Gazprom-Sonatrach: rien qu'une logique économique

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Par Vassili Zoubkov, RIA Novosti

Le rapprochement entre le géant gazier russe Gazprom et le groupe pétro-gazier algérien Sonatrach a suscité une vague de commentaires antirusses dans la presse européenne.

Que s'est-il passé au juste?

La Russie et l'Algérie, qui assurent à eux deux presque 40% des importations de gaz européennes, ont convenu de "coopérer dans le domaine de la distribution de gaz naturel dans les pays tiers", d'où la création d'un centre de coordination énergétique conjoint et la mise en place de groupes de travail réguliers.

En signant un mémorandum de compréhension avec Sonatrach, son principal concurrent en Europe, le groupe russe a montré qu'il suivait avec conséquence la stratégie gazière du Kremlin.

En déclarant il y a quelques années que Gazprom ne serait ni morcelé ni privatisé, le président Vladimir Poutine avait qualifié cette compagnie de "superstratégique" pour l'économie russe et avait exigé son retour dans le giron de l'Etat.

Dans les années 1990, quand les privatisations battaient leur plein, le secteur du gaz n'avait pas été morcelé à l'instar du secteur du pétrole, ce qui a provoqué des critiques occidentales vis-à-vis du Kremlin, accusé de vouloir renforcer les monopoles naturels au détriment de leur efficacité économique.

Cependant, c'est bien Gazprom, telle une locomotive, qui tire l'économie russe, en particulier l'électricité, la métallurgie et les constructions mécaniques, alors que le réseau de distribution national de gaz naturel ne cesse de s'élargir.

Sur le plan de la production de gaz, la crise semble passée. L'extraction poursuit sa croissance malgré les conditions extrêmement difficiles du Grand Nord, la consommation augmente en Russie, et les exportations vers l'Europe progressent d'année en année. Gazprom étudie déjà des projets de gazoducs et de prospection en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Une pratique courante à l'heure de la mondialisation.

En Europe aussi, Gazprom cherche à appliquer une stratégie assez dynamique visant à au moins préserver la part qui est la sienne dans la structure des importations de gaz européennes, à élargir le commerce de gaz en débouchant directement sur le consommateur, à diversifier les moyens d'approvisionnement, notamment au profit du gaz naturel liquéfié, et à élargir sa présence sur les marchés d'Europe, y compris dans le réseau de distribution et les réservoirs souterrains.

En un mot, Gazprom se comporte sur le marché international comme doit le faire le premier producteur mondial de gaz naturel. L'époque où il était obligé d'écouler ses matières premières à prix cassés est révolue. Il n'y aura plus de gaz bon marché, les cours mondiaux du pétrole sont en hausse, tandis que les aires d'extraction se déplacent progressivement vers le nord.

Face à la coopération naissante entre la Russie et l'Algérie dans le domaine du gaz, l'Union européenne a peur de voir deux puissants producteurs et fournisseurs de gaz nouer une alliance stratégique, car ces derniers pourraient créer un cartel gazier à l'instar de l'OPEP. Plus Gazprom sera présent autour de l'Union européenne, moins les Européens auront de chances de trouver des fournisseurs de remplacement et de s'approvisionner en gaz bon marché. Toutefois, à proprement parler, l'Union européenne représente depuis longtemps un cartel gazier sur le marché mondial du gaz naturel, et il semble bien que la politique européenne commune en matière d'importation de gaz fasse fi des intérêts des producteurs.

Son essence? Légaliser les reventes dans les volumes voulus et aux prix voulus. Les contrats de fourniture de gaz étant conclus avec différents pays, à différentes époques, à différentes conditions et à différents tarifs, y compris préférentiels, la pratique des reventes de gaz qui a débuté dans les années 1990 cause à la Russie un préjudice annuel de 700 millions de dollars, selon les calculs de Gazprom et du ministère russe de l'Industrie et de l'Energie.

Ensuite, l'Union européenne peut formellement limiter les importations si les fournitures de gaz en provenance d'un pays dépassent le quota des 30%, même si par le passé ces exigences étaient moins sévères et que la limite était fixée à 60%.

Enfin, les vieux contrats de fourniture de gaz ont été conclus pour une longue durée qui s'étendait parfois sur plusieurs dizaines d'années. Les fournisseurs pouvaient bâtir leurs projets d'investissement sur le long terme. Aujourd'hui, la durée maximale est fixée à 7 ans, une restriction censée créer tout un marché de contrats au comptant.

Les producteurs de gaz, dont la Russie, sont hostiles aux projets européens de libéralisation du marché, car ils estiment que le passage aux contrats à court terme et à la fixation des prix par le marché aboutira infailliblement à une chute des prix du gaz.

Le diktat monopolistique de l'acheteur pousse donc les pays producteurs et vendeurs de gaz naturel à créer une OPEP du gaz.

Les Européens craignent de ne pas avoir suffisamment de gaz en hiver, même si 28% du gaz consommé par les Vingt-Cinq alimente l'industrie (métallurgie, gazochimie et pétrochimie, constructions mécaniques, etc.). Mais puisqu'il s'agit d'un problème économique, la Russie est prête à le régler par des moyens économiques.

Les Occidentaux ne voient pas non plus d'un bon oeil que l'Algérie, qui dispose de technologies avancées en matière de production de gaz liquéfié, devienne le principal partenaire de la Russie dans ce domaine, au moment même où celle-ci se lance à la conquête du plateau continental arctique doté d'immenses réserves de gaz. L'Europe pourrait, quant à elle, essayer de rivaliser avec l'Algérie dans ce projet.

Gazprom n'est donc pas un monstre soucieux de geler l'Europe. C'est tout simplement un producteur et un vendeur de matières premières dont elle a tant besoin.

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