DEMOCRATES AMERICAINS: DIXIEME CANDIDAT

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Moscou, 19 septembre (de notre commentateur Vladimir Simonov). "Je m'appelle Wesley Clark, je suis originaire de Little Rock, ville de l'Arkansas, j'ai l'intention de devenir président des Etats-Unis ..." C'est ainsi que Wesley Clark, 58 ans, général quatre étoiles à la retraite, grand érudit s'est lancé dans la course présidentielle. Détail non moins important, c'est un homme ayant le physique d'un acteur de cinéma interprétant les rôles d'amants. Neuf candidats du Parti démocrate ont dû reconnaître l'existence du dixième candidat à la présidence. Ils l'ont fait non sans nervosité. L'apparition d'un général parmi les prétendants démocrates déprécie certains mérites qu'ils avaient l'intention de mettre en relief dans la lutte électorale.

Ainsi, le sénateur John Kerry du Massachusetts était jusqu'à présent le seul candidat ayant une expérience personnelle de la guerre du Vietnam, détail qui est, naturellement, apprécié par les électeurs américains à l'époque actuelle sentant la poudre et le feu des guerres d'Afghanistan et d'Irak. Mais Wesley Clark a également commencé par le Vietnam. Son courage et sa maîtrise de commandant lui ont valu la médaille "Coeur pourpre", l'une des décorations militaires suprêmes. Quant à la promotion qu'a connue ensuite le général, elle rend ternes les ambitions de John Kerry.

De même que Howard Dean, ancien gouverneur du Vermont, autre leader de la cohorte démocrate de candidats, Wesley Clark est connu par sa critique de l'intervention des Etats-Unis en Irak. Mais, si les républicains peuvent accuser facilement Howard Dean de mollesse et de trahison des intérêts de la sécurité nationale, les reproches de ce genre rebondissent de Wesley Clark comme les poids rebondissent des chars blindés. Wesley Clark a commandé les forces de l'OTAN au Kosovo au cours de la campagne de 1999. C'est lui qui a désigné sur les cartes les cibles des bombardements en Yougoslavie, et sa main n'a pas tremblé. L'image du général infaillible Wesley Clark prêt à défendre les Etats-Unis au moment critique, change beaucoup, semble-t-il, le rapport de forces dans la campagne présidentielle qui se déroule sous le signe de l'appréciation de la guerre de l'Irak.

Cette appréciation change rapidement, en passant de l'admiration au doute et, pour environ 40 % des Américains, à la déception. Dans ce contexte, Wesley Clark peut paraître à d'aucuns comme un garant non moins sûr de la sécurité nationale que le président George Bush. En tout cas, les républicains perdent certainement le monopole du patriotisme. Lorsque le brave général parle de la guerre, y compris celle de l'Irak, il traite le sujet en personne qui le connaît mieux que quiconque, y compris, peut-être, le président des Etats-Unis.

Mais le candidat Wesley Clark a commencé par poser des questions très désagréables pour l'administration de Washington.

"Pourquoi notre pays a-t-il perdu le sentiment de protection et s'est-il trouvé dans l'ombre de la crainte?" demande-t-il et précise: "Pour la première fois depuis les années 1970, plus de 100 000 soldats américains combattent à l'étranger et, pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, de nombreux Américains ne se sentent pas en sécurité dans leurs foyers".

Il ne fait pas de doute que le dixième candidat du Parti démocrate a l'intention d'enfourcher le même cheval électoral que George Bush: promettre aux compatriotes une vie sans crainte d'une nouvelle attaque du mal international.

Wesley Clark l'a appris à West Point, principale académie militaire des Etats-Unis. Le plus proche entourage du général espère qu'il aura le sort de Dwight Eisenhower, héros de la Seconde Guerre mondiale et premier commandant en chef de l'OTAN, qui a remporté l'élection présidentielle il y a un demi-siècle.

Ce qui séduit également les partisans traditionnels du Parti démocrate, c'est la ressemblance des biographies de Wesley Clark et de Bill Clinton. Ils ont grandi dans l'Arkansas et ont poursuivi leurs études à l'Université d'Oxford en Grande-Bretagne où Wesley Clark a étudié la philosophie, la politologie et, notez-le bien, l'économie.

De nombreux analystes américains se sont tout de suite souvenus que Hillary Clinton y avait également fait ses études. Il en découle une théorie raffinée: l'apparition du candidat Wesley Clark peut rompre le silence gardé par le sénateur de l'Etat de New York qui a invariablement réfuté, dans ses déclarations publiques, sa participation éventuelle à la campagne électorale de 2004.

La situation change. Si le général devient effectivement maître de la Maison Blanche en 2004? Dans ce cas, Hillary Clinton ne pourra pas se présenter à la présidence en 2008, mais les Américains qui prennent à coeur son destin difficile de femme y rattachent leur espoir. En fin de compte, il se peut que Hillary change d'avis in extremis et rejoigne les dix prétendants démocrates au fauteuil du Bureau oval, malgré ses souvenirs amers que ce bureau réveille.

En plus des étoiles de général, il convient de mentionner d'autres atouts de Wesley Clark: il n'est pas entaché d'intrigues washingtonaises et il a une riche expérience des contacts internationaux. Ainsi, en 1996, il a participé activement à l'élaboration du texte des accords de Dayton qui ont mis fin à la guerre en Bosnie.

De plus, le général est connu pour son intransigeance. Il a préféré prendre sa retraite anticipée plutôt que d'abdiquer ses positions face à celles de William Cohen, Secrétaire à la Défense dans l'administration Clinton.

Mais les sceptiques peuvent objecter: Wesley Clark n'est pas versé en économie. L'Amérique qui a perdu 2,7 millions d'emplois sous l'administration actuelle voudrait qu'un gestionnaire plus expérimenté apparaisse à la maison Blanche.

Ce reproche n'est pas dénué de fondement, mais il est un peu prématuré. Le général se distingue avantageusement des autres candidats démocrates, car il ne s'est pas laissé désarçonner par une appréciation publique sur la réduction des impôts, principal acte économique de George Bush. En ce sens, le général a les mains libres. Il peut manoeuvrer habilement dans ce contexte changeant, avantageux pour les démocrates, lorsque 87 milliards demandés par l'administration pour l'Irak et l'Afghanistan menacent d'engloutir les bénéfices fiscaux et de porter le déficit budgétaire à 525-535 milliards de dollars.

Certes, malgré le grade de général et son extérieur charmant de personnage de film en casque de camouflage, Wesley Clark est vulnérable.

Premièrement, ses concurrents démocrates ont déjà parcouru plus de la moitié du chemin pour obtenir plus de 20 millions de dollars de dons, sans lesquels la campagne électorale est vouée à l'échec en Amérique actuelle. Quant au général, il n'a fait qu'à tendre son casque aux sponsors. Deuxièmement, comme l'estiment les politologues américains, Wesley Clark a le défaut d'être trop intelligent, trop talentueux, bref, trop brillant. Un tel homme ne sera pas à son aise au sein de l'élite politique américaine. Il lui sera difficile d'être sur la même longueur d'ondes que les électeurs américains.

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