Revue de la presse russe du 4 mai

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Impromptu gazier de Poutine / Succès diplomatique russe au Conseil de l’Europe / Russie : les banques non-résidentes privées de leurs investissements bancaires russes / Restructuration du Commandement militaire russe : 4 points cardinaux

Gazeta.ru, GZT.RU, Vedomosti
Impromptu gazier de Poutine

La proposition formulée, vendredi 30 avril, à Sotchi, par le premier ministre russe Vladimir Poutine a fait sensation même dans le contexte de rapports plutôt bons avec l’Ukraine. Vendredi dernier, à l’issue des négociations avec son homologue ukrainien Nikolaï Azarov, à Sotchi, il a proposé de fusionner Gazprom et Naftogaz Ukraine, écrivent les quotidiens Gazeta.Ru et GZT.RU du 30 avril et le quotidien Vedomosti du 4 mai.

Des projets de création d’un holding commun combinant la construction de biens d’équipement nucléaires, le cycle du combustible et la génération d’électricité ont été examinés lors de la rencontre. Les parties prévoient d’intervenir ensemble sur les marchés des pays tiers. Ensuite, Poutine a proposé de suivre cette démarche également dans le secteur gazier. Cette idée était apparemment inattendue pour Azarov. Pour l’instant, Kiev n’a pas donné de réponse, car cette initiative n’a toujours pas été étudiée, a-t-il déclaré.

Selon le patron de Gazprom, Alexeï Miller, le processus d’intégration sera effectué sur toute la chaîne : depuis la prospection géologique jusqu’au consommateur. Il a également fait savoir qu’il engagerait des négociations sur la création d’une coentreprise avec ses collègues ukrainiens aussitôt après les fêtes du Premier Mai. Cela veut dire que les rapports russo-ukrainiens dans le domaine du gaz reprennent leur cours normal, mais dans un nouveau format. La formule « gaz russe en échange du système de transport de gaz ukrainien » est de nouveau examiné, mais dans une autre optique. Le modèle de coopération dont il s’agit reste inconnu. Les experts supposent qu’il était prévu de créer un consortium avec, ou sans, la participation de sociétés européennes.

La Russie vise à unir ses efforts avec l’Ukraine dans tous les secteurs les plus avantageux, ce dont témoigne le rythme de préparation des accords sur le prolongement de la présence de la flotte russe à Sébastopol et sur un nouveau prix du gaz pour l’Ukraine. Par conséquent, la proposition de Poutine d’une fusion dans le secteur gazier pourrait être également étudiée très rapidement, estiment les experts. Mais, selon ces derniers, pour l’Ukraine, il sera psychologiquement difficile d’accepter le rôle de partenaire minoritaire dans le consortium transnational. L’opposition ukrainienne a âprement critiqué la suggestion de Poutine. Elle rappelle que les actifs de Naftogaz et de Gazprom sont de valeur inégale, et que par conséquent la création d’un holding commun signifierait l’absorption de Naftogaz par Gazprom, et donc la perte par l’Ukraine de son indépendance énergétique.

Les experts russes estiment que la fusion des deux géants gaziers entraînera un accroissement de la capitalisation, une amélioration des indices des sociétés et une plus grande confiance de la part des consommateurs. Mais surtout cela renforcera le contrôle de Gazprom sur les livraisons de gaz à l’Europe.

Mais, pour l’instant, le nucléaire civil reste le sujet principal. Le président de Rosatom (Agence fédérale atomique de Russie), Sergueï Kirienko, a fait savoir au quotidien GZT.RU que la conclusion d’un contrat à long terme (15 à 25 ans) avait été proposée à la partie ukrainienne, ainsi qu’un schéma complexe de réductions. Il s’agit de la création d’une usine commune de production de combustible nucléaire. Sergueï Kirienko a assuré que cette transaction serait avantageuse aussi bien pour l’acheteur que pour le vendeur, car l’Ukraine serait longtemps alimentée en combustible. L’avantage de cette transaction pour Rosatom est si grand que l’agence est prête à accorder une réduction à l’Ukraine.

Vremia Novostieï
Succès diplomatique russe au Conseil de l’Europe

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, considère que le bilan tiré de la session parlementaire du Conseil de l’Europe est une chance pour le rapprochement de la Russie et l’Occident, écrit mardi le quotidien Vremia Novostieï.

La session de printemps de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a été un grand succès diplomatique pour la Russie. Les résolutions adoptées durant la session ont été très favorables à Moscou. Spécialement invité à s’exprimer lors de la session plénière, Sergueï Lavrov a déclaré : « Depuis 20 ans, la Russie demande à construire de nouvelles relations avec l’Occident mais ne rencontre pas toujours la compréhension et la réponse adéquates. Nous avons aujourd’hui une réelle opportunité d’inverser cette dynamique négative. L’essentiel est d’assurer de meilleures relations dans le triangle États-Unis – Europe – Russie, ce qui permettrait de relever nos défis tant communs que globaux ».

