Le 22 juin, Journée du souvenir et de la douleur, commémorant le début de l'agression nazie contre l'URSS, est une date qui demeurera à jamais comme l'une des plus noires de l'histoire russe en tant que symbole de la tragédie absolue. Une tragédie que seule la défaite, suivie de la capitulation et de la disparition du pays aurait pu rendre encore plus terrible. Cependant, même cette date suscite d'âpres débats. Ils se sont surtout intensifiés après la désintégration de l'URSS, lorsque des campagnes de révision de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et, plus particulièrement, du rôle joué par l'Union Soviétique, ont été lancées dans certains pays de l'ex-URSS et en Europe de l'Est.
Leurs affirmations les plus répandues sur la date de l'entrée en guerre de l'URSS conduisent à classer les révisionnistes en deux groupes. Les membres du premier groupe affirment que le 22 juin n'était que la date marquant le début d'une nouvelle étape d'une guerre à laquelle l'URSS participait depuis septembre 1939 - depuis l'annexion de l'Ukraine occidentale et de la Biélorussie occidentale. Les membres du second, qui rejoignent souvent les premiers, affirment que le 22 juin n'était pas la date de l'agression surprise de l'Allemagne nazie contre l'URSS, mais celle d'un coup préventif porté par les Allemands aux troupes soviétiques prêtes à « envahir l'Europe ».
La falsification de l'histoire est également favorisée, entre autres, par la tactique, appliquée avant 1991, consistant à garder le silence sur certains épisodes gênants de l'histoire de l'URSS. L'absence, jusqu'à ces derniers temps, d'études accessibles et exhaustives expliquant en détail, sans rien taire, les causes des échecs essuyés par l'URSS au début de la guerre (alors même que de telles études étaient réalisées dans les pays alliés de l'URSS au sein de la coalition antihitlérienne, qui n'étaient pas gênés de reconnaître leurs erreurs et leurs lacunes), a conduit à soupçonner les dirigeants de notre pays de passer sciemment sous silence des faits ou de les déformer.
Que signifie, en fait, la date du 22 juin 1941 ?
On ne peut certes pas dire que l'agression constitua une surprise stratégique. En effet, les dirigeants soviétiques, qui connaissaient, dans ses grandes lignes, le plan Barberousse et observaient la concentration de troupes allemandes, savaient pertinemment que la guerre n'était qu'une question de temps, et ils avaient tenté de prendre des mesures pour s'y préparer. Mais le déploiement plus rapide et la supériorité des moyens de transport allemands - les Allemands purent transférer de l'Ouest vers la frontière russe 1,5 à 2 fois plus de convois de chemin de fer que l'URSS ne put le faire depuis l'Est du pays. Il en résulta que les forces de la Wehrmacht se renforcèrent beaucoup plus rapidement que celles de l'Armée Rouge des ouvriers et des paysans.
Le rapport des forces entre les adversaires dans le combat frontalier de 1941 est un autre sujet de débats animés. En comparant les forces des parties opposées, de nombreux participants aux débats comparent les effectifs "bruts" des armées, en oubliant que la totalité des troupes des deux parties ne se trouvait pas alors sur le front, loin s'en faut. Si l'on compare les troupes engagées dans les combats, il faut constater que les Allemands avaient concentré dans leurs trois groupes d'armées (y compris les forces de leurs alliés) 5,5 millions d'hommes, appuyés par 4.171 chars et canons automoteurs, 47.260 canons et mortiers de calibre de 75 mm et plus et 4.950 avions de combat.
Les troupes soviétiques des régions occidentales comptaient 3,3 millions d'hommes (dont 2,9 millions au sein de l'armée), plus de 10.000 chars, 32.900 canons et mortiers de calibre de plus de 75 mm, environ 11.000 avions de combat. Bien que nettement inférieures en hommes à leur adversaire, les troupes soviétiques semblaient le surpasser quant au nombre de chars et d'avions. Cependant, tout n'était pas si simple. En raison de problèmes connus de l'industrie soviétique d'armement, le pourcentage des chars et des avions en bon état était insuffisant et ne s'élevait, d'après les données disponibles, qu'à 70% au maximum.
Il est probablement impossible de désigner le coupable concret de l'échec des combats frontaliers. Une part de la responsabilité incombe aux dirigeants, aussi bien militaires que politiques : les premiers, pour le déploiement erroné des forces principales des régions occidentales, les seconds, pour le choix erroné du développement de l'armée, ce qui avait entraîné un déséquilibre entre les unités et leur démantèlement rapide au moment des combats.
Mais les causes de l'échec essuyé par l'Armée Rouge dans les premiers combats de la Grande Guerre Patriotique incombent, si l'on peut dire, avant tout à l'adversaire. Disposant de troupes hautement qualifiées, disciplinées, d'un matériel fiable et assez performant, d'états-majors possédant une expérience de direction réelle des combats, les Allemands espéraient faire beaucoup mieux. Il faut remercier nos grands-pères d'avoir réduit à néant ces projets.
Au prix de durs combats, et tout en ayant perdu une bonne partie de son territoire, l'URSS sut, au prix d'énormes sacrifices, arrêter l'adversaire et l'empêcher de réaliser ses plans de guerre éclair. Et dans la guerre des potentiels économiques et humains, l'Allemagne et ses satellites n'avaient de chances de l'emporter ni contre l'Union Soviétique, ni, à plus forte raison, contre la communauté des nations, réunies au sein de la coalition antihitlérienne.
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