Paris se dotera d’un centre d’hébergement pour mineurs victimes d’inceste

Un centre d’accueil pour jeunes victimes d’inceste et de violences sexuelles ouvrira à Paris à l’été 2022. Le phénomène touche tous les milieux socioprofessionnels. Pourtant la suspicion systématique des professionnels et des forces de l’ordre à l’égard des mères, ainsi que leur méfiance quant aux révélations des enfants, perdurent.
Sputnik
Pour protéger les enfants victimes d’inceste, une deuxième structure d’accueil sera opérationnelle dès l’été 2022. Capable d’accueillir 25 mineurs de 8 à 18 ans (à 21 ans dans certains cas), le centre sera situé à Paris. Son adresse est tenue secrète. Le projet a été adopté le 24 décembre lors du Conseil de Paris, écrit Le Parisien.

"Quand un enfant révèle des violences, il est impératif de le protéger et de le mettre en sécurité immédiatement. Croire l’enfant, c’est avant tout un principe de précaution", a récemment statué la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), créée début 2021.

Accompagnement dans la reconstruction

"Ce lieu permettra une prise en charge adaptée des enfants victimes d’inceste. Ces derniers seront scolarisés dans les établissements du quartier et recevront un soutien psychologique. Les jeunes entre 17 et 21 ans quitteront le foyer pour achever de se reconstruire dans un appartement situé à proximité", explique au Parisien Dominique Versini, adjointe à la maire de Paris chargée des droits de l’enfant et de la protection de l’enfance.
Une équipe de 28 personnes, dont une majorité d’éducateurs spécialisés, des pédopsychiatres, des psychologues, sera rattachée à la structure. Les mineurs accueillis seront scolarisés dans les établissements du quartier. Comme l’expliquait Dominique Versini sur Europe 1 fin octobre, dans ce centre d'hébergement, chaque jeune aura sa propre chambre, sa salle de bain. L’établissement sera géré par l’association Docteurs Bru et doté d’un budget annuel de fonctionnement de 1,6 million d’euros, ajoute Le Parisien.
Jusqu’à maintenant une seule structure spécialisée dans l’accueil des enfants victimes d’inceste fonctionnait en France: à Agen (Lot-et-Garonne). Mais elle n’accueille que des filles. Elle est également gérée par l’association Docteurs Bru.

Mécanismes de déni

Depuis mars 2021, dans le contexte des révélations massives du mouvement #MeToo inceste, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise, ou Commission inceste) a été créée.
Dans un avis publié fin octobre, la commission déplore que souvent les paroles d’enfants victimes ainsi que de leurs mères ne soient prises au sérieux ni par les forces de l’ordre censées recevoir les plaintes ni par les professionnels de l’enfance. "On enterre trop souvent la parole des enfants victimes d’inceste et de leur mère, au prétexte que les fausses allégations seraient massives, et que les violences dénoncées seraient un prétexte [dans un contexte de séparation familiale, par exemple, ndlr]", indique la commission.

"Une autre [mère] encore signale [à la commission] sa stupéfaction face à l’ironie de la policière en charge de l’audition de sa fille, qui avait révélé une agression sexuelle de la part de son père: "Si toutes les personnes qui changeaient les couches d’un enfant et lui touchaient les fesses étaient considérées comme des pédophiles, alors j’en serais une aussi! Réfléchissez quelques jours et revenez nous voir"", rapporte la commission.

La Ciivise recommande ainsi de suspendre l’exercice de l’autorité parentale et les droits de visite pour tout parent poursuivi pour viol ou agression sexuelle incestueuse contre son enfant. Parallèlement, lorsqu’une enquête est en cours contre un parent, les poursuites pénales pour non-représentation d’enfants par un autre parent, dans la majorité des cas des mères, doivent être suspendues.

Tous les milieux touchés

"L’auteur d’inceste n’est pas forcément alcoolique, désocialisé et limité intellectuellement. Il appartient à tous les milieux socioprofessionnels, y compris à l’élite", explique au Parisien Nathalie Mathieu, directrice générale de l’association Docteurs Bru et coprésidente de la Ciivise.

Selon la commission, chaque année, 160.000 mineurs subissent des violences sexuelles. Pourtant, en 2020, seules 1.697 personnes ont été poursuivies pour viol incestueux sur mineur ou agression sexuelle sur mineur, quel que soit le lien de parenté avec la victime. Enfin, 70% des plaintes pour violences sexuelles font l’objet d’un classement sans suite.
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