Deux des succès de la diplomatie russe dans la session actuelle de l’APCE amenuisent la possibilité d’un affrontement idéologique avec l’Occident dans l’espace postsoviétique. Premièrement, l’Assemblée a rejeté l’amendement de la résolution concernant l’«Hommage aux victimes de l’Holodomor en ex-URSS ». L’APCE a affirmé que les victimes de la famine ne furent pas seulement des Ukrainiens, mais également des personnes originaires d’autres républiques soviétiques, et les plus grandes pertes sont à compter dans la population de la Russie. Aussi le coupable de l’Holodomor a-t-il été reconnu comme étant le régime totalitaire de Staline. Deuxièmement, un succès important a été remporté dans le débat sur le règlement du conflit du Caucase. Les délégations russe et géorgienne ont présenté des vues opposées sur la guerre d’août 2008, mais le chef de la mission d’enquête de l’UE sur les causes du conflit, la diplomate suisse Heidi Tagliavini, a confirmé que c’est bien la Géorgie qui a commencé les opérations militaires.

La Russie a tenté de montrer qu’elle était prête à être un partenaire fiable pour l’Occident sur la question de la non-prolifération nucléaire. Selon Sergueï Lavrov, la Russie « ne croit pas en l’efficacité des sanctions ». Toutefois, il est « tout à fait possible qu’elles deviennent inévitables dans un proche avenir et le Conseil de sécurité de l’ONU discutera cette question prochainement ». Le ministre a expliqué la nécessité de recourir à de telles mesures par le fait que l’Iran ne répond pas de manière constructive aux propositions qui lui ont été faites à plusieurs reprises.

La question de la sécurité en Europe a également été soulevée. Comme l’a fait remarquer M. Lavrov, « ni l’OSCE, ni aucune autre forme d’organisation à l’échelle européenne n’a réussi à fixer dans le droit international le principe de l’indivisibilité de la sécurité proclamé dès les années 1990 par les plus hautes instances de la zone euro-atlantique ». Sergueï Lavrov a rappelé qu’en juin 2008 à Berlin, le président russe Dmitri Medvedev avait avancé l’idée d’un nouveau traité de sécurité européenne qui résoudrait ce problème organique en visant à établir « un système régional ouvert de sécurité collective ».

Les analystes russes estiment qu’une coopération accrue avec l’Occident et l’Europe de l’Est est indispensable et que sans elle, il sera impossible de sortir de la crise. Le directeur adjoint de l’Institut des Pays de la CEI, Vladimir Jarikhine, partage cette opinion : « En Europe occidentale, on a compris que l’attitude envers la Russie doit changer, non pas à cause de considérations morales, mais bien pour des raisons géopolitiques et géoéconomiques ».

Kommersant
Russie : les banques non-résidentes privées de leurs investissements bancaires russes

Les banques russes ont commencé à réduire leurs placements sur les comptes des non-résidents qu’elles augmentaient depuis juillet dernier après l’annulation des restrictions annoncées par la Banque de Russie, écrit mardi le quotidien Kommersant.

Selon les banquiers eux-mêmes, la réduction s’explique par la situation observée sur le marché, à savoir une baisse du cours des devises étrangères par rapport au roule et une intensification de l’octroi de crédits sur le marché intérieur.

Les banques russes ont réduit de 74 milliards de roubles (1,9 milliard d’euros) leurs placements sur les comptes des banques non-résidentes. Par exemple, les seuls montants des comptes de VTB et Nomos-bank dans des banques étrangères ont diminué de plus de 12 milliards de roubles (310 millions d’euros). Les banques ont commencé à retirer l’argent des comptes des banques non-résidentes en février dernier. Jusque là, les sommes détenues sur ces comptes ne faisaient qu’augmenter.

Les banques russes avaient commencé à accroître leurs placements sur les banques non-résidentes en juillet dernier aussitôt après l’annulation par la Banque centrale (BC) des restrictions sur les montants des actifs étrangers. Ces mesures avaient été prises à l’automne 2008, au moment de la phase la plus grave de la crise, en raison d’une pression très forte sur le rouble en période de dévaluation. Depuis, les banques avaient limité l’octroi de crédits à cause des risques accrus. Avant l’annulation des restrictions de la BC, les banques plaçaient leurs fonds disponibles sur des comptes à la Banque de Russie. Evgueni Romakov, directeur financier d’OTP-Bank, estime que cette réduction est due aux facteurs du marché, car les banques n’ont pas reçu de consignes spéciales de la BC.

