Le nucléaire iranien, qui menace-t-il?

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Washington exige de Moscou qu'il arrête immédiatement toute coopération avec Téhéran dans le domaine nucléaire, que la Russie renonce, par conséquent, à son contrat de construction de la centrale nucléaire à Bushehr et gèle tous les autres ouvrages et programmes, liés au nucléaire civil iranien.

Washington exige de Moscou qu'il arrête immédiatement toute coopération avec Téhéran dans le domaine nucléaire, que la Russie renonce, par conséquent, à son contrat de construction de la centrale nucléaire à Bushehr et gèle tous les autres ouvrages et programmes, liés au nucléaire civil iranien.

Les Etats-Unis prétendent notamment que lesdits programmes pourraient déboucher, un jour ou l'autre, sur la mise au point d'armes nucléaires dans l'un des plus grands pays musulmans du monde qui "soutient le terrorisme international".

Il n'est toujours pas de preuves formelles ni convaincantes du soutien des organisations terroristes par l'Iran. Quoi qu'il en soit, le programme nucléaire de Téhéran préoccupe l'opinion dans le monde, y compris en Russie. C'est que l'Iran possède incontestablement un potentiel de départ pour pouvoir fabriquer une arme nucléaire. Il a effectivement des gisements d'uranium dans la province de Yazd. Il n'en est pas moins vrai cependant que ces gisements sont plutôt pauvres. Il n'y a là que 50 grammes d'uranium pour 100 kilogrammes de minerai. Qui plus est, ils s'épuiseront sans doute très vite dans les années qui viennent. Néanmoins, insuffisantes pour un fonctionnement normal d'une centrale nucléaire, les réserves en suffiraient certes pour confectionner plusieurs munitions nucléaires.

Dans la ville d'Ardakan, une usine est construite pour séparer le minerai du déblai qui devra être mise en exploitation dès 2005. A Ispahan, une autre entreprise est d'ores et déjà prête à produire de la "poudre jaune" - du concentré d'uranium. Très prochainement, on entamera aussi la construction d'un ouvrage de conversion d'uranium, et une entreprise pilote d'enrichissement d'uranium à 150 kilomètres de la ville d'Ispahan pourra, elle aussi, entrer en service sous peu. Le Centre de recherche nucléaire à Ispahan abrite toute une série de laboratoires de production du combustible pour les réacteurs VVER. En outre, la construction d'une entreprise de fabrication des chemises de cartouche touche à sa fin.

Force est de reconnaître que l'Iran a beaucoup progressé dans la mise au point d'un circuit de combustible fermé. Il s'agit là justement du nucléaire civil. Selon les experts de l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA), dès 2006, l'Iran sera à même de produire en toute indépendance du combustible pour centrales nucléaires. Or, la plupart des spécialistes se rendent bien compte que les réserves et les capacités des mines d'uranium iraniennes ne peuvent couvrir qu'un tiers des besoins en combustible d'un seul réacteur VVER-1000. D'autre part, les capacités prévues de l'usine d'enrichissement d'uranium par centrifugeage à gaz ne suffiront même pas pour produire du combustible pour un seul réacteur VVER. Et cela serait d'autant plus insuffisant pour ces sept réacteurs que l'Iran se propose de construire à Bushehr d'ici 2021.

Mais quels objectifs s'assigne donc Téhéran, en créant, en fait, un circuit nucléaire fermé si le combustible qui y sera produit ne suffira même pas pour produire de l'énergie et qui coûtera, de surcroît, 3 à 5 fois plus cher que la moyenne mondiale?

On pourrait sans doute y avoir plusieurs réponses.

L'Iran cherche à acquérir des know-how et des équipements hautement technologiques et ce, sans créer des capacités industrielles de production d'uranium, de sa conversion et de sa transformation en combustible pour centrales nucléaires. Téhéran en a besoin en premier lieu pour marchander avec les Etats-Unis "à l'instar de la Corée du Nord". Autrement dit, l'Iran pourrait renoncer à la construction d'une usine d'enrichissement d'uranium contre la levée des sanctions économiques unilatérales dont Washington frappe Téhéran.

La deuxième version se résume à peu près comme suit: l'Iran développe ses know-how nucléaires pour entrer finalement en possession des possibilités techniques et créer, à l'avenir, une arme nucléaire. Les engagements internationaux de Téhéran ne l'empêchent d'ailleurs pas du fait qu'il peut produire d'uranium hautement enrichi, et même élaborer du plutonium militaire à condition qu'il stocke cette production à part et sous contrôle de l'Agence internationale de l'Energie atomique. Pourtant, cela pourrait permettre à l'Iran d'entrer en possession des possibilités techniques et matérielles pour mettre au point sa propre arme nucléaire en l'espace de quelques mois tout au plus, dès que les matériaux nucléaires d'une qualité "militaire" requise y seraient accumulés. Et pour ce qui est de la décision politique pour utiliser de telles réserves à des fins "militaires", elle pourrait sans doute être adoptée lors d'une ultérieure dégradation des relations irano-américaines ou au cours de la préparation de l'administration US à une éventuelle opération de renversement du régime en place à Téhéran. En d'autres termes, il s'agit sans doute là d'une telle assurance de la sécurité nationale qui s'inscrive pleinement dans le cadre du droit international.

Il est cependant parfaitement évident qu'un tel scénario ne profite ni à la Russie ni à la communauté internationale dans son ensemble. Que peut-on et que doit-on faire pour ne pas l'admettre?

Tout d'abord, on doit persuader Téhéran de signer le Protocole additionnel de l'Agence internationale de l'Energie atomique dans le contexte de l'élargissement de la coopération technique entre les pays-membres de l'AIEA, d'une part, et l'Agence internationale de l'Energie atomique, de l'autre. L'attitude de l'Iran se résume comme suit: il est nécessaire de réaliser parallèlement deux tendances, et plus précisément, d'élever le niveau de confiance entre les pays et l'AIEA, soit d'accentuer la transparence du programme de développement du nucléaire civil dans les pays-membres, tout en contribuant à l'essor du nucléaire civil dans ces Etats. L'Agence internationale de l'Energie atomique, estime-t-on en Iran, doit maintenir l'équilibre entre les fonctions de "contrôle" et d'"assistance".

De surcroît, Téhéran réclame des garanties, pour que le travail de l'Agence internationale de l'Energie atomique ne soit guère discriminatoire. Selon Téhéran, ce n'est pas seulement l'Iran qui doit signer le Protocole additionnel de l'AIEA, mais aussi ces pays qui se trouvent en-dehors des garanties complètes de l'Agence internationale de l'Energie atomique, et en premier lieu, Israël. Il est parfaitement évident que l'accomplissement d'une telle revendication ne peut pas se faire du jour au lendemain, mais constitue sans doute une perspective plutôt éloignée.

L'attitude de la Russie y est invariablement ferme et conséquente. Moscou ne cesse d'insister sur la nécessité de la signature par Téhéran dudit Protocole additionnel. Et à la dernière 47-ème session de la conférence générale de l'Agence internationale de l'Energie atomique, le représentant de la Fédération de Russie l'a également déclaré haut et fort. Or, l'Iran ne refuse pas de le faire pour autant, mais voudrait savoir quel avantage précis il pourrait en tirer. Quant à l'AIEA, elle n'a pas donné, elle non plus, de réponse définitive.

Ni la Russie ni les Etats-Unis n'ont intérêt à ce qu'une arme nucléaire apparaisse en Iran. Par conséquent, nous nous devons tout bonnement de développer notre coopération dans ces sphères précises où nos intérêts coïncident. Seulement, il arrive parfois que cette information confidentielle que Moscou fournit à Washington se retrouve tout d'un coup publiée dans la presse américaine et est même dirigée contre la Russie, au détriment de ses intérêts nationaux.

A mon avis, la Russie doit continuer à conditionner la poursuite de sa coopération avec l'Iran dans le domaine nucléaire avec la signature par Téhéran du Protocole additionnel de l'Agence internationale de l'Energie atomique. Moscou doit aussi obtenir que Téhéran s'engage finalement à lui retourner le combustible nucléaire brûlé. Or, les dirigeants de l'Iran l'ont promis plus d'une fois sans cependant que le document soit signé jusqu'ici.

Mais si toutes ces promesses sont remplies, la Russie ne devra pas mettre en veilleuse la construction en Iran de réacteurs à eau légère. C'est que les réacteurs VVER-1000 ne peuvent tout simplement pas être utilisés pour faire des armes nucléaires. D'autre part, les avantages économiques de la construction de la centrale nucléaire à Bushehr sont tout à fait évidents. Un seul réacteur coûte un milliard de dollars. Le chantier de la centrale nucléaire à Bushehr associe environ 300 entreprises russes qui emploient plus de 20 000 ouvriers, ingénieurs et techniciens. Il serait bel et bien absurde de perdre un contrat aussi avantageux. Les promesses des Etats-Unis de compenser nos pertes peuvent s'avérer de simples promesses et rien du tout, ce qui est déjà arrivé plus d'une fois, y compris quand les Américains ont demandé avec persistance que l'Ukraine renonce à fournir des turbines pour une centrale nucléaire en Iran. Kiev a accédé à cette demande sans cependant en être indemnisé jusqu'ici.

Quoi qu'il en soit, nous devons être particulièrement attentifs quand il s'agit de contrôler toutes les opérations aux exportations des entreprises russes qui fournissent des produits et des services dits "sensibles" du point de vue de la non-prolifération, ainsi que veiller de près aux activités de nos centres de recherche nationaux qui sont détenteurs de secrets scientifiques et techniques dans les domaines nucléaire et balistique. Il y a eu des cas des tentatives de l'Iran d'accéder illégalement à de tels secrets.

La conception de la politique extérieure de la Fédération de Russie considère l'Iran comme l'un des partenaires essentiels de la Russie dans le monde musulman. Les relations de partenariat entre Moscou et Téhéran, c'est aussi pour beaucoup la solution des problèmes des mouvances islamistes radicales au Caucase où Téhéran soutient invariablement avec conséquence la prise de position du Kremlin. La Russie, en tant que pays où habitent 20 millions de musulmans, a grand besoin d'un appui à sa politique antiterroriste en Tchétchénie de la part d'une puissance aussi respectée dans le monde islamique qu'est l'Iran.

L'approche pragmatique de ce problème a été formulée par le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine. "Il est une certaine particularité qui réside dans la nécessité de tenir compte des préoccupations de la communauté internationale concernant le problème de la sécurité. En tant que pays qui est membre du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies et membre du G8, nous devons évidemment tenir compte de ces préoccupations, mais ...ne pas oublier non plus nos propres intérêts nationaux", a-t-il indiqué.

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