Sur le fil du rasoir: la chaîne France24 mise en demeure au Burkina Faso

Le régulateur des médias du Burkina Faso a mis en demeure France 24 suite à sa couverture du rapt de femmes par des terroristes qualifiés de "rebelles islamistes". La chaîne pourrait être suspendue de diffusion en cas d’un autre manquement similaire.
Sputnik
Le Conseil supérieur de la communication (CSC) du Burkina Faso a accusé le 7 février la chaîne de télévision France 24 d’avoir diffusé une "fausse information" sur les femmes enlevées les 12 et 13 janvier à Arbinda, dans le nord du pays.
Le 16 janvier, le gouverneur de la région a déclaré que les femmes avaient été enlevées par des "groupes armés terroristes".

La bande défilante de la discorde

Le même jour, France24 a diffusé une caricature, montrant des personnages avec une arme à la main. La caricature était accompagnée par une bande défilante indiquant: "Des rebelles islamistes ont enlevé une cinquantaine de femmes jeudi et vendredi dans le Nord du pays (Gouvernement burkinabé)".
"La qualification des auteurs de l’enlèvement de ‘rebelles islamistes’ par une chaîne de télévision internationale telle que France 24 prend un caractère sérieux en ce qu’elle peut fragiliser davantage la coexistence pacifique des religions et compromettre l’action des autorités burkinabè dans leurs efforts de promotion de la cohésion sociale et de lutte contre le terrorisme", stipule l’instance.
De ce fait, l’instance impute à la chaîne "un manquement aux règles et principes professionnels du journalisme".
"La bande défilante est inexacte et peut être qualifiée de fausse information", selon le régulateur.
Lequel a mis la chaîne en demeure et évoque d’éventuelles sanctions. "En cas de manquement similaire […], la télévision France 24 s’expose à des sanctions de degré supérieur notamment la suspension de la diffusion de ses programmes au Burkina Faso", indique le régulateur.
Le terme utilisé par la télévision France24 pour désigner les auteurs de ces enlèvements "est erroné et prête à confusion", selon CSC.
En traitant les malfaiteurs derebelles islamistes, la chaîne "tend à donner une certaine reconnaissance à une lutte éventuelle menée par un groupe de rebelles pour une cause connue".
Selon le régulateur, "les modes d’action et opératoire sur le terrain" des groupes terroristes "ne sont pas à confondre avec les rebelles".
De plus, la bande défilante en question "attribue au gouvernement l’information inexacte".

Journaliste auditionné

Le 24 janvier, un journaliste de France 24 présent au Burkina Faso a été convoqué dans les locaux du CSC. D'après ses explications, "les termes employés […] font suite à une erreur de traduction de l’anglais au français, d’une dépêche reçue de l’agence Reuters".
Le professionnel de la presse a été interpellé par un membre du gouvernement, suite à quoi la chaîne a supprimé cette information.
France 24 n’est pas le seul média auquel les autorités burkinabés de transition, au pouvoir depuis fin septembre 2022, présentent des réclamations. Fin 2022 le gouvernement a suspendu Radio France Internationale (RFI) "jusqu’à nouvel ordre". Il a reproché au média un "manquement grave" et l’a accusé de propager une "information mensongère".
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