Les banquiers expliquent la réduction des placements dans les banques étrangères par la recherche de placements plus avantageux. « Puisque l’argent placé sur les comptes de nos correspondants a un rendement minimal, nous envisageons des solutions alternatives de placement », indique Oleg Chvetsov, le président par intérim d’Uniastrumbank, qui a d’ailleurs réduit ses placements sur les comptes de banques non-résidentes de 2,3 milliards de roubles, soit 59 millions d’euros. Qui plus est, le cours des devises étrangères a baissé en mars, ce qui a également influé sur la tendance des banques à placer l’argent de façon plus avantageuse. En mars, le cours du dollar US établi par la BC a baissé de 1,8%, celui de l’euro, de 2,9%.

Les banques préfèrent placer actuellement leur argent sur le marché intérieur : mars a été le premier mois, lorsque le montant des crédits des banques russes s’est accru depuis 2009. Alexeï Levtchenko, le président de la banque Renaissance Crédit (sa réduction a constitué 1,7 milliard de roubles, soit 44 millions d’euros), déclare : « Nous avons accumulé des placements sur les comptes des non-résidents en vue de nous assurer des réserves de liquidités, mais, à présent, au fur et à mesure de l’amélioration de la situation, nous commençons à placer graduellement l’argent sous forme de crédits ».

Cependant, il est encore trop tôt pour affirmer que les banques ont commencé à accroître considérablement leur financement. Elles abordent toujours avec prudence l’évaluation de l’emprunteur, préférant placer l’argent sur les marchés financiers.

Izvestia
Restructuration du Commandement militaire russe : 4 points cardinaux

Les Commandements opérationnels stratégiques Ouest, Est, Nord et Sud remplaceront les Régions militaires russes.

Le ministère de la Défense prévoit de modifier entièrement dans deux ans sa structure de commandement des troupes. Au lieu des six Régions militaires restées en place depuis l’époque soviétique, on verra apparaître quatre commandements opérationnels stratégiques, écrit mardi le quotidien Izvestia.

Le nouveau système réunira toutes les armes et toutes les ressources des anciennes régions, et accélérera le chemin de commandement de 16 à 3 niveaux.

Pour l’instant, la réforme est à l’état de projet, a déclaré le département de défense. Les experts font actuellement des conjectures sur l’efficacité de la nouvelle structure de commandement de l’armée et de la flotte. On sait que dans la nouvelle structure les six Régions militaires seront dissoutes. Elles seront remplacées par quatre Commandements opérationnels stratégiques dénommées selon leurs zones de responsabilité : Ouest, Nord, Sud et Est.

Les militaires reconnaissent ne pas être à l’origine des transformations envisagées. D’importants groupements de forces et de moyens hétérogènes similaires existent aux États-Unis. Ils assurent, pour l’essentiel, la rapidité d’émission et de réception des ordres. Or, la nouvelle structure sera directement rattachée au nouveau système de commandement sur le champ de bataille.

Ce système permet de diriger de façon centralisée les avions, les hélicoptères, l’artillerie et les unités de combattants sur le champ de bataille à qui l’on confère l’image d’un « soldat électronique ». D’après les auteurs du projet, l’application du nouveau système accroîtra les capacités combatives des unités militaires de 2 à 3 fois par rapport aux moyens de commandement employés actuellement dans les troupes.

A l’automne prochain, au cours des grandes manœuvres de l’Armée russe, le nouveau système dirigera simultanément plusieurs centaines d’unités sur le champ de bataille. Pour l’instant, les militaires prévoient de tester le nouveau modèle de commandement l’été prochain en Extrême-Orient russe, dans le cadre des grandes manœuvres Vostok-2010 (Est-2010).

Igor Korotchenko, membre du Conseil public auprès du ministère de la Défense, estime que l’armée devient plus compacte dans les conditions actuelles. Elle a besoin d’un nouveau système de commandement en combat qui soit adapté aux défis contemporains et aux menaces pour la sécurité de l’État. Si tout cela se concrétise, la Russie sera dotée d’une armée compacte, mobile, apte au combat et conforme aux exigences contemporaines, estime Igor Korotchenko.

L’unique facteur freinant la réforme est la nécessité de redéployer les unités militaires et des garnisons entières russes. Cela sera nécessaire pour assurer l’équilibre des forces dans les différentes directions stratégiques. Par exemple, l’unification des Régions militaires de Moscou et de Leningrad mettra probablement au jour l’excédent d’unités d’infanterie motorisée qui manquent, au contraire, en Extrême-Orient.

Ces textes tirés de la presse russe n’engagent pas la responsabilité de RIA Novosti.

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