Kommersant
Le Kremlin accélère l'union de la "nouvelle gauche"
Les leaders des trois partis qui se présentent comme la "gauche actuelle" ont signé mardi un accord d'unification et annoncé leur intention de fonder un "parti de la majorité". Selon les experts, la tentative de réunir le Parti de la Vie, Rodina (Patrie) et le Parti des Retraités en effectuant l'addition mécanique de leurs noms conduira non pas à l'addition des électorats, mais à leur destruction réciproque.
Les circonstances obligent le Kremlin à accélérer l'union de la gauche. Si le nouveau parti n'est pas enregistré officiellement avant la fin de l'année, il ne pourra pas participer aux élections qui auront lieu en mars 2007 dans quinze régions. En fait, ces élections seront l'unique possibilité de vérifier l'efficacité des représentants de la "gauche actuelle" et, en cas de nécessité, d'apporter des corrections à leur activité avant les élections de décembre à la Douma (chambre basse du parlement russe).
Le Kremlin aura probablement besoin de ces corrections. Selon Igor Eïdman, directeur du VTSIOM (Centre national d'étude de l'opinion publique) chargé des relations publiques, le processus d'unification des trois partis n'intéresse que 4 % des sondés et seuls 3% des sondés sont prêts à voter pour la "gauche actuelle". Autrement dit, pour l'instant, la cote de popularité du nouveau parti laisse à désirer. Il est vrai, de l'avis du sociologue, le projet de gauche peut être considéré comme très prometteur, car la popularité du KPRF (Parti communiste de la Fédération de Russie) n'est pas aujourd'hui ce qu'elle était il y a 5 à 6 ans, alors que la popularité des idées de gauche s'accroît au sein de la société.
Selon Alexandre Konovalov, président de l'Institut des évaluations stratégiques, ce projet du Kremlin poursuit plusieurs objectifs. Premièrement, le pouvoir voulait neutraliser Rodina dont il avait peur. "Certes, ce parti a déjà été affaibli par le remplacement de son leader, mais il comporte toujours des opposants capables de faire concurrence sur le plan idéologique au parti Russie unie, a expliqué l'expert.
Deuxièmement, estime Alexandre Konovalov, il faut brider également Russie unie. "Lorsqu'on crée un tel monstre politique, d'abord, il s'acquitte des tâches confiées, mais il commence ensuite à agir indépendamment. Lors des rencontres avec Vladimir Poutine, Russie unie laisse entendre qu'il est temps pour lui de former un gouvernement, car on ne pourra pas le considérer comme un parti du pouvoir s'il ne peut rien faire", a résumé le politologue.
Gazeta.Ru
Le gaz russe suscite des envies en Europe
Les sociétés énergétiques européennes se hâtent de reconduire bien avant terme leurs contrats avec Gazprom. Comme le supposent les experts, elles veulent ainsi se mettre à l'abri d'une pénurie dans le contexte d'une offre toujours plus réduite.
Pour le président de Gaz de France SA, Jean-François Cirelli, le nouveau contrat avec le monopole gazier russe remplacera celui qui est actuellement en vigueur et arrive à expiration en 2012. Mardi également on a annoncé la prorogation pour 15 ans des contrats liant Gazprom au consortium allemand E.ON (ils expirent seulement en 2020).
Malgré de multiples déclarations de Gazprom concernant une augmentation des prix du gaz pour l'Europe, cette question n'est présentement pas à l'ordre du jour, pensent les analystes. "Gazprom relèvera ses prix dans un premier temps pour les pays d'Europe orientale, avec lesquels la société russe a passé des contrats à tarifs fixés, explique Dmitri Manguilev, expert de la société de placement Prospekt. Avec la France les contrats ont été conclus selon des prix souples alignés sur le prix du fuel".
De l'avis de Natalia Ianakaïeva, experte du groupe TsentrInvest, "actuellement il n'existe aucun facteur à même de provoquer une forte hausse du gaz pour l'Europe occidentale. Par conséquent, on peut penser que la France a accordé certains avantages à Gazprom". Pour l'analyste, ce pourrait être des conditions favorables pour l'acheminement ou le transit du combustible, la mise à disposition de dépôts ou encore la cession de parts dans des filiales de Gaz de France.
