Présidentielle française 2022

D’abord opposée à une primaire, voici pourquoi Anne Hidalgo a changé d’avis en quelques heures

Au lendemain de la proposition d’Anne Hidalgo d’organiser en urgence une primaire de la gauche, ses proches racontent les dessous d’une annonce complètement improvisée. Malgré le refus des autres candidats, la maire de Paris espère toujours que leur réponse "va bouger".
Sputnik
Mercredi 8 décembre, dans la matinée, Anne Hidalgo est interrogée sur le plateau des 4 Vérités sur France 2 sur la possibilité d’une primaire de la gauche. "Vous savez très bien qu'aujourd'hui, une union qui serait perçue comme artificielle parce qu'il y a des candidats qui depuis très longtemps sont déclarés ne fonctionnerait pas", répond-elle. Elle fera toutefois une telle proposition le soir même sur TF1. Retour sur les coulisses d’une proposition improvisée et qui n’a pas trouvé l’écho escompté.
C’est dans un train en direction de La Rochelle que la candidate du Parti socialiste a "une prise de conscience" et descend pour revenir vers Paris, raconte un de ses proches à BFM TV.
"Elle décide d'appeler TF1 pour un 20h, et de faire cette annonce. Elle est instinctive Anne Hidalgo! Beaucoup ont vu cette proposition comme un retrait en douceur, mais ils se trompent", assure-t-il, elle "cherche un moyen pour renverser la table, rebattre les cartes".
Le premier secrétaire du parti, Olivier Faure, n’aurait été mis au courant que deux heures avant l’annonce sur la chaîne privée. À vrai dire, seul un cercle très restreint avait été mis dans la confidence, environ une semaine avant. L’idée germerait dans son esprit depuis déjà quelques semaines. "Dans tous ses déplacements en France, les sympathisants qu'elle a rencontrés ne parlent que d'union de la gauche par-ci, d'union de la gauche par-là", témoigne dans L’Express un membre de son équipe de campagne.

Refus généralisé

La réponse des autres candidats ne s’est pas fait attendre. "Non, je ne participerai pas à une primaire de la gauche", a déclaré Yannick Jadot (Europe-Écologie-Les Verts) le lendemain matin. "Ce n’est pas la solution", a réagi le candidat communiste Fabien Roussel sur BFM TV. Sur la même chaîne, le candidat du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) Philippe Poutou affirme ne pas s’être "senti concerné par l’appel".
Cette primaire "respire l’improvisation", a raillé Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) en conférence de presse jeudi. Même François Hollande, soutien officiel de la candidate de son parti, a rétorqué qu’"une primaire de la gauche, ça ne s’improvise pas".
Seul Arnaud Montebourg, en difficulté dans les sondages comme Anne Hidalgo, n’a pas exprimé de refus clair d’y participer. Il avait d’ailleurs lui-même diffusé une "adresse au peuple de gauche" quelques heures avant l’annonce de la socialiste. "Si les gauches ne se regroupent pas, éparpillées et disparates, elles disparaîtront dans le brouhaha de leurs désaccords", déplore-t-il, annonçant être disposé à "offrir [s]a candidature à un projet commun et à un candidat commun".

"Le train est parti"

Mais la maire de Paris ne désespère pas. Ses 500 promesses de parrainage déjà en main, avec tout l’appareil de son parti derrière elle, elle ne peut plus faire marche arrière, d’autant qu’elle a répété à plusieurs reprises qu’elle irait jusqu’au bout de cette campagne.

"Le train est parti. Montez dedans", a-t-elle insisté à l’adresse des autres candidats jeudi soir sur LCI.

Estimant leur réponse "trop rapide pour être sérieuse", elle espère que ça "va sans doute bouger" à cause d’un véritable appel d’union de la gauche de certains Français. Son initiative a été saluée par la Primaire populaire, un mouvement de militants appelant depuis plusieurs mois à une candidature unique à gauche. Forte de 250.000 soutiens, cette initiative disposerait déjà de financements et d’une "plateforme de vote sécurisée", selon son porte-parole Samuel Grzybowski.
Outre Mme Hidalgo et M.Montebourg, cette primaire pourrait voir participer l’ex-garde des Sceaux Christiane Taubira, laquelle n’exclurait pas une candidature de dernière minute. "Elle n’a dit ni oui ni non et nous a expliqué qu’elle réfléchissait. C’est une affaire de jours ou de semaines avant sa décision", assure M.Grzybowski après l’avoir rencontrée. "Je suis candidate à cette primaire", insiste Anne Hidalgo sur LCI, "et il y en aura des candidats, ne vous inquiétez pas".
Discuter