La lutte contre la corruption en Russie est le plus souvent une fiction. Il n’y a en réalité pratiquement eu aucun progrès réel, c’est ce dont témoignent les résultats présentés mardi 17 novembre au classement annuel de l'organisation internationale non gouvernementale Transparency International. Au lieu d’une lutte systématique contre la corruption, on fait parfois "coffrer" certaines personnes, on assiste à la guerre des faits compromettants pour salir la réputation des concurrents, et on a droit à des discours interminables sur la lutte contre la corruption. Cependant, la situation dans le pays ne fait qu'empirer en ce qui concerne la corruption: d'après les données du ministère de l'Intérieur, le montant du pot-de-vin s’est multiplié par trois et demi, pour l’année passée.
Transparency International calcule l'indice de perception de la corruption (IPC) qui permet de déterminer le niveau de corruption dans le secteur public: de "0" (le niveau maximum de corruption) à "10" (presque pas de fonctionnaires corrompus). En 2009, l’indice de la Russie était de 2,2 points, contre 2,1 l'année précédente. Dans le classement de Transparency International, concernant le niveau de perception de la corruption, la Russie a occupé la 146e place parmi les 177 pays étudiés. L'année dernière, notre pays se trouvait à la 147e place.
"Les résultats du classement ne peuvent pas être qualifiés de décents", a déclaré Elena Panfilova, la directrice du Centre de Transparency International en Russie. L'indice de la Russie est le pire parmi les pays du G20, dans lequel notre pays se considère comme un membre à part entière".
La fondation INDEM évalue les pots-de-vin distribués aux fonctionnaires de notre pays à 318 milliards de dollars par an. Kirill Kabanov, le président du Comité national anti-corruption, a évalué le marché de la corruption en Russie à environ 300 milliards de dollars par an. La perte de pareilles sommes rend assez problématique la réalisation des objectifs de modernisation de l'économie du pays, et sa percée sur les plans scientifiques et techniques.
Rien d'étonnant à ce que Dmitri Medvedev ait déclaré dans son message adressé l'année dernière à l'Assemblée fédérale (parlement): "Pour la société contemporaine, la corruption est l'ennemi numéro un". Mais il faut passer de l'étape embryonnaire de lutte contre la corruption, lorsqu'on adopte des lois anti-corruption, à leur application pratique, insiste Elena Panfilova. Qui plus est, il faut punir les personnes corrompues sans tenir compte de leurs postes et de leurs grades, car la corruption est enracinée dans les échelons supérieurs du pouvoir.
Les organisations publiques doivent participer activement à la lutte anti-corruption. Mais la notion de contrôle public n'est mentionnée dans aucune loi russe. "Les réalités sont telles que les organisations publiques sont perçues actuellement comme des ennemis", constate la chef de Transparency International en Russie. Une bonne partie de ces structures ne sont préoccupées que par leur survie. Malgré tous les mots d'ordre sur la lutte anti-corruption, en réalité, les fonctionnaires font tout leur possible pour entraver cette lutte. Par exemple, le 13 novembre 2009, lors d'une conférence de Doha des pays signataires de la Convention de l'ONU contre la corruption, la Russie a bloqué l'adoption du mécanisme de contrôle du respect des exigences de cette Convention par les pays signataires de celle-ci. Le mécanisme qui a tellement effrayé les fonctionnaires russes à Doha prévoyait des inspections indépendantes du niveau de corruption par les pays signataires de la Convention. Il prescrivait également la participation des institutions de la société civile à ces inspections, et la discussion publique de leurs résultats. Pour bloquer ces procédures, les Russes ont invoqué les termes de "défense de la souveraineté" et de "non-ingérence dans les affaires intérieures", a précisé Elena Panfilova. "Pourquoi le contrôle public sur les personnes corrompues qui pillent le pays est-il une menace pour sa souveraineté? s'indigne-t-elle. C'est honteux". Il est à remarquer que 125 pays étaient prêts à signer la variante initiale du document.
En fin de compte, une variante de compromis a été adoptée : les inspections réciproques seront tout de même effectuées, mais non pas une fois tous les cinq ans, comme c'était prévu initialement, et avec l'accord du pays à inspecter. A l'issue de l'inspection, des "extraits" du rapport seront publiés et des thèses seront préparées pour d'autres pays. La participation des organisations publiques aux inspections est formulée comme suit : "il serait bon qu'elles y participent". Par conséquent, la discussion publique sur l'état de la corruption dans le pays sera impossible.
Tout cela signifie que la lutte anti-corruption en Russie se limitera probablement dans la période à venir aux emprisonnements démonstratifs, aux informations sur Internet, ainsi qu'aux promesses incessantes et aux plans de lutte contre les pots-de-vin.
Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.
La Russie lutte contre la corruption pour la frime
17:33 18.11.2009 (Mis à jour: 16:05 05.10.2015)
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La lutte contre la corruption en Russie est le plus souvent une fiction. Il n’y a en réalité pratiquement eu aucun progrès réel, c’est ce dont témoignent les résultats présentés mardi 17 novembre au classement annuel de l'organisation internationale non gouvernementale Transparency International.
