LE FOOTBALL FEMININ EN RUSSIE

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Par Valeri Asrian, commentateur de RIA-Novosti

Les femmes russes qui ont de tous temps préféré dans le meilleur des cas le rôle de fans sortent toujours plus résolument sur les terrains de football. Le nombre de leurs équipes va croissant, et les premiers succès sont déjà au rendez-vous. Aux championnats mondiaux de 1999, la sélection russe a occupé la très honorable cinquième place et aujourd'hui elle joue, aux championnats du monde qui se déroulent aux Etats-Unis, sinon pour des médailles du moins pour un laissez-passer pour les Jeux olympiques de 2004 à Athènes.

Officiellement, le football féminin en Russie est né en 1992, année où s'est tenu le premier championnat national. Très longtemps, le ton a été donné par des équipes de la capitale. Mais voici deux ans déjà que le club Energuya de Voronej (sud-est de la Russie centrale) est considérée comme le plus fort. Alors que Lada, de la capitale automobile russe Togliatti (Volga moyenne) est détentrice de la Coupe depuis ces deux dernières années.

Huit équipes forment la ligue supérieure nationale. Dans la première, il y a en déjà neuf. Le championnat de Russie parmi les moins de 17 et de 19 ans est organisé annuellement. Enfin, la première "Spartakiade" des élèves des écoles - le football féminin figurait à son programme - s'est déroulée en 2003. Les meilleures équipes nationales se produisent - non sans succès - dans les tournois internationaux les plus prestigieux, notamment dans la Ligue des champions d'Europe. Trois années d'affilée, les femmes russes se qualifient pour les quarts de finale de la Ligue, mais ne réussissent pas à passer en demi-finale. Au tournoi de l'Euroligue 2003, les championnes de Russie d'Energuya ont mené haut la main les jeux en sous-groupe, éliminant les championnes d'Italie, de Hongrie et de Croatie. Maintenant, pour se qualifier pour les quarts de finales, les Russes auront à jouer deux matches en novembre avec Uve, le champion de Suède.

Bien que l'équipe russe n'occupe aujourd'hui que la onzième ligne dans la liste mondiale des meilleures sélections nationales, des spécialistes estiment que sa force réelle est de loin plus importante. Les jeux de qualification pour les championnats en cours aux Etats-Unis l'ont confirmé. Au sein de leur groupe, les joueuses russes se sont qualifiées premières, devançant les Italiennes, les Espagnoles et les Islandaises.

De nombreuses footballeuses russes sont déjà connues en Europe, figurant au nombre des meilleures sportives du Vieux Monde. C'est, surtout, Natalia Barbachina, un avant du Lada (Togliatti) et Elena Fomina, un demi de l'équipe VVS (Forces aériennes), de Samara, une autre ville volgienne. Les meilleurs clubs étrangers les ont à plusieurs reprises invitées à défendre leurs couleurs mais elles refusent de quitter la Russie et continuent de jouer pour leurs équipes.

Ces deux-là sont des sportives expérimentées, mais la Russie compte pas mal de jeunes joueuses prometteuses se produisant pour la sélection junior qui passe pour l'une des meilleures d'Europe. Des spécialistes prédisent un grand avenir sportif à beaucoup d'entre elles, mais c'est surtout le jeu du but Elvira Todoua (VVS Samara) et des avants Ekaterina Sotchneva (Tchertanovo Moscou) et Olga Petrova de Noguinsk (près de Moscou) qui mérite les appréciations les plus flatteuses.

Les succès du football féminin russe - ils ne sont pas à contester, surtout si l'on tient compte de sa brève histoire - sont d'autant plus importants qu'ils ont été enregistrés dans des conditions difficiles. Ces difficultés sont surtout liées au sous-financement, le Comité d'Etat aux Sports n'accordant les moyens nécessaires qu'à la sélection nationale. Le gros business pourrait bien sûr aider mais il ne se hâte pas de sponsoriser ce "faible" que le beau sexe éprouve pour le ballon de cuir et qui ne lui promet pour l'instant pas des profits immédiats et substantiels. Le football féminin russe a aussi besoin, disent d'aucuns, de ses Abramovitch mais, faute de mieux, il fonde pour l'instant tous ses espoirs dans l'énergie des passionnés qui ne manquent heureusement pas. Et toujours plus de fillettes sortent sur des terrains de football poussées par l'irrésistible désir de taper dans un ballon...

Il y a quelques années, à Krasnoïarsk, une des plus grandes villes de Sibérie, on a fait du football une discipline sportive obligatoire aussi bien pour les garçons que pour les filles dans 43 écoles secondaires. Bon nombre de jeunes filles, au sortir de l'école, se lient d'amitié avec le ballon de cuir. Deux d'entre elles sont déjà connues en Russie : Anna Astapenko (Nadejda Noguinsk) et Lioudmila Korobitsina (Energuetik Kislovodsk). D'ailleurs, cette station balnéaire du Caucase du Nord est un des centres du football féminin national. La douceur du climat et une infrastructure sportive développée permettent d'y pratiquer le football durant pratiquement toute l'année.

La Sibérie est en passe de devenir un autre centre du football féminin. Bien que le climat là ne soit pas celui de Kislovodsk, les Sibériens, ces grands passionnés du sport, sont prêts à populariser le football féminin. A Irkoutsk, il y a déjà une équipe féminine de hockey. Les fans locaux rêvent d'en faire une équipe de football aussi. De tels projets sont développés à Kemerovo, une autre ville sibérienne. Des championnats réguliers de football féminin de Sibérie sont à l'ordre du jour !

D'après l'Union européenne de football, la Russie compte près de 3,5 millions de femmes pratiquant le football. En réalité, ces renseignements sont déjà vieillis et, de toute évidence, leurs effectifs dépasseraient 4 millions, affirme Vladimir Modelevski, président de l'Association de football féminin de Russie. Il envisage l'avenir avec optimisme et espère que le jour où la Russie se couvrira d'un réseau d'écoles de football, à l'instar de celle qui a été ouverte à Tchertanovo (Moscou), n'est pas loin. C'est de ces écoles que devront sortir, croit-il, les sportives en mesure d'apporter à la Russie les récompenses les plus élevées aux championnats mondiaux et aux Olympiades.

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