Moscou s’inquiète de la concentration de forces de l’Otan en Grèce

Alors que la Russie a déclaré à plusieurs reprises qu’elle n’avait aucun projet agressif envers qui que ce soit, le porte-parole de Vladimir Poutine a exprimé sa préoccupation par le rapprochement et la concentration de forces de l’Otan près des frontières du pays, notamment en Grèce.
Sputnik
La Russie est inquiète face à la concentration de troupes américaines en Grèce, a déclaré le porte-parole du Président russe, Dmitri Peskov, dans une interview à la chaîne de télévision grecque ANT1, à l’occasion de la rencontre entre Vladimir Poutine et le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, à Sotchi.
"Le problème est simple. De plus en plus de soldats de l'Otan, notamment des États-Unis, se concentrent sur votre territoire. Vous transportez des centaines et des milliers d'unités de matériel militaire à travers Alexandroupoli. Vous mettez en place de nouvelles bases pour l'Otan, alors que cette dernière nous qualifie d’ennemi. D’ailleurs, l'Otan formule l'objectif principal de l'Alliance qui n'est autre que la dissuasion de la Russie. Ce qui nous inquiète. Vous devez nous comprendre", a expliqué Dmitri Peskov.
Et alors que la présentatrice rappelait la préoccupation de la Grèce par la livraison de systèmes russes de défense antiaérienne S-400 à la Turquie, il a souligné qu'il s'agissait d'un système purement défensif.
"Or, ce qui est transporté à travers Alexandroupoli n'est pas du matériel de défense", a-t-il noté.
En outre, la Grèce avait précédemment admis que les S-400 étaient une arme défensive.
À la question de savoir si la Grèce pourrait devenir hostile à la Russie, Dmitri Peskov a estimé que cela n’arriverait "jamais".
Dans le même temps, il a fait remarquer qu’Athènes était lié par des engagements en tant que membre de l'Otan. Selon lui, c'est un problème pour Moscou, car l'Alliance s’élargit vers les frontières russes.
Évoquant la réaction qu’il attendrait de la Grèce en cas de sanctions de l'Union européenne contre la Russie à cause de l'Ukraine, Dmitri Peskov a déclaré que Moscou considérait Athènes comme un partenaire et souhaitait qu’il en soit ainsi à l’avenir. Il a noté dans ce contexte que la Grèce était un pays souverain et avait le droit de prendre des décisions indépendantes, répondant ainsi à la question de savoir s'il s'attendait à ce que le pays pratique une politique différente de celle de l'UE.

Accord de coopération Grèce-USA

La situation dans le port d'Alexandroupoli rappelle littéralement un "débarquement américain", quelques jours après la signature du nouvel accord de coopération de défense quinquennal, avait constaté le 22 octobre le site grec RNF24.
Une semaine plus tôt, le département d'État américain a annoncé la signature, par le secrétaire Antony Blinken et son homologue grec Nikos Dendias, d'une nouvelle version de l’Accord de coopération de défense mutuelle (MDCA), permettant notamment d’élargir la zone d'activité américaine en Grèce.
La première version du document avait été signée par Athènes et Washington en 1990. Celle qui a été adoptée en 2019 marquait une évolution notable, car elle autorisait les forces américaines à disposer du port d’Alexandroupoli, proche du détroit des Dardanelles et, par conséquent, de la mer Noire. Le nouvel accord prévoit "un accès et une utilisation sans entrave" du port.
En perspective, les forces américaines auront accès à de nouvelles bases grecques, celles situées à Evros et à Xanthi ayant été citées, indique Opex. Et elles pourront y réaliser des travaux d’infrastructure.

La Russie au centre des discussions

Alexandroupoli joue aujourd’hui un rôle clé dans le plus grand passage dans l'histoire des troupes américaines. Le port servira à transférer 120 hélicoptères et un millier de véhicules de combat de différents types, ainsi que des militaires à destination des pays d'Europe de l'Est. Le ministre grec de la Défense nationale, Nikolaos Panagiotopoulos, avait précédemment précisé que cette base était destinée à servir les intérêts des États-Unis dans la région et à assurer un meilleur contrôle. Lors d’un forum de l'Otan en Estonie, il avait affirmé que l’Alliance devait réagir aux actions de Moscou et "se préparer à une longue lutte dans ses relations avec la Russie".
Ces derniers temps, Kiev et les pays occidentaux accusent régulièrement Moscou de préparer une "invasion" de l'Ukraine. La Russie a plus d’une fois rejeté ces accusations, soulignant que celles-ci étaient brandies comme prétexte pour concentrer des forces et du matériel de l'Otan aux frontières russes. Dmitri Peskov a souligné que Moscou n’avait aucun projet agressif, n’envisageait d’attaquer personne et que la circulation de ses troupes sur son territoire ne devait inquiéter personne.
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