Le monopoleur russe Gazprom entend faire appel à des investisseurs américains dans la mise en valeur du gisement de gaz Chtokmanovskoïe
Cette nouvelle a été annoncée la veille du sommet des présidents russe et américain par le ministre russe de l'Energie, Igor Youssoufov. Dans une interview accordée au quotidien Kommersant, le ministre a déclaré que la Russie pouvait effectivement jouer un rôle non négligeable dans l'approvisionnement des Etats-Unis en gaz liquéfié. Il a suggéré de mettre sur pied une commission intergouvernementale chargée d'étudier les potentialités de la Russie et d'envisager une participation financière américaine à la construction d'usines de liquéfaction de gaz naturel et à la création d'une infrastructure de transport.
La proposition russe suscite un vif intérêt dans les milieux américains. Au cours de la récente rencontre que le patron de Gazprom, Alexeï Miller, a eue avec le secrétaire d'Etat américain au Commerce, Donald Evans, et le secrétaire d'Etat à l'Energie, Spencer Abraham, les partenaires américains n'ont pas caché que la pénurie de gaz liquéfié figurait parmi les problèmes économiques les plus aigus des Etats-Unis.
Les Etats-Unis d'Amérique constituent l'un des marchés du gaz liquéfié très volumineux et attractifs. En 2002, ce pays a consommé près de 670 milliards de mètres cubes de gaz (première place dans le monde) dont un sixième a été importé. Au cours des 25 années à venir la consommation de gaz augmentera encore de 20 pour cent environ, une progression que la production nationale de gaz ne sera pas à même d'assurer entièrement. Les Etats-Unis seront dans l'obligation d'en importer plus de cent milliards de mètres cubes.
Alexeï Miller a annoncé à ses partenaires que Gazprom était disposé à combler le déficit de gaz sur le marché américain. La Russie dispose des ressources nécessaires pour approvisionner durablement le marché américain en gaz. En Russie les réserves de gaz prospectées se chiffrent à 46.000 milliards de mètres cubes, ce qui représente environ 30 pour cent des réserves mondiales. La politique actuelle de Gazprom vise à diversifier davantage les sources de gaz. La compagnie souhaite accroître considérablement l'extraction et l'utilisation du gaz associé au pétrole ainsi que du gaz des gisements à faible pression. Seulement la compagnie centrera son activité sur l'exploitation des gisements de gaz de la presqu'île de Yamal et du plateau continental des mers de Barents et de Kara, tout particulièrement du gisement de condensat de gaz Chtokmanovskoïe dont les réserves sont évaluées à environ 3.200 milliards de mètres cubes.
Gazprom a révélé à RIA Novosti que le dossier d'opportunité du projet de production de gaz naturel liquide provenant du gisement Chtokmanovskoïe était déjà prêt et que les études concernant la réalisation technique du projet, le coût de l'extraction, de la liquéfaction du gaz et de son acheminement aux Etats-Unis étaient terminées.
Ces études ont montré qu'il était rentable de livrer aux Etats-Unis du gaz du gisement Chtokmanovskoïe, et ce à des prix concurrentiels. Le transport du gaz liquide depuis le littoral arctique de la Russie jusqu'aux Etats-Unis serait moins coûteux que depuis le golfe Persique et d'autres régions. Qui plus est, la variante russe ne serait pas tributaire des risques politiques.
L'interlocuteur de RIA Novosti a annoncé que Gazprom n'avait pas encore trouvé un partenaire de poids pour entreprendre la mise en valeur du gisement en question et construire autour des usines de liquéfaction de gaz naturel. Le géant gazier russe ne cache pas qu'il lui faudrait pas moins de cinq ans pour constituer son propre programme d'investissement permettant la réalisation du projet. Alexandre Ryazanov, l'adjoint d'Alexeï Miller, a déclaré aux "Finansovye iszvestia" que le plafond tarifaire fixé par le gouvernement russe pour 2004 permettrait seulement à la compagnie de maintenir les ventes russes au niveau de l'équilibre économique.
Néanmoins, les dirigeants de Gazprom restent optimistes, espérant que si les Etats-Unis souhaitent vraiment devenir partenaire, alors il sera possible dans les délais les plus brefs de constituer le dossier d'opportunité du projet en question. Ils soulignent avec cela que la commercialisation du gaz liquide russe devra se faire sur la base de contrats d'exportation à long terme, reposant sur les potentialités du gisement. La compagnie est dès à présent disposée à débattre les détails du projet: volumes, délais de livraison et prix contractuels.
Pour Gazprom il serait aussi intéressant d'acquérir les technologies pointues de liquéfaction dont disposent les grandes compagnies américaines. Le ministre russe de l'Energie, Igor Youssoufov, est certain que la coopération russo-américaine contribuerait au développement des régions gazières russes difficilement accessibles.