Dmitri Orlov, directeur de l'Agence des communications politiques et économiques : Toute l'infrastructure du secteur des matières premières d'exportation doit rester sous le contrôle rigoureux de l'Etat. Mais cela ne suffit pas. Il est nécessaire de créer des itinéraires de transport de matières premières indépendants des pays voisins, de diminuer leur dépendance vis-à-vis des consommateurs concrets et de contenir l'expansion des multinationales dans les régions ayant une importance stratégique pour la Russie (en premier lieu en mer Caspienne et dans le Bosphore et les Dardanelles).
En conservant l'équilibre dans le "triangle pétrolier" (Russie, UE, OPEP) et en gonflant petit à petit les muscles, il est possible de devenir le principal centre de force, du moins dans le domaine de la consommation d'énergie. Dès que les producteurs les plus importants de matières premières auront élaboré leur stratégie commune d'installation sur le marché mondial, la superpuissance énergétique sera un fait.
Stanislav Belkovski, directeur de l'Institut de la stratégie nationale : Il est absolument évident qu'un pays dont l'unique fonction se ramène à la livraison de pétrole brut et de gaz naturel à l'Europe de l'Ouest et aux Etats-Unis ne saurait devenir un empire par définition. Notre pays devient tout simplement le "chauffeur de l'Europe". D'autre part, il est impossible d'exploiter infiniment la filière pétrogazière créée à l'époque soviétique. Les réserves prospectées de matières premières tarissent et il n'y a pas eu, depuis plus de vingt ans déjà, d'investissements sérieux dans la prospection de nouveaux gisements, ni dans la modernisation radicale de l'infrastructure de cette industrie. Si les tendances actuelles se maintiennent, la Russie sera obligée d'importer du gaz naturel à l'horizon de 2012 et du pétrole vers 2017.
Bref, le pays ne sera sûrement pas un empire mais une colonie, quelle que soit sa volonté de s'ériger en métropole.