L'ONU TENTE DE SE RESSOUDER AU NOM DE LA STABILITE EN IRAK

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MOSCOU, 26 septembre (par Marianna Belenkaïa, commentatrice politique). Il y a exactement un an, le président des Etats-Unis, George W.Bush, avait dit du haut de la tribune de l'ONU que l'inaction de la communauté mondiale à l'égard de l'Irak était un risque, que c'était "un jeu avec des millions de vies", sans déjà parler du préjudice causé au prestige de l'Organisation. En septembre 2003, prenant la parole devant l'Assemblée générale, George W.Bush a déclaré que la coalition anglo-américaine avait sauvé la réputation des Nations Unies en renversant le régime de Saddam Hussein.

Toutefois, aujourd'hui tout comme il y a un an, la communauté internationale n'est pas d'accord avec ce point de vue. Au contraire, la plupart des pays, dont la Russie, continuent de penser qu'en déclenchant une guerre sans l'assentiment du Conseil de sécurité, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avaient grossièrement bafoué le droit international et la Charte de l'ONU et causé ainsi un préjudice à la réputation de l'Organisation.

Mais ceci est une appréciation du passé. La question de savoir ce qui convient de faire en Irak est bien plus compliquée. Ici aussi la réputation de l'ONU est menacée.

La résolution 1483 adoptée par le Conseil de sécurité au mois de mai 2003 au sujet de l'Irak définit les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en qualité de "puissances occupantes" investies de toute la responsabilité pour le relèvement de ce pays. Les forces d'occupation étaient disposées à assumer cette responsabilité, mais elles ne s'attendaient pas à ce que le prix à payer soit aussi élevé: en espèces sonnantes et trébuchantes et aussi en vies humaines.

Les Etats-Unis ont demandé assistance à la communauté mondiale, seulement personne ne veut se joindre aux forces d'occupation en Irak. Et ce malgré que dans leur majorité les pays soient intéressés à ce que la situation politique et économique en Irak se normalise le plus vite possible. Mikhaïl Marguélov, président du Comité des affaires internationales du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement) a relevé que "les dangers qui émanent actuellement du Proche-Orient constituent un risque non seulement pour les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, mais encore pour nous tous".

A son avis, partagé par de nombreux politiques dans les pays européens, arabes et asiatiques, "la lenteur du processus de normalisation en Irak, la faiblesse et la dépendance de son gouvernement de transition, l'exacerbation des contradictions internes offrent une chance aux forces extrémistes". Par ailleurs, l'instabilité dans cette région riche en pétrole pourrait avoir des retombées sur l'économie des principales puissances mondiales.

Les Etats-Unis ont proposé une nouvelle résolution prévoyant l'élargissement des fonctions de l'ONU en Irak et l'octroi d'un mandat du Conseil de sécurité de l'ONU pour une force multinationale en Irak. Un mandat élargi permettrait à tous ceux qui le souhaitent de prendre part au relèvement de l'Irak. Cependant, Washington ne tient pas à lâcher les rênes et réserve à l'ONU en Irak un rôle consultatif, auxiliaire, alors que plusieurs membres du Conseil de sécurité, la France, par exemple, estiment que l'ONU doit remplacer l'administration américaine en Irak. Ces divergences empêchent l'adoption de la résolution.

Paris insiste pour que les rênes du pouvoir en Irak soient confiées au plus vite aux Irakiens. Pour commencer, les Français proposent de procéder à une transmission symbolique du pouvoir et de le remettre dans sa totalité six à neuf mois plus tard au Conseil de gouvernement provisoire (CGP).

Les Etats-Unis estiment que cette idée est irréalisable, qu'il faut d'abord élaborer la Constitution irakienne, ensuite tenir des élections, instituer le gouvernement et que c'est seulement après cela qu'ils pourront transmettre le pouvoir aux Irakiens. Pour Washington, les politiques irakiens n'ont ni l'expérience, ni les moyens financiers nécessaires, ni, chose essentielle, le droit légitime de gérer le pays.

Rappelons que les membres du CGP ont été nommés par l'administration américaine et que le peuple irakien ne leur a conféré aucune attribution. Leur confier maintenant la direction du pays signifierait reconnaître leur légitimité. Ce qui ne serait pas démocratique, pour ne rien dire de plus. Qui plus est, cela désavantagerait les pays qui ont des intérêts d'affaires en Irak. La Russie est de ceux-là.

Ainsi que le ministère russe des Affaires étrangères l'a fait remarquer à plusieurs reprises, le sort des contrats signés par des compagnies russes en Irak et sortant du cadre du programme de l'ONU Pétrole contre nourriture ne pourra être réglé que par une direction irakienne légalement élue par le peuple et reconnue sur le plan international. Cette direction n'existera probablement pas avant neuf mois, si bien que les compagnies russes et autres auront le temps de s'adapter aux conditions nouvelles. Notamment pour passer avec les sociétés occidentales des accords de partenariat sur le travail en Irak. Par ailleurs, dans neuf mois on en saura davantage sur l'avenir de l'Irak.

C'est la raison pour laquelle la Russie n'est pas opposée au plan des Etats-Unis de remettre le pouvoir entre les mains du gouvernement irakien une fois que les élections auront eu lieu dans le pays. Moscou et Berlin n'insistent que sur une chose: il faut que la résolution fixe les délais exacts de la tenue des réformes démocratiques avec la participation directe de l'ONU. D'autre part, la résolution en question doit définir aussi les délais de la présence en Irak de la force multinationale.

En ce qui concerne les Irakiens, ils se prononcent pour le maintien des troupes américaines dans le pays pendant un an ou plus. Cela est attesté par un sondage réalisé au mois de septembre en Irak par l'agence internationale d'étude de l'opinion Al Zohbi. Cette enquête, réalisée sur l'ensemble du territoire irakien excepté le Kurdistan, a révélé que 66 pour cent des Irakiens souhaitaient que les troupes américaines restent dans le pays pendant un an et plus. 30 pour cent des personnes interrogées pensent que ce délai devrait être de cinq ans.

Les raisons sont compréhensibles. Les Irakiens craignent qu'un désordre total s'instaure après le départ des troupes anglo-américaines. Il est évident qu'un affaiblissement du contrôle extérieur exercé sur ce pays remettrait en question l'avenir de l'Irak et conduirait à une guerre civile. L'Irak uni n'existe plus depuis que Saddam Hussein a disparu. Le pays est à reconstruire.

La question est de savoir si la communauté internationale, qui n'est pas parvenue à s'entendre pour empêcher la guerre en Irak, saura cette fois trouver un consensus pour y instaurer la paix et la stabilité.

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