Avenir souverain

Crime contre l’humanité: pourquoi la reconnaissance de l’Onu dérange encore

Le 25 mars 2026, l’Onu a reconnu la traite transatlantique comme le crime le plus grave contre l’humanité. Une avancée portée par l’Afrique, mais qui divise encore profondément. Entre abstentions, refus et enjeux de réparations, le débat reste ouvert. Sur les ondes de Sputnik Afrique, un professeur de sciences politiques analyse ce vote historique.
Sputnik
Dans cet épisode d’Avenir Souverain, Alphonse Maindo, professeur de Sciences politiques à l'université de Kisangani (RDC) et militant congolais des droits humains revient sur la portée réelle de la résolution adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies, à l’initiative du Ghana de John Dramani Mahama.
Si ce texte marque une avancée importante dans la reconnaissance historique de la traite transatlantique, selon lui, il révèle surtout les tensions persistantes autour de la question des responsabilités et des réparations. Le politologue souligne que les abstentions de plusieurs puissances occidentales, ainsi que les votes contre, traduisent une réticence profonde à assumer les conséquences d’un crime qui a structuré durablement l’économie mondiale.
Pour Alphonse Maindo, cette reconnaissance constitue un point de départ, mais elle reste insuffisante tant qu’elle ne s’accompagne pas d’engagements concrets, notamment sur le plan des réparations et de la justice historique. Il insiste également sur la nécessité d’un travail de fond pour déconstruire les héritages idéologiques et culturels issus de cette période, tout en appelant à une mobilisation globale des Africains et des diasporas afin de porter une revendication commune de dignité et de reconnaissance.

“Il faut comprendre que la traite négrière a profité à l’économie capitaliste, et ceux qui en ont été les principaux bénéficiaires ne peuvent pas facilement reconnaître ces crimes contre l’humanité, parce que cela implique d’en assumer pleinement la responsabilité, y compris en matière de réparations. Or, ces réparations seraient d’une ampleur considérable, au regard du nombre de vies brisées et des préjudices subis. Cette reconnaissance est un bon point de départ, mais elle ne constitue pas un tournant décisif tant que les conséquences ne sont pas tirées. Il faut identifier clairement les États, les entreprises et les systèmes qui ont organisé et profité de ce crime. Au-delà de cela, il y a un travail profond à mener pour déconstruire les représentations héritées, qui continuent de marquer les rapports sociaux et internationaux. C’est pourquoi les Africains et les populations noires à travers le monde doivent se mobiliser pour défendre leur dignité et exiger de véritables réparations pour un crime dont les effets sont encore visibles aujourd’hui”, a-t-il affirmé.

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