Accord céréalier: "La situation reste tendue", ni la Turquie ni l’Onu ne parviennent à la changer

Probable contre-offensive ukrainienne, présidentielle turque, des problèmes de production en Ukraine… Quelques semaines avant l’expiration de l’initiative de la mer Noire, son futur est de nouveau incertain.
Sputnik
Alors que le 18 mai expire l’accord céréalier, le politologue Andreï Souzdaltsev a évalué pour Sputnik les chances de sa prolongation, tout comme les risques qui peuvent se dessiner face à la contre-offensive ukrainienne annoncée.
Si la partie russe laisse planer des doutes quant à la prorogation de l’initiative, c’est en raison du non-respect par la partie occidentale de six conditions principales russes, à savoir la connexion de Rosselkhozbank au système SWIFT ou encore le rétablissement de l’approvisionnement en ammoniac par le pipeline Togliatti-Odessa, reliant la Russie à l’Ukraine. Pourtant, l’expert est convaincu que rien ne changera, puisque ces conditions ne sont pas bénéfiques pour l’Occident.
"[Il] ne fait rien, la situation […] reste aussi tendue, car, naturellement, la Turquie voudrait garder l'accord, elle a promis à deux reprises d'aider à la fois pendant la prorogation de novembre et de mars, mais n'a rien obtenu. L'Onu ne peut rien changer non plus", observe le politologue.

"La Turquie luttera pour cet accord"

Bien que le Kremlin ait récemment pointé des "conditions défavorables" pour l’accord céréalier, il y a cependant des chances qu’il soit maintenu, surtout si le Président Erdogan est réélu mi-mai, poursuit le maître de conférences au sein de l'Université nationale de recherche École des hautes études en sciences économiques (EHESE).
"La Turquie achetait ce grain bon marché et chargeait son industrie de la meunerie. La farine turque nourrit tout le Moyen-Orient. Par conséquent, la Turquie luttera pour cet accord", dont elle bénéficie beaucoup, souligne M.Souzdaltsev.

D’importantes concessions de la part de la Russie

En outre, l’accord céréalier est une sorte de carte blanche pour les ports maritimes impliqués et pour Odessa en tant que ville, puisque cela leur épargne les hostilités, explique-t-il encore.
Évoquant "d’importantes concessions de la part de Russie", le politologue souligne que celle-ci paye cher pour cet accord, "car il est clair que l'argent que l'Ukraine reçoit pour le grain est utilisé pour payer les armes occidentales qui sont utilisées contre la Russie".
Quant à la probable contre-offensive ukrainienne, elle ne touchera pas l’accord céréalier si celui-ci est prorogé, car les hostilités n’impacteraient pas le couloir maritime pour l’initiative de la mer Noire.
Or, la date de la contre-offensive reste floue. À cet égard, l’expert estime que Moscou ne prorogera pas l’accord si l’offensive est déjà lancée.

Quid des volumes de production ukrainienne?

Outre les hostilités affectant les zones de récolte principales, l’Ukraine est actuellement confrontée à d’autres problèmes pouvant impacter les exportations. Parmi ceux-ci, le politologue évoque l’achat de céréales, de produits pour protéger les plantes, d’engrais. Somme toute, on peut s’attendre à ce que les exportations soit deux fois moins importantes que l’année dernière, lorsque 25 millions de tonnes de céréales ont été exportées.
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