La vidéo du tir de drone américain ayant tué 10 Afghans, dont 7 enfants, a été rendue publique

Le Pentagone a déclassifié la vidéo de la frappe de drone américaine survenue à Kaboul le 29 août, publiée en premier lieu par le New York Times. L’explosion avait tué 10 civils afghans, dont sept enfants, mais les militaires impliqués n’avaient pas été sanctionnés.
Sputnik
Le New York Times a révélé le 19 janvier la vidéo de la frappe aérienne américaine survenue à Kaboul le 29 août, laquelle avait tué 10 civils afghans, dont sept enfants. Le journal a obtenu ces extraits du département américain de la Défense grâce au Freedom of Information Act. Les images sont désormais déclassifiées, publiées et relayées par les médias du monde entier.
Au total, 25 minutes de contenu non édité montrent ce qu’il s’est passé avant, pendant et après la frappe aérienne. Le drone suit d’abord une Toyota Corolla blanche à travers les rues de Kaboul. Le Pentagone pensait qu’elle contenait des explosifs en vue d’un attentat. Le véhicule finit par être garé dans une cour entre deux habitations.
Deux minutes plus tard, l’ordre de tir est donné, et la voiture disparaît dans une boule de feu. Les minutes suivantes montrent des habitants se réunir, des voisins lancer des seaux d’eau sur la carcasse pour tenter d’éteindre les flammes. Plus loin dans la vidéo, un extrait de meilleure qualité dévoile que plusieurs personnes étaient en train de remonter dans la voiture juste avant que celle-ci n’explose.
Le véhicule appartenait en réalité à Ezmarai Ahmadi, un Afghan qui travaillait pour une ONG américaine œuvrant pour la sécurité alimentaire dans le pays. Il avait demandé un visa spécial d’immigration et comptait s’installer aux États-Unis. Lui et neuf membres de sa famille constituent l’ensemble des victimes.

Absence de sanctions

Il s’agissait du dernier tir américain en Afghanistan, juste avant le départ du dernier soldat depuis l’aéroport de la capitale, mettant un terme à 20 ans de présence militaire dans le pays. La frappe est intervenue trois jours après les attentats près de l’aéroport de Kaboul, lesquels ont fait plus de 100 morts, dont 13 soldats américains.
Le Pentagone a rapidement revendiqué la frappe, affirmant avoir détruit le véhicule d’un terroriste transportant une grande quantité d’explosifs. Ce n’est que trois semaines plus tard, le 17 septembre, que l’armée a reconnu une erreur, admettant que toutes les victimes étaient civiles. "Un bilan tragique", avait commenté le commandant du CENTCOM Kenneth McKenzie, assumant en être "entièrement responsable".
En décembre dernier, le Pentagone a finalement annoncé qu’aucune sanction ne serait infligée aux personnes impliquées. "Il n'y avait pas d'éléments suffisamment solides pour retenir des responsabilités personnelles", a justifié son porte-parole John Kirby, évoquant un "dysfonctionnement du processus de décision et d'exécution" non considéré comme de la "négligence" ou un "mauvais commandement".
Cette décision a déclenché la colère de Nutrition and Education International, l’organisation pour laquelle travaillait M. Ahmadi, ainsi que du reste de sa famille. Le Pentagone a promis des compensations aux proches des victimes, voire une aide à quitter l’Afghanistan, mais rien n’a encore été acté.
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