UNE CLINIQUE DE CLONAGE A MOSCOU ?

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Par Olga Sobolevskaïa, RIA-Novosti

Brigitte Boisselier, présidente de ClonAid, avoue que si le clonage de reproduction n'était pas interdit par la loi russe, elle ouvrirait volontiers une clinique à Moscou. Mais la levée de cette interdiction n'est sûrement pas pour demain.

Il y a quelques jours, les chercheurs faisant partie de l'Union inter-académique internationale, ont demandé à l'ONU d'interdire tout clonage humain. Quant à la Russie, elle l'avait prohibé l'an dernier, se retrouvant ainsi dans le même camp que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Les parlementaires ont entériné un moratoire de 5 ans pour le clonage et l'importation d'embryons clonés, prévoyant toutefois son abrogation "en cas de progrès scientifique remarquable". Le clonage animal reste autorisé et, avec un financement requis, rien n'empêchera l'apparition dans le pays de brebis Dollies, ainsi que de souris, de chats, d'étalons ou de taureaux clonés.

L'Eglise orthodoxe russe qui en est un adversaire acharné, désapprouve même le clonage thérapeutique, "solution salutaire" pour la médecine et pour des millions de vies. Des organes de remplacement pourraient en effet être cultivés à partir de cellules souches pour être ensuite utilisés dans des greffes et le traitement des maladies graves du coeur, des reins, du foie, des os et du sang...

Mais le "clonage thérapeutique" est même "un plus grand péché", explique le père Antoni Iline, porte-parole du Patriarcat de Moscou. "Si, dans le clonage de reproduction, on souhaite, même hypothétiquement, du bien à l'être cloné, dans le clonage d'organes il s'agira de l'utilisation de l'embryon exclusivement en tant que "matière première". Alors que l'embryon, depuis la conception, "est déjà porteur du don sacré de la vie" et l'utiliser revient à le tuer", dit le saint père.

Polémiquant avec l'Eglise russe, les apologistes de l'expérience se réfèrent à la Bible, affirmant qu'elle "approuve" le clonage humain. Et le premier des clones n'était autre qu'Eve, née d'une côte d'Adam, disent-ils.

C'est parmi les minorités sexuelles que la secte des raëliens et la société ClonAid qu'elle a fondée ont trouvé leurs adeptes les plus fidèles. Pour l'amour homosexuel, le clonage est le moyen souhaité - et aussi le meilleur - de se reproduire. Les spécialistes de ClonAid affirment avoir reçu des demandes de clonage de Russie.

Les avis des chercheurs russes au sujet du clonage de reproduction divergent aussi, et l'annonce de la naissance de trois ou de cinq "copies humaines" suscite des doutes dans le pays.

En partant de considérations humanistes et éthiques, historiens, sociologues et psychologues sont dans leur majorité hostiles aux clonages humains. Premièrement, disent-ils, cela porte atteinte à la dignité humaine, les hommes se transformant ainsi en objets de manipulations génétiques. Deuxièmement, la mémoire du génocide du 20e siècle avec ses tentatives d'améliorer la race humaine (eugénisme mal interprété) est encore trop fraîche. Troisièmement, il y a toujours le risque que la génétique tombe sous l'emprise du marché. Enfin, le clonage ne manquera pas d'approfondir les clivages sociaux et de relancer la désintégration de la société : seule l'élite sera en mesure de profiter de technologies coûteuses, au point de devenir, à terme, une espèce humaine à part.

Biologistes et médecins ne sont non plus d'accord sur le côté éthique, ni sur le côté scientifique du clonage de reproduction. Les premières tentatives de cloner commencèrent dans notre pays dans la première moitié du siècle dernier : le chercheur russe Alexandre Maximov introduisit le terme même de cellules souches et décrit leurs propriétés. Dans les années 1940, l'embryologiste soviétique Gueorgui Lopachov conçut la méthode de transplantation de noyaux cellulaires dans la cellule-oeuf de grenouille mais ses études firent l'objet de toutes les critiques. Plus tard, dans les années 1970, des chercheurs soviétiques tentèrent, considérant que l'éventuel clonage était une nouvelle méthode de traitement de la stérilité, d'obtenir la fusion de la cellule privée de son noyau avec la cellule somatique contenant ADN de l'organisme cloné. Au seuil du nouveau siècle, les chercheurs russes perfectionnèrent les milieux nutritifs pour cette procédure et la culture d'embryons-copies. En 1998, d'aucuns voulurent même financer un projet de clonage de reproduction.

Mais les chercheurs ne pouvaient passer outre les considérations éthiques. "Si un clonage échoue, la question se posera : qui éduquera et se souciera de ce "résultat" des expériences ? " s'interroge le vice-directeur de l'Institut académique de génétique général Ilia Zakharov. "Même si l'expérience de clonage humaine a effectivement été couronnée de succès, c'est un pas irresponsable et immoral", estime de son côté Evgueni Sverdlov, directeur de l'Institut de génétique moléculaire de l'Académie des sciences. Selon lui, "les résultats des expériences de clonage animal révèlent dans la majorité des cas différentes anomalies de développement, des déficiences cardiaques, pulmonaires et autres. Sans parler d'un vieillissement précoce".

Dans le cas des "copies humaines", seule une sur 300 aurait, affirment les scientifiques, la chance de mener une existence normale. Selon toute vraisemblance, chez les primates auxquels se rapporte l'homme, l'ADN ne se communique pas comme il le devrait aux cellules clonées. Soit elles obtiennent trop d'ADN, soit elles en ont très peu et s'avèrent donc non viables. Qui plus est, de nombreux spécialistes voient dans le clonage des risques pour la santé non seulement de l'enfant mais aussi de la mère et supposent l'apparition, dans la quatrième ou la cinquième génération, de maladies génétiques encore inconnues.

"Malheureusement nous ne connaissons que très peu les résultats des travaux sur clonage humain lesquels, à en croire la presse, se seraient couronnés de succès, rappelle, dans une interview à RIA-Novosti, le professeur de l'Université de Médecine de Russie Valeri Zdanovski, un des grands spécialistes en matière de fécondation artificielle. - Leurs auteurs n'ont jamais montré les bébés clonés, n'ont jamais présenté les analyses de l'ADN des mères et des nouveau-nés et n'ont jamais parlé de leur état de santé. Cela fait douter du succès de leurs expériences. Il se peut donc que le clonage humain ne soit rien d'autre que de la pure invention à des fins de publicité".

Mais "la science va de l'avant, et on serait tenté de croire que les restrictions législatives sur le clonage seront levées dans l'avenir. Je pense que l'avenir appartient au clonage de reproduction et au clonage thérapeutique", conclut le professeur Zdanovski.

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