Covid-19

Expatriés français vaccinés au Spoutnik V: le vaccin russe reconnu par des laboratoires en France?

Non homologué en France, le vaccin anti-Covid russe Spoutnik V serait pourtant reconnu par certains laboratoires français comme permettant des tests PCR remboursés à 100%, affirme un président d’association culturelle français à Sputnik. "Rien à voir" avec le vaccin russe, réplique un conseiller des Français de l’étranger.
Sputnik
Le Spoutnik V semble figurer désormais parmi les vaccins anti-Covid "reconnus par les laboratoires" en France puisque des personnes vaccinées avec cette préparation se voient remboursées pour les tests PCR alors qu’en 2021 ce n’était pas le cas, a affirmé à Sputnik David Aïdan, président d’une association culturelle établissant des liens entre la Russie et l’Europe, ainsi que la Corse tout particulièrement dont il est originaire.
"La réponse de prise en charge a en effet été positive lorsque je me suis présenté. C’est un changement radical par rapport à l’été."
Selon M.Aïdan, auparavant, le dépistage PCR était payant pour les personnes vaccinées comme lui avec le Spoutnik V, car elles n’étaient pas considérées comme "patients vaccinés".
Or le 6 janvier, son schéma vaccinal complet a de fait été reconnu comme tel par le groupement de laboratoires Biogroup en Corse, contrairement à celui de son épouse qui était arrivée en France fin décembre.
"Elle a dû payer, car départ avant le 31 décembre 2021. J’ai été pris en charge, car départ après", note-t-il.
Sollicité par Sputnik pour plus de précisions, Biogroup n’a pas répondu.
"Nous avons été testés des dizaines de fois […]. Payant à chaque fois depuis la mise en place des tests payants. Car seules les personnes vaccinées pouvaient bénéficier de gratuité. Mais nous n’étions pas considérés comme tels. C’est cela qui a changé. Ce qui a donc à voir directement avec le fait d’être vacciné Spoutnik", estime M.Aïdan.

"Aucun lien avec le Spoutnik"?

À ce jour, seuls cinq vaccins sont autorisés en France: les préparations Comirnaty pédiatrique et pour adultes de Pfizer-BioNTech, ainsi que Covid-19 Vaccine Janssen de Johnson & Johnson, Spikevax de Moderna et Vaxzevria d’AstraZeneca, selon le site de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ASNM).
Le remboursement de tests PCR pour des expatriés qui ne sont pas immunisés avec l’une de ces préparations n’est pas lié au vaccin russe, affirme pour sa part le conseiller des Français de l’étranger pour la Russie Franck Ferrari.
"Non, ce n’est pas comme ça. C’est juste, car on est Français de l’étranger. Rien à voir avec le Spoutnik V ou autres. C’est un des seuls avantages d’être FDE."

Raison médicale ou pas seulement?

Selon M.Ferrari, les expatriés munis de la carte vitale et cotisant à la caisse des Français de l’étranger (CFE) peuvent se voir rembourser avec n’importe quel vaccin pour un test de dépistage s’il s’agit d’un test pour des raisons médicales. M.Ferrari se réfère à un document publié sur le site officiel de l’administration française.

"Les expatriés français qui ont dû faire une avance de frais pour réaliser un test antigénique ou PCR durant leur court séjour en France ont la possibilité de demander le remboursement de leur facture si le test a été réalisé pour raison médicale", est-il indiqué dans cette publication.

Pourtant le test PCR remboursé à M.Aïdan n’était pas fait pour "raison médicale". David Aïdan voyage souvent entre la France et la Russie avec son épouse Katerina Kovanji, une cantatrice originaire de Saint-Pétersbourg, pour des spectacles et concerts.
"Il doit y avoir des exceptions, car c’était précisé +pour voyage+", insiste M.Aïdan.

Un choix régional?

Selon M.Aïdan, il pourrait s’agir d’une décision prise au niveau régional, puisqu’un "ami de Marseille a eu la même expérience, alors qu’une personne en Bretagne se trouve dans une situation très contraignante en raison de sa vaccination Spoutnik".
M.Ferrari avoue aussi à Sputnik avoir un collègue immunisé avec la préparation russe qui "ne sait pas comment il peut faire pour voir un parent malade en ce moment, car il doit jongler avec les PCR".
"C’est un choix d’origine régionale. La population russe est largement présente sur la Côte d’Azur qui doit être rattachée à la région marseillaise. Corse c’est sûr. Donc rendre plus confortables leurs séjours semble avoir du sens", suppose M.Aïdan.
D’ailleurs, le sud de la France ne semble pas être un havre de la paix pour les vaccinés avec le Spoutnik V.
Une membre du groupe Facebook des Français en Russie et Russes en France, qui réside dans le département du Gers, en Occitanie, a notamment déclaré qu’elle s’était "confrontée à des multiples refus d'accepter [son] Spoutnik et pour la prise en charge du PCR et pour la troisième dose de vaccin".

"Une cacophonie" vs "un choix naturel"

Dans ce contexte, M.Ferrari parle de "situations ubuesques" et de "cacophonie":
"Au début, on devait avoir la gratuité au centre ou labo, mais personne n’était au courant. Le gouvernement a ensuite mis en place le système de remboursement. Et il a aussi oublié les hors EU sans CFE […]. Cela a été réglé un mois ou plus après. Bref, une cacophonie."
Ce système pas trop bien réglé complique la situation alors que les Français résidant hors de l’Union européenne se font immuniser avec les vaccins disponibles sur place.
La préparation russe était un "choix naturel", explique à Sputnik M.Aïdan. Il a pris cette décision alors que lui et son épouse se trouvaient en Russie et étaient dans l’impossibilité de voyager.

"D’autant plus qu’à ce moment-là le Spoutnik V retenait toute notre attention et nous donnait plus confiance", ajoute-t-il.

D’ailleurs, le gouvernement français avait même encouragé les expatriés à se faire immuniser avec des vaccins locaux sans mettre à leur disposition de préparations homologuées en Europe. Le 11 janvier, le porte-voix des expatriés moscovites a déjà reproché à l’État de ne pas avoir acheminé des doses de vaccins en Russie contrairement à l’Allemagne ou à la Finlande.
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