Sans Détour

"Il n'y a aucune réelle solidarité entre les pays de l'Otan"

Dans cet épisode de Sans Détour, Karine Bechet et Kamal Louadj reviennent sur la résistance de l’Iran, le sevrage forcé de l’Europe des hydrocarbures russes sur proposition de Vladimir Poutine, le sommet sur l’énergie nucléaire à Paris et les déclarations du porte-parole du Kremlin sur la fin du droit international.
Sputnik
Pour Karine Bechet, le conflit en Iran porte un coup sérieux à la réputation de l’Otan face à l’action défensive active de l’Iran:
"Dans cette configuration-là, l'Otan, en tant que structure, est quelque peu mal à l'aise. À la fois, elle est présente, à la fois, elle est absente. Elle est présente parce qu'il y a des pays de l'Otan, qui sont impliqués. Les États-Unis en premier lieu, bien sûr, mais également la France qui soutient un peu autour, la Grande-Bretagne aussi. Mais l'Otan en tant que telle est absente. Et ça, c'est extrêmement intéressant parce qu'en fait, c'est une organisation quand même militaire. Quoi qu'ils disent, ils ne sont pas une organisation pour la paix, c'est une organisation pour la guerre. Or, on le voit, ils sont absents sur les plus grands conflits."
La faiblesse stratégique des élites atlantistes est particulièrement visible en Iran:
"Un des buts clairs, qui était avancé était celui du changement de régime. N'oublions pas quand même les menaces directes de Donald Trump par rapport au nouveau guide spirituel. C'est quasiment un appel au meurtre, ce qui a été lancé. Donc on plonge là aussi complètement dans le terrorisme d'État. Ce qui montre bien que la question est politique, ça n'a rien à voir avec les armes nucléaires, etc. Ainsi, si le régime en place n'est pas un régime pro-américain, dans ce cas-là, ce régime doit disparaître. Point. C'est une forme de néocolonialisme généralisé, quelles que soient les belles doctrines qui ont été adoptées."
Les négociations, pour Karine Bechet, sont aujourd’hui un instrument dévoyé:
"Pour que des négociations puissent fonctionner, il faut quand même qu'il y ait un minimum de confiance entre les parties et une confiance dans la bonne foi. L'Iran n'a plus confiance. La Russie, elle, je dirais, c'est quelque peu différent. Elle, elle n'a plus d'illusion."
Les États-Unis reviennent à une guerre traditionnelle, celle qui est en dehors de tout cadre juridique pour Karine Bechet:
"Ce n'est pas la loi de la jungle, c'est la loi de la guerre. Ce qui est intéressant, c'est que la globalisation avait été présentée comme le monde de la paix, puisque tout le monde partageant les mêmes intérêts et étant sous la domination d'un seul centre, il n'y avait plus " de concurrence politique ". Donc, il n'y avait plus de guerre. Nous voyons en fait que la globalisation, c'est le monde de la guerre, puisque dès que vous avez un intérêt national que vous voulez défendre ou un intérêt qui diverge de celui des intérêts des élites globalistes, dans ce cas-là, on vous écrase et on vous écrase par la force."
Face à la volonté européenne de sortir totalement du GNL d’ici 2027, le Président russe Vladimir Poutine propose de ne pas attendre et de fournir de l’énergie aux pays qui veulent collaborer normalement avec la Russie sur le long terme. Pour Karine Bechet, cela ne restera pas sans influence sur la politique intérieure européenne:
"Tout va dépendre finalement à la fois du degré de dépendance des pays européens concernés par rapport au gaz russe et deuxièmement du degré de fanatisme idéologique de ces élites nationales. Mais cela va effectivement, du coup, relancer la fibre nationale chez certains et surtout l'intérêt national. Et certains pays, qui déjà aujourd'hui comme la Slovaquie ou la Hongrie, se disaient pourquoi on doit se sacrifier, vont peut-être de plus en plus essayer de faire cavalier seul."
La valorisation de l’énergie nucléaire est, selon Karine Bechet, un virage idéologique important:
"C'est un discours à contre-pied de tout ce que l'on a entendu jusqu'à présent. Cela montre que la crise énergétique actuelle en Occident est énorme. Donc ils n'ont pas le choix. Deux, que leur énergie verte, renouvelable, compensable, avec toute la terminologie possible et imaginable qui était en cours, ne permet pas réellement de subvenir aux besoins grandissants en énergie des populations occidentales. Troisièmement, n'oublions pas aussi qu'avec le développement des conflits, nous sortons du mythe de la post-industrialisation. L'industrie a besoin d'énergie pour fonctionner. Donc, il faut la trouver quelque part."
Plus que la fin de l’ordre international, pour Karine Bechet, c’est la fin de l’ordre que nous connaissons:
"Je ne dirais pas que c'est la fin du droit international, je dirais que c'est la fin de l'ordre international tel qu'il a été mis en place après la Seconde Guerre mondiale. C'est-à-dire que ces institutions, qui ont été mises en place dans le cadre d'un ordre bipolaire et qui ont survécu à la chute d'un pôle, avec la chute de l'Union soviétique, se sont transformées dans le cadre d'un monde unipolaire, non plus en organes internationaux mais de gouvernance globalisée."
Pour autant:
"Lorsque l'on arrivera à une nouvelle répartition, un nouvel équilibre des forces géopolitiques internationales, alors ce nouvel ordre international s'appuiera sur de nouvelles règles de droit international. En revanche, ce qui est important, c'est que ce nouvel ordre international, il se prépare maintenant."
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