Macron change de ton à Kiev, une prise de conscience sur la crise ukrainienne?

Si à Moscou, en parlant de la crise ukrainienne, Emmanuel Macron avait l’air assez stressé et appelait à agir rapidement, dans les jours à venir, une fois à Kiev, il accorde déjà plusieurs mois à la stabilisation de la situation. Un signal involontaire que l’"invasion" russe si largement médiatisée s’avère moins évidente vue de près?
Sputnik
Tant à Moscou ce 7 février qu’à Kiev un jour plus tard, la crise ukrainienne a été le sujet central des discours du Président de la République française devant la presse après les pourparlers avec ses homologues russe puis ukrainien.
Cependant, en l’intervalle d’une journée, l’urgence et la gravité de la situation sont caractérisées par le chef d’État français avec des formules et un langage corporel bien différents.
Dans la capitale russe, comme une personne qui fait face à l’adversité, Emmanuel Macron déclare que le destin de l’Ukraine devrait être décidé dans les jours à venir.

"Les prochains jours seront déterminants et nécessitent évidemment des discussions nourries que nous allons poursuivre ensemble", souligne-t-il aux journalistes.

Pendant une conférence de presse à Kiev, le Président français a l’air nettement plus détendu et se montre plus optimiste en désignant les délais que "toutes les parties prenantes" ont à leur disposition pour la stabilisation.
"Notre volonté pour les prochaines semaines et les prochains mois est justement que la situation se stabilise et que nous puissions réengager par des mécanismes de garantie nouveaux une désescalade durable", a ainsi assuré M.Macron depuis la capitale ukrainienne.

Accords de Minsk

Comme s’il avait été convaincu par Vladimir Poutine qui, le jour précédent à Moscou, avait appelé une fois de plus à respecter les accords de Minsk, le chef de l’État français prend la relève de son homologue russe près de Volodymyr Zelensky à Kiev.
"Le premier [devoir pour avancer dans le règlement de la crise, ndlr]: la mise en œuvre, résolue, méthodique, des accords de Minsk dans le cadre du format Normandie. Le deuxième: le dialogue, large, exigeant, innovant, qui permettra de construire des garanties communes nouvelles et de bâtir la sécurité et la stabilité sur notre continent", a déclaré le Président de la République.
Ce document, signé il y a sept ans à Minsk et dont la réalisation dépend complètement de Kiev, n’a d’ailleurs pas été évoqué par le Président ukrainien.
Un fait qui n’est pas resté inaperçu des autorités russes. Commentant de son côté la réunion de la veille entre MM.Macron et Zelensky dans la capitale ukrainienne, le porte-parole du Président russe, Dmitri Peskov, a signalé ce 9 février que le Kremlin n’avait pas entendu de déclarations claires du chef d’État ukrainien sur la mise en œuvre des accords de Minsk.
Quant à Emmanuel Macron, vu l’évolution de sa rhétorique au cours de sa tournée dans les deux pays qui, si l’on en croit la presse occidentale, se trouvent au seuil du conflit militaire, il semble avoir réalisé que la guerre russo-ukrainienne n’est pour l’instant que le sujet d’un article pré-écrit de Bloomberg.
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