BUSH ET CHIRAC: DEUX VOIX DISCORDANTES SUR LES MEMES SUJETS

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MOSCOU, 24 septembre (par Marianna Belenkaïa, commentatrice politique de RIA-Novosti). Les membres de l'Assemblée générale de l'ONU ont entendu mercredi deux discours, ceux du président américain George W.Bush et du numéro un français Jacques Chirac. Les deux leaders ont évoqué presque les mêmes sujets, mais leurs opinions ont été tout à fait différentes.

Le président Bush a appelé la communauté mondiale à conjuguer ses efforts pour combattre le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive, le SIDA, etc. M.Chirac, quant à lui, a invité à sauver les Nations Unies et le multilatéralisme en puissance. La lutte contre le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive, ainsi que le règlement des conflits régionaux doivent être le champ de renforcement du système multipolaire ébranlé par la guerre lancée sans aval du Conseil de Sécurité de l'ONU.

Cette phrase est une pique à l'adresse de George Bush qui est intervenu avant Jacques Chirac. M.Bush a déclaré que la coalition américano-britannique avait sauvé la réputation des Nations Unies en lançant une guerre en Irak. La communauté internationale voyait que le peuple irakien souffrait de la tyrannie de Saddam Hussein, que le leader irakien cherchait à développer des armes de destruction massive. Cependant elle est restée inactive alors que les Etats-Unis et leurs alliés ont été plus audacieux.

Mais la position de la France et de la plupart des pays reste inchangée. "Dans un monde ouvert, nul ne peut s'isoler, nul ne peut agir seul au nom de tous et nul ne peut accepter l'anarchie d'une société sans règle", a noté M.Chirac.

Le président français a consacré son discours à la réforme des Nations Unies. Il a indiqué que l'ONU souffrait de la faiblesse actuelle de l'Assemblée générale et qu'il fallait élargir le Conseil de Sécurité à de nouveaux membres permanents.

La reconstruction de l'Afghanistan et de l'Irak, le règlement du conflit proche-oriental et du problème nord-coréen, ainsi que la situation autour de l'Iran donnent une chance à l'ONU de prouver son efficacité et il importe de le faire. Telle est la conclusion faite par M.Chirac.

Quant au président américain, il a centré son discours sur la lutte antiterroriste. L'Amérique participe à cette lutte depuis le 11 septembre 2001, date des attentats contre New York et Washington. C'est la chasse aux terroristes qui a attiré les Américains en Afghanistan et en Irak. C'est cette lutte qui a rassemblé les Américains et les autres peuples car un grand nombre de pays sont confrontés à la menace du terrorisme. La lutte n'est pas terminée et il faut la poursuivre. L'Afghanistan et l'Irak doivent être un exemple de pays libérés de la tyrannie et des terroristes, de construction de la démocratie et de coopération internationale.

Et M.Bush à répartir les rôles, à la différence de M.Chirac qui parle du rôle de l'ensemble de la communauté internationale. L'ONU était l'ami du peuple afghan, elle distribuait des vivres et des médicaments, aidait les réfugiés à rentrer dans leurs foyers, donnait des conseils sur la nouvelle constitution et accordait son assistance dans la préparation des élections nationales. L'OTAN assurait la sécurité à Kaboul conformément à un mandat de l'ONU et les Etats-Unis et la coalition internationale continuaient à traquer les terroristes d'Al-Qaïda et les talibans.

Selon le président américain, l'ONU mène déjà à l'Irak un travail humanitaire nécessaire dans le cadre du Programme Alimentaire Mondial (PAM) et du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF). L'ONU doit également participer à la rédaction d'une constitution irakienne, à l'organisation des élections et la formation de cadres civils irakiens. La nouvelle résolution que les Etats-Unis et leurs alliés sont en train d'élaborer est appelée à élargir le mandat de l'ONU en Irak.

Il est à noter que le président Bush à omis d'évoquer les forces internationales. Le désir d'élargir leurs effectifs a poussé les Etats-Unis à initier une nouvelle résolution sur l'Irak. Washington a demandé à l'Inde, au Pakistan, au Bangladesh et à la Turquie d'envoyer leurs soldats de la paix en Irak, mais les gouvernements de ces pays n'ont pas osé le faire sans mandat des Nations Unies. Qui plus est, il s'est avéré, lors des récentes consultations des diplomates américains que même le mandat de l'ONU n'obligera pas le Pakistan et l'Inde de dépêcher leurs troupes en Irak. La Turquie est prête à y envoyer 2.000 hommes au lieu de 10.000 demandés par les Etats-Unis, mais elle exige que les Américains attaquent plus activement les combattants kurdes dans le nord de l'Irak.

Comprenant que ses appels à envoyer des renforts en Irak sont vains, le président Bush a parlé argent. Il a invité les pays réunis à New York à débloquer 1,2 milliard de dollars supplémentaires pour le rétablissement de l'économie afghane et à épauler les Etats-Unis dans l'octroi d'une aide au peuple irakien. M.Bush a annoncé avoir demandé une rallonge budgétaire au Congrès américain pour financer la reconstruction de l'Irak, alors que le montant de l'enveloppe irakienne est déjà comparable à celui du plan Marshall. Il sera clair si l'appel de George Bush a été entendu dans un mois, pendant une Conférence des Donateurs pour l'Irak de Madrid.

Les forces internationales ne sont pas le seul sujet que M.Bush a passé sous silence. S'agissant de la prolifération des armes de destruction massive, il est parvenu à ne pas mentionner la Corée du Nord et l'Iran, alors que l'administration américaine accuse ces pays de violer le régime de non-prolifération. La plupart des membres de la communauté internationale sont au fond solidaires avec Washington. Tout le monde convient que la Corée du Nord doit rejoindre le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et que l'Iran doit signer au plus vite un protocole annexe à ce Traité. Cependant le ton menaçant que les Etats-Unis emploient dans leur dialogue avec Pyongyang et Téhéran n'arrange pas la communauté internationale.

Il se peut que le problème des forces multinationales en Irak et les crises de la Corée du Nord et de l'Iran ne soient que des éléments de la lutte contre les menaces globales pour M.Bush. Mais M.Chirac, qui a mis l'accent sur ces problèmes, les considère comme des défis à l'efficacité des Nations Unies.

Quelle que soit la position adoptée par les deux présidents, il est évident que la communauté internationale sera obligée de parvenir à une entente en résolvant les problèmes globaux. Même une superpuissance ne pourra pas les gérer seule.

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