Actuellement l'Europe est moins préoccupée par un prochain relèvement des prix du gaz que par le fait qu'il pourrait ne pas y avoir suffisamment de combustible pour tous. "Dans le contexte de la baisse de l'offre les pays européens souhaitent s'assurer une part des livraisons de Gazprom, explique Natalia Ianakaïeva. Aussi s'efforcent-ils tous de proposer à la société russe les meilleurs conditions qui soient".
"Gazprom est pleinement conscient de sa situation dominante sur le marché gazier européen et il en profite", constate Natalia Ianakaïeva.
Vedomosti
Israël a perdu la campagne militaire et la guerre médiatique
Les opérations militaires israéliennes contre le Hezbollah sur le territoire du Liban n'ont fait que renforcer la popularité et l'influence de cette organisation. Tel est l'avis de 51% des personnes interrogées dans le monde entier au cours d'un sondage de Gallup International dont les résultats ont été publiés hier.
Au total, 36% des sondés soutiennent Israël mais les sans opinion sont beaucoup plus nombreux (47%). Qui plus est, malgré la large couverture médiatique des événements au Proche-Orient, un tiers environ des sondés (31%) n'ont pas pu dire qui avait été l'initiateur du conflit. Dans 24 pays, les personnes interrogées pensent que la guerre a été provoquée par Israël et seulement dans cinq pays (hormis Israël), à savoir les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, le Canada et le Luxembourg, la majorité des sondés indique le Hezbollah. La plupart des sondés (57%) sont convaincus (contre 31% qui ne sont pas d'accord avec eux) que le conflit va s'étendre à d'autres pays.
Les résultats du sondage de Gallup International font écho à ceux de l'enquête menée en août en Russie par le Centre Levada. La majorité des Russes (47%) estime que l'opération armée d'Israël sur le territoire du Liban fera monter la vague du terrorisme islamique dans le monde entier et qu'Israël en sera l'une des victimes. 48% des sondés pensent que les tendances anti-israéliennes augmenteront dans différents pays à cause de ce conflit.
Les experts, eux, estiment qu'Israël, outre qu'il n'a pas remporté une victoire militaire, a essuyé aussi une défaite dans la guerre médiatique. "Nous avons objectivement fait ce qu'il ne fallait pas faire", a affirmé le politologue israélien Alek Epstein. Le fait qu'Israël a bombardé le Liban, "le pays le moins sécurisé, le plus démocratique et le plus chrétien du Proche-Orient, a été mal vu en Occident. Il n'y a pas eu de politique coordonnée d'explication des opérations et la diplomatie israélienne a refusé de s'occuper de la propagande", a-t-il indiqué. L'adversaire, à l'inverse, n'a pas dédaigné l'information. "La chaine Al Manar qui appartient au Hezbollah a été plus prompte à diffuser l'information sur les événements au Liban que la télévision et la radio israéliennes", a constaté l'analyste.
L'abandon des méthodes politiques et les tentatives de détruire complètement des organisations comme le Hezbollah et le Hamas, largement soutenues par la population, ont été inefficaces, explique Nadim Shehadi, spécialiste des problèmes du Proche-Orient au centre analytique londonien Chatham House. D'après lui, "le Hezbollah a reçu un nouvel argument dans la discussion avec ceux qui insistent sur son désarmement". Le ministre italien des Affaires étrangères Massimo d'Alema a déclaré hier que le Hezbollah était un élément constitutif important de la société libanaise. "Nous espérons que le Hezbollah se transformera en un mouvement politique légitime", a-t-il affirmé de la tribune des Nations unies.
Gazeta
Des experts doutent de l'attrait d'investissement du Caucase du Nord
Le président russe, Vladimir Poutine, avait prévu de recevoir à Sotchi (littoral russe de la mer Noire) les responsables des entités du District fédéral Sud pour écouter leurs propositions en matière d'investissement et ensuite de rencontrer de grands entrepreneurs. Cependant, au dernier moment décision a été prise de ne pas inviter la totalité des dirigeants régionaux et de reporter au 29 septembre le rendez-vous avec les grands capitaines d'industrie. La plupart des experts émettent des doutes quant aux potentialités d'investissement du Caucase du Nord.
Mikhaïl Deliaguine, directeur scientifique de l'Institut de globalisation: Les sites touristiques réputés et les établissements de cure ne manquent pas dans les républiques du Caucase du Nord. L'économie portuaire est en expansion. En ce qui concerne les routes, elles n'intéressent pas le business. Quant à investir dans ces entités dans l'état où elles sont...c'est plutôt aux entrepreneurs locaux de s'en charger. Ils savent mieux ce qui s'y passe.
Boris Nemtsov, membre du conseil politique de l'Union des forces de droite: Moi, c'est dans la lutte contre la corruption que j'investirais au Caucase. Mais tant que la prévarication et le banditisme y séviront, personne n'ira y investir. On dit que la vie y est paisible, mais en réalité la région est en guerre.
Mikhaïl Odintsov, président de la commission du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement) pour les monopoles naturels: le business lié au gaz, à l'électricité et aux communications est florissant partout en Russie, mais au Caucase son développement serait particulièrement rapide. Surtout si un pouvoir normal s'instaure dans les républiques et tout indique que la bonne direction est prise. Je pense qu'avec les sommes faramineuses dont dispose la population et compte tenu de la bonne disposition de cette dernière à l'égard des initiatives du pouvoir en matière de business, les appels lancés par le président en vue de doper les investissements seront entendus à coup sûr.
Malik Saïdoulaïev, homme d'affaires, ancien candidat à la magistrature suprême en Tchétchénie: Vladimir Poutine dit qu'il est nécessaire de placer des capitaux au Caucase. Mais pour cela il faut que chaque responsable crée des conditions dans lesquelles la sécurité sera assurée. Comment pourrais-je investir dans ces républiques où des combats ont lieu pratiquement partout? Ceux qui obtiennent des crédits directement auprès du Kremlin le feront peut-être... Cependant nous ne voyons pas de facteurs réels à même de rendre la chose possible.
Nezavissimaia gazeta
Actions EADS: la Vneshtorgbank chercherait en fait à transférer son capital à l'étranger
L'information selon laquelle la Vneshtorgbank (VTB), deuxième banque russe par son importance, aurait acheté au cours de ces derniers mois près de 5 % du grand consortium aéronautique européen EADS est la sensation principale de ces derniers jours dans le domaine de l'économie. L'importance de cette acquisition ne doit pas éclipser les appréhensions concernant ses objectifs finaux.
D'une part, on ne peut que se réjouir des succès de l'Etat russe qui possède la VTB. En continuant à acheter des actions, il pourrait détenir une part dans EADS qui lui permettrait de participer à sa direction, ce qui ouvrirait de nouvelles possibilités d'extension de la coopération entre le consortium et la Russie. D'autre part, si les plans de privatisation de la VTB débattus ces dernières années de façon plus ou moins animée deviennent réalité, il pourrait s'avérer que l'achat d'actions d'EADS n'est qu'une étape du transfert du capital public à l'étranger.
Un repartage grandiose de la propriété a eu lieu ces dernières années en Russie. L'Etat a éloigné d'une manière ou d'une autre les managers et les entrepreneurs de l'époque d'Eltsine des projets les plus avantageux. L'affaire Ioukos est l'exemple le plus éclatant de ce repartage. "L'ère Poutine" s'achèvera dans deux ans. L'expérience historique enseigne que l'arrivée d'un nouveau leader, même s'il appartient à la même équipe que le président actuel, entraînera un nouveau repartage de la propriété. Par conséquent, le meilleur moyen de conserver la fortune pour ceux qui ont des doutes sur leurs perspectives sous le nouveau pouvoir est de la transférer à l'étranger.
Sans une couverture idéologique appropriée, elle suscitera de nombreuses élucubrations. Ainsi, la tentative avortée du chef de Severstal Alexeï Mordachov de fusionner avec la compagnie luxembourgeoise Arcelor, deuxième producteur mondial d'acier, a été présentée non pas comme un transfert par l'homme d'affaires russe de ses capitaux à l'étranger, mais comme l'absorption du numéro un mondial de la sidérurgie par un entrepreneur russe, et comme l'accès du capital russe aux actifs européens prometteurs. La déclaration selon laquelle en achetant des actions la banque publique russe essaie d'accéder à la direction du consortium aéronautique européen apparaît donc comme un bon argument en faveur de l'exportation des capitaux.