait évident qu'il serait onéreux et demandera énormément de travail, alors que la mise en valeur des gisements eux-mêmes et la pose de pipelines prendrait plusieurs années. Evoquant les délais éventuels, les optimistes citent 2007 ou 2008. Qui plus est, les perspectives de la construction de l'oléoduc de Mourmansk sont aussi fonction de la disponibilité des entreprises pétrolières de la Côte Est des Etats-Unis pour travailler avec le pétrole russe dont la composition chimique est différente de celle du brut que les Américains utilisent à présent.

Or, le Sommet énergétique russo-américain qui s'est achevé, l'un de ces jours, à Saint-Pétersbourg, a bien montré qu'il n'est sans doute pas de raisons pour ne parler que du seul pétrole du Nord et du pipeline de Mourmansk. C'est que les Américains qui manquent cruellement de gaz naturel liquéfié s'intéressent vivement à la production de ce type de combustible en Russie pour en transporter par la suite aux Etats-Unis. Bien plus, la compagnie "ExxonMobil" est même prête à construire en Russie une usine de production de gaz naturel liquéfié, encore que l'on puisse le faire tant à Mourmansk qu'à Sakhaline, île russe à proximité du littoral pacifique de la Russie.

Seulement, le problème est que la partie russe n'a pas encore calculé ces avantages commerciaux que sa coopération gazière avec les Américains lui apporterait. Toujours est-il que les exportateurs russes d'hydrocarbures misent traditionnellement sur le brut et le gaz naturel qu'ils fournissent en gros volumes dans les pays-membres de l'Union européenne (UE). Jusqu'ici, ils n'ont pratiquement pas eu affaire au gaz liquéfié. Commentant la proposition de "ExxonMobil", le ministre du Développement économique et du Commerce de la Fédération de Russie, Guerman Gref, a noté seulement que la "direction de Mourmansk pourrait être très prometteuse quant aux exportations de gaz liquéfié". Or, le projet de Sakhaline peut bien s'avérer non moins intéressant.

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