START reporté, la confiance en Obama remise en cause

S'abonner
Après le dernier " sommet " du président américain Barack Obama avec les leaders démocrates et républicains du Congrès le 30 novembre, il s’est avéré que les chances du traité START-3 d’être ratifié par le Sénat avant la fin de l’année s’étaient considérablement réduites.

Après le dernier " sommet " du président américain Barack Obama avec les leaders démocrates et républicains du Congrès le 30 novembre, il s’est avéré que les chances du Traité de réduction des armes stratégiques (START-3) d’être ratifié par le Sénat avant la fin de l’année s’étaient considérablement réduites. L'espoir s'amenuisera encore plus en 2011.

L’issue des rencontres des présidents avec les congressistes et les sénateurs n’est jamais la même, mais rarement aussi " hypocalorique ", même aux Etats-Unis. Il est clair que l’année prochaine Barack Obama connaîtra des difficultés dans ses relations avec le Congrès, où les républicains sont désormais majoritaires.

Un redémarrage hypocalorique

Si cela concernait seulement les programmes nationaux de l’administration, les étrangers n’auraient pas de raisons d’être inquiets. Mais, malheureusement, cela aura une influence dans l’arène internationale, et sur beaucoup de ses segments. Et la Russie ne peut pas ne pas en tenir compte à l’avenir.

Rappelons qu’après les élections de mi-mandat du 2 novembre, les républicains ont pris intégralement le contrôle de la Chambre des représentants. Jusqu’au Nouvel An, au Sénat (qui ratifie tous les traités internationaux), les démocrates posséderont 58 sièges contre 42 sièges républicains. Dès le 3 janvier le rapport sera de 53 contre 47. La ratification nécessite 67, ou deux tiers, des voix des sénateurs et il sera manifestement très difficile pour Barack Obama de faire passer de son côté 14 sénateurs.

Une telle équation impactera en premier lieu le redémarrage, qui ne peut être " hypocalorique. " Soit il est intégral, soit, en s’exprimant dans le langage informatique, il y aura des bogues, en d’autres termes aucun redémarrage n'aura lieu. La question est simple : pourquoi le redémarrage doit-il claudiquer parallèlement avec les relations boiteuses entre la Maison Blanche et le Congrès?

Il ne s’agit plus seulement du traité START

Si l’arythmie et les bogues du redémarrage étaient provoqués exclusivement par les problèmes avec le traité START-3, il n’y aurait pas de raisons de s’inquiéter. Nous nous sommes donnés tant de mal pour signer le nouveau traité START qu’on aurait pu attendre encore un peu : un mois, six mois, même un an. De toute façon, les Etats-Unis et la Russie devront inévitablement réduire leurs arsenaux nucléaires. Et la réduction prévue par le nouveau traité n’est pas aussi radicale. Même en le comparant, par exemple, au " traité de Moscou " sur les potentiels nucléaires des Etats-Unis et de la Fédération de Russie de 2003. Conformément à ce traité, s’il avait été respecté et non pas gentiment oublié pour toujours, en 2012 la Russie et les Etats-Unis auraient moins d’ogives nucléaires qu’avec le nouveau traité en 2020.

Le traité START est pour l’instant l'emblème des possibilités de redémarrage. En réalité, ce n’est qu’un pas de plus pour s’éloigner de la confrontation nucléaire des temps de la guerre froide vers ce même " reset. " Il se démarque seulement dans le contexte de l'absence de progrès sur tous les autres axes. A condition de considérer le progrès comme des actions concrètes, et pas des " promesses de Nobel ".

Il s’agit désormais de déterminer s’il est possible de considérer encore les relations russo-américaines comme de partenariat, se faire confiance si l’autre partie " n’arrive pas " à remplir ses obligations, ses promesses, à respecter les accords internationaux écrits ou oraux. D’ailleurs, cela a soit un rapport très indirect, soit n’a rien à voir du tout avec les principes démocratiques. C’est la chose qu’on rappelle constamment à la Russie avec un ton docte : le peuple a élu la majorité républicaine, il est donc contre Barack Obama, ses accords, etc.

Rien à voir. Lorsque les Américains élisent le Congrès, ils votent pour leurs portefeuilles, leurs salaires, les remboursements des arrêts maladies, les frais scolaires, le macadam et l'éclairage des rues. Ils ne sont pas préoccupés par les ogives nucléaires, l’ONU, la sécurité européenne, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), le traité START, l’Iran et l’autonomie palestinienne. Mais la pratique du travail au Congrès est telle que tous les nouveaux élus peuvent tranquillement négocier des concessions pour les programmes nationaux en échange de l’accord de soutenir les plans (accords, traités, promesses) internationaux.

Devrions-nous tous claudiquer ?

Peut-être au lieu du redémarrage on devrait suivre un " régime dissocié " : entreprendre certaines choses ensemble, et en éviter d’autres ? Cela n’apportera pas grand-chose, mais on évitera de perdre du temps dans les vaines attentes des promesses non tenues. Dans la diplomatie internationale, " l’attente des promesses " n’est pas une notion parfaitement abstraite. Elle pourrait avoir un contenu concret, en sachant à l’avance que telle ou telle chose qui se réalisera avec certitude. Et dans le cas contraire ?

On ne peut pas mettre à l’épreuve la patience, l’endurance, la souplesse, la flexibilité de son partenaire sans rien donner en retour. Le monde ne tourne plus autour des potentiels nucléaires des Etats-Unis et de la Russie. La Russie d’aujourd’hui est loin d’être la Russie des années 90, et les Etats-Unis ne sont plus le seul pôle géopolitique et géoéconomique de la planète. Il y a l’Union Européenne, la Chine, le BRIC, le G-20, le bloc musulman, les problèmes financiers et économiques communs, le climat… Nous devrions peut-être réfléchir sur le changement de la considération à l’égard du redémarrage, de la coopération en Afghanistan, en Iran, au sein de l’OTAN et dans la défense antimissile ?

En raison d’un malentendu absurde, l’étape actuelle de la " normalisation post-Bush " est pratiquement identifiée au redémarrage. Le retour à la normalité des relations intergouvernementales après " l’ère glaciaire " de George W. Bush équivaut au progrès sur tous les axes.

Or, il faudrait y inclure l’intention de Barack Obama de prolonger le traité russo-américain pour la coopération dans l’énergie atomique civile (conclu encore sous l’administration de Bush) et l’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Pour rendre cette dernière possible, Barack Obama devra convaincre les républicains d'annuler l’amendement Jackson-Vanik de 1974, qui a instauré des restrictions très strictes sur le commerce avec l’URSS, liées à l'interdiction frappant les Juifs de quitter l’URSS. Ce sera encore plus difficile que de convaincre le Sénat d’approuver le traité START-3.

Le 30 novembre, dans son message à l’Assemblée fédérale (le parlement russe), le président russe Dmitri Medvedev a fait, concernant l’invitation de l’OTAN à rejoindre l’ABM européen (qui n’est pas encore concrétisée) et les relations avec l’OTAN, la déclaration suivante : " A Lisbonne, il a été décidé de mettre en place un partenariat moderne, basé sur les principes de l’indivisibilité de la sécurité, de confiance mutuelle, de transparence et de prévisibilité… La participation de la Russie à ce processus ne peut relever que du partenariat : il ne saurait être question d’une participation " bouche-trous ".

On devrait peut-être étendre tout cela jusqu’aux relations avec les Etats-Unis ? Pourquoi faut-il claudiquer ensemble ? Ne pourrait-on pas faire de " la rééducation " avec quelqu’un d’autre ?


Ce texte n’engage pas la responsabilité de RIA Novosti

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала