Pain au chocolat ou chocolatine? Un historien toulousain a tranché

Un historien du pain, a expliqué à La Dépêche du Midi l’origine du mot chocolatine. Une clarification qui pourrait bien mettre fin au débat que se livrent les habitants du Sud-Ouest de la France avec le reste du pays sur l’appellation de cette viennoiserie.
Sputnik
C’est un antagonisme qui dure depuis des années qui pourrait bien prendre fin. Jean Lapoujade, historien du pain qui habite Toulouse, bastion incontesté de la chocolatine, a rendu son verdict auprès de La Dépêche du Midi.
Lorsque celui-ci a entamé la rédaction de son livre Les mots du pain, paru en 2019, il a fait une découverte: selon M.Lapoujade, le mot chocolatine est apparu au milieu du XIXe siècle.
Selon l’historien, à cause de l’accent autrichien "qui prononce les 'd' comme des 't' et le nôtre", les Parisiens ont fini par appeler la viennoiserie chocolatine. Ce nom a été préservé pendant de nombreuses années avant qu’au XXe siècle, les pâtissiers décident de revisiter la recette. Ils ont remplacé la pâte à brioche par une pâte feuilletée et ont décidé d’en changer le nom.
"Les boulangers qui vendaient cette viennoiserie l’ont rebaptisée pain au chocolat pour qu’un lien soit fait avec leur métier. Ils ont également décidé de la renommer ainsi, car elle se consommait au goûter et à cette heure-là, les gens mangeaient du pain avec un bout de chocolat".
C’est alors que toute la France adopte progressivement le nouvel intitulé, à l’exception du Sud-Ouest. Si M.Lapoujade ne peut expliquer pourquoi le nom chocolatine est resté répandu dans la région, il reconnaît que l’usage de cette dénomination populaire y a du sens.
"La viennoiserie n’a rien à voir avec du pain. Je propose une baguette au chocolat dans mes boulangeries, que j’appelle pain au chocolat".

D’autres noms qui n’entraînent pas de débats

Interrogé par Le Parisien, le linguiste Mathieu Avanzi affirme que la réalité est plus complexe que sur Internet. Celui qui a cartographié, dans son ouvrage Atlas du Français de nos régions, les différentes appellations de la viennoiserie en question, note que dans le nord et dans l’est de la France les termes petit pain ou petit pain au chocolat sont même employés. Il ajoute qu’en Belgique, il existe des différences similaires, sans que celles-ci entraînent de vifs débats.
"Dans une toute petite partie de la Belgique, on utilise même le mot couque au chocolat. Pourtant, bizarrement, il n’y a pas de débat sur ces syntagmes!".
Le spécialiste indique que le terme pain au chocolat est employé dans une majeure partie du territoire tandis que le mot chocolatine est utilisé généralement dans le Sud-Ouest. Si la première désignation apparaît pour la première fois dans l’hebdomadaire Candide en 1930, il faut attendre 1963 pour voir la seconde être mentionnée dans le journal Sud-Ouest.

Un débat qui a pris une dimension politique

En mai 2018, dix députés du parti LR avaient défendu un amendement visant à promouvoir le nom chocolatine. Le texte, défendu sans succès par le député du Lot, Aurélien Pradié, visait à valoriser "le nom d'usage et de notoriété d'un produit".
En 2019, un sondage Ifop réalisé pour la Fédération des entreprises de boulangerie révélait que 84% des Français plébiscitaient l’expression pain au chocolat. Des disparités sont apparues avec 94% des habitants d’Île-de-France qui se sont prononcés en faveur de la dénomination en tête des sondages, tandis que 64% des personnes interrogées en Nouvelle-Aquitaine avaient voté en faveur de chocolatine